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Peut-on miser sur 2013 ?

La grosse enquête
le 2/09/2010

Il est allemand. Il a été le numéro 2 de Linz 2009, capitale européenne de la Culture. Il vient d’être choisi, en juin dernier, comme directeur adjoint de Marseille Provence 2013. Ulrich Fuchs trouve-t-il curieux que l’on fasse appel à lui pour assurer la direction artistique d’un événement revendiquant haut et fort l’ambition d’ouvrir l’Europe à la Méditerranée ? « A Linz déjà, les responsables sont allés chercher quelqu’un d’extérieur parce qu’ils étaient convaincus que cela se passerait mieux ainsi qu’avec une personnalité trop liée aux réseaux de la ville », souligne-t-il.

MP 2013 n’est pas en reste d’un paradoxe. Si Marseille a décroché le label, il y a juste deux ans en septembre 2008, c’est beaucoup grâce à l’habileté de Bernard Latarjet, le directeur de l’association pilotant le projet. L’argument qui a emporté l’adhésion du jury européen à l’issue d’une farouche compétition avec notamment Lyon, Toulouse, Bordeaux ? Marseille mérite d’être capitale car en matière de développement économique et culturel c’est de loin la plus mauvaise ! « 2013 » lui permettra-t-il de rattraper son retard ? C’est l’un des enjeux incertains du compte à rebours largement déjà enclenché.

Nous sommes à mi-chemin de l’année cruciale. Les tensions et la pression se sont beaucoup focalisées sur l’avancement de la construction des grands équipements : le Mucem (le Musée des civilisations européennes et méditerranéennes), la salle de concert du Silo… Toutes les hypothèques sont loin d’être levées. Le Mucem ne sera livré, au mieux, qu’au cours de la fameuse année 2013. L’aménagement du « J1 », hangar qui doit être le carrefour public de la manifestation, est ralenti par l’hostilité à peine voilée des syndicats du port. Mais de nombreux travaux s’enclenchent et progressent...

D’autres points font friction. MP 2013 englobe un territoire qui s’étend, bien au-delà de Marseille, d’Arles à Toulon, en passant par Aix-en-Provence. Plusieurs collectivités freinent des quatre fers avant d’abonder financièrement au projet tant qu’ils n’ont pas la garantie d’en tirer directement bénéfice. L’argent public va-t-il manquer ? Autre interrogation : artistes et acteurs culturels locaux se demandent s’ils seront vraiment de la fête. 2000 propositions ont été déposées. Bernard Latarjet et Ulrich Fuchs dévoileront leur pré-sélection début janvier...

Peut-on miser sur 2013 ? Ses opérateurs, spécialistes es ingénierie culturelle & marketing territorial, ont placé la barre haut en référence à Lille 2004 : faire gagner 10 ans à Marseille et son agglomération, rapporter six euros pour un euro investi, placer la ville dans le top 20 des grandes métropoles, séduire les touristes, les investisseurs, les cadres supérieurs, le public populaire, les spectateurs exigeants, changer d’image, surmonter les obstacles administratifs et politiques qui minent le territoire, faire venir des mécènes privés pour suppléer au désengagement de l’Etat, animer enfin les nuits marseillaises... Gagner les élections municipales en 2014, espèrent aussi quelques élus !

« On nous demande parfois même ce que nous allons faire pour améliorer la propreté », soupire Michel Cerdan, le « dir com » de MP 2013. Quand j’entends le mot culture, je sors mon balai brosse ?


Michel Gairaud

Au sommaire de la grosse enquête dans le Ravi n°77, septembre 2010

Page 6 ■ 3 ans pour décrocher la lune ■ Entretien : « méfiance pour la fête programmée »

Page 7 ■ Le soufflet retombe en Provence ■ Les artistes locaux craignent la gueule de bois ■

Page 8 ■ Grâce à toi ■ Tribune : « Ne pas gentrifier Marseille ! »

Page 9 ■ MP 2014 ■ A minuit, tout est fini ■ L’argent public va manquer

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