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Peut-on miser sur 2013 ?

Retranscription complète des débats
le 4/11/2010

Patrick Mennucci (PS), Renaud Muselier (UMP), Michel Pezet (PS), sont les élus chargés de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, respectivement au Conseil régional, à la ville de Marseille et au Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Verbatim du débat public organisé par le mensuel le Ravi, le 4 octobre 2010, au cinéma l’Alhambra à Marseille. Les échanges avec la salle ne figurent pas dans le présent document. On peut les écouter sur ce site à la rubrique « Grande Tchatche »

Débat animé par Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi.

Michel Gairaud  : Alors, peut-on miser sur 2013 ? Marseille Provence sera-t-il un jackpot comme pour Lille en 2004 ou un fiasco comme Avignon en 2000 ? A qui et à quoi va servir la capitale européenne de la culture ? Des questions. Et beaucoup d’autres encore pour une édition spéciale de la Grande Tchatche, l’émission ravissante sur Radio Grenouille. En direct et en public depuis le cinéma l’Alhambra.
Et pour débattre de Marseille Provence 2013 aujourd’hui, trois invités. Par ordre alphabétique afin d’éviter tout incident diplomatique au tout début de ce débat : Patrick Mennucci, Renaud Muselier et Michel Pezet.
Leur point commun : vous détestez la langue de bois. Vous allez en faire la preuve ce soir, on l’espère ! Mais surtout, vous êtes les Monsieur « 2013 » des trois grandes institutions impliquées dans la capitale européenne de la culture. Patrick Mennucci en tant que vice-président du Conseil général délégué à la Culture, Renaud Muselier - à ma droite, hasard de la géographie - en tant que délégué spécial de la ville de Marseille pour 2013, et Michel Pezet - à ma gauche également - en tant que délégué à la culture du Conseil général des Bouches-du-Rhône. Le débat va se dérouler en deux temps : d’abord entre nous à la tribune ; ensuite avec un échange salle que les auditeurs de Radio Grenouille vont pouvoir écouter. Une salle pleine, parce que les gens sont assis jusque dans les travées. Ce qui prouve peut-être que 2013 questionne, interroge. On est à deux ans de l’échéance. On est à mi-chemin parce qu’il y a exactement deux ans que Marseille a obtenu le label.
D’où cette envie ce soir de réunir ce plateau et de débattre, pour voir vers quoi on va.
J’ai envie de vous demander, de voir, où on en est en matière de gouvernance sur 2013 et quels sont vos rôles respectifs. Parce que ce n’est pas forcément toujours très clair. Renaud Muselier, vous êtes délégué spécial de la ville de Marseille pour 2013 depuis 2008. Alors au début, on vous a entendu parler très fort, et puis ensuite il y a eu quelques remous, puis vous avez été plus discret. Ce soir, c’est votre retour sur ce dossier ?

Renaud Muselier : Non, pas du tout, j’ai jamais lâché ce dossier. Il ne fallait pas rentrer dans une démarche qui serait considérée comme une démarche qui puisse bloquer Marseille Provence capitale européenne de la culture. Ma fonction elle est globalement très simple à la ville de Marseille. J’ai comme mission dans le dispositif municipal que les chantiers de la ville soient réalisés en temps et en heure. Et que la ville ait la capacité de recevoir 10 millions de visiteurs avec les Marseillais compris pour faire en sorte que au-delà du contenu culturel, eh bien la ville soit prête.
Ca veut dire quoi ? Ça veut dire que quand vous vous déplacez, que vous êtes allés dans certaines villes qui sont capitale européenne de la culture, quand vous allez dans des biennales, que vous vous déplacez et que vous êtes intéressés par la culture, qu’est-ce que vous faites ? Vous allez spontanément directement à l’endroit qui vous intéresse le plus dans le cadre du déplacement qui est le vôtre. C’est-à-dire quand vous vous déplacez pour une biennale, vous allez avoir les spectacles, les théâtres, ou les musées qui correspondent à cette manifestation. Puis après, vous vous déplacez, vous regardez ce qui se passe à côté. Et donc, nous avons engagé avec les autres collectivités des travaux qui sont d’importance sur la ville de Marseille. Et donc, nous faisons en sorte de réaliser le calendrier que nous nous sommes fixé. C’est grosso modo à peu près 35 ou 37 sites, ça représente à peu près 500 mil... (sic) d’euros d’investissement avec un partenariat public avec les collectivités et privé pour certaines fondations. Pour faire en sorte que le déplacement dans la cité phocéenne soit adapté pour aller sur les sites emblématiques sur lesquels il y aura des manifestations dont on parlera sûrement tout à l’heure.

Michel Gairaud  : Quand même, donc là on est à la Grande Tchatche avec le Ravi, donc on parle un peu direct.
Est-ce que ce n’est pas une usine à gaz que vous avez mise en place ? On s’est dit, si on veut inviter tous les adjoints en charge de la culture à la ville de Marseille, on va pas avoir assez de chaises pour les accueillir. Donc il y a vous-même Renaud Muselier délégué spécial de la ville, il y a Dominique Vlasto qui est adjointe à la candidature 2013, il y a Daniel Hermann à l’action culturelle. Je vais en oublier. Il y a Janine Imbert, chargée de l’opéra et du conservatoire, Eliane Zayan, du cinéma et du spectacle de rue. Est-ce que ça fait pas beaucoup de monde pour un seul dossier ? Est-ce qu’il n’y a pas un problème d’identification de qui fait quoi à ce jour ?

Renaud Muselier  : Il n’y a absolument aucun problème. Vous avez des adjoints qui sont ici présents qui ont en charge le dossier fonctionnel... de l’attribution qui leur a été donnée par le maire dans le cadre de leur délégation.
Il y a eu un avant Marseille 2013, il y a une préparation à Marseille 2013, il y aura un après Marseille 2013, et il y a la nécessité que les adjoints qui ont en charge les dossiers travaillent. Le dossier de candidature a été déposé - je me permets de vous le rappeler - en ce qui concerne Madame Vlasto, et c’est elle qui l’a défendu en tant que député européen, elle était au conseil d’administration de la candidature. Quand on a gagné, il nous paraissait totalement légitime qu’elle reste au conseil d’administration. Ça n’empêche pas que la ville, il faut la préparer. Ca c’est une délégation transversale. Je veux dire, quand j’étais président d’Euroméditerranée, je travaillais avec l’économie, je travaillais avec l’urbanisme, avec tous les adjoints qui avaient des responsabilités dans ces domaines, ça n’a pas empêché de mener à bien ces grands enjeux avec les adjoints qui ont leurs responsabilités dans leurs domaines quotidiens. Et il est clair que quand on dépense autant d’argent dans une ville comme Marseille pour cette compétence culture, il est indispensable qu’il y ait un certain nombre d’adjoints qui aient ces responsabilités.
Donc pour être très clair, je suis responsable, pour la ville de Marseille de Marseille capitale européenne de la culture. Et Madame Vlasto représente le maire de Marseille au sein du conseil d’administration pour la validation au sein du conseil des différents sujets.

Michel Gairaud  : Est-ce que ce n’est pas un peu paradoxal que le Monsieur 2013 de la ville de Marseille ne siège pas au conseil d’administration ? C’est le cas de Patrick Mennucci, c’est le cas de Michel Pezet.

Renaud Muselier : Ca peut choquer effectivement. Est-ce que c’est gênant ? Non. Ce que je sais, c’est que vous avez fait allusion à la première réunion que j’ai faite avec la totalité des élus pour expliquer le déroulé de la ville de Marseille dans son organisation générale en interne. Avec ses services et ses élus. Et il y a eu une levée de boucliers à ce moment-là très importante en disant : "Muselier veut installer le guichet unique pour les documents" (Mennucci protestant à mi-voix :"Beh, c’est ce que t’as dit." Muselier continue sur sa lancé sans y faire attention.) Et la réalité, c’était pas du tout ça. Alors ça a été une interprétation ok, j’ai bien vu la manœuvre là-dessus. Et il est pas question dans mon esprit de me mettre en travers d’un système qui serait récupéré politiquement... Et donc, comme là il y a une difficulté, moi j’ai dit : "Ecoutez, il n’a jamais été question de faire un filtre dans le cadre du guichet unique, il s’agissait simplement de regrouper la totalité des dossiers pour les redonner à la totalité des adjoints, aux maires de secteur, de les donner à Monsieur Latarjet, ça a été validé avec M. Latarjet, avec M. Pfister, Président Marseille Provence capitale européenne de la culture." C’est un moyen assez simple de faire un seul dossier au lieu d’avoir toute une série de remontées, et donc, compte tenu de toutes les difficultés politiques que ça représentait, parce que je m’engage volontiers sur les choses et que je suis quelqu’un de plutôt entreprenant, j’ai dit : "Ecoutez, je vais m’occuper du fonctionnement avec les adjoints des services de la ville, et de respecter un calendrier, de façon à ce qu’il y ait le moins de malentendus possibles", et je pense qu’au moins de ce côté-là, le problème est réglé.

Michel Gairaud : D’accord. Alors, Patrick Mennucci, certains ont été un peu surpris de vous voir prendre la responsabilité de la vice-présidence déléguée Culture Patrimoine Culturel, on vous savait pas amoureux des Arts et des Lettres. Des mauvaises langues ont dit : "Tiens ça va briller, y va y avoir des caméras, il va y avoir une certaine aura médiatique et d’un coup Patrick Mennucci arrive."

Patrick Mennucci  : Pas du tout, parce que la conception que nous avons à la région avec Michel Vauzelle et la conception que j’ai, elle est très éloignée de cela. D’abord, je veux dire qu’on est là ce soir et on est pas les représentants de Marseille Provence 2013. Les représentants de Marseille Provence 2013, c’est Bernard Latarjet et son équipe. Tous les trois ici nous essayons, chacun avec ses spécificités, de faire fonctionner et de faire réussir. La première chose que je veux dire. La question faut-il parier sur Marseille Provence 2013, moi je veux répondre clairement oui il faut parier sur Marseille Provence 2013. Nous avons une chance qui nous est donnée me semble t-il, de faire quelque chose de bien. Ce quelque chose de bien, est-ce que ce sera quelque chose d’exceptionnel ou ce sera simplement quelque chose de bien, je n’en sais rien. Mais ce que je sais, c’est que ce sera le travail que nous ferons tous ensemble les acteurs culturels, les politiques. Et je crois qu’il est dommage - alors c’est peut-être le défaut de l’équipe Latarjet de pas être assez communicatif hein - mais je crois qu’il est dommage de vouloir faire 2013 en 2010. Si 2013 est en 2013, c’est qu’il y a des années de préparation et que la préparation je peux vous dire que la préparation elle est sérieuse. Et au-delà de la conversation que vous aviez avec Renaud Muselier sur la représentation des uns et des autres. Moi ce que je veux dire et que nos amis ici ne savent pas, c’est que dans la maison Diamantée (siège de MP2013) il y a des réunions tous les jours. Il y a des réunions qui préparent les arbitrages du conseil d’administration. Il y a nos services du Conseil général qui sont là, qui travaillent.
Moi j’ai des retours sur ce qui se passe et je n’ai pas que des satisfactions. Et je dis aujourd’hui, il y a encore beaucoup de travail à faire. Ce qui me semble, sur Marseille parce que si vous me permettez en même temps je suis conseiller municipal de Marseille et j’ai quand même une idée. Je le dis, Renaud Muselier, il pense ce qu’il veut, on peut avoir des désaccords, peu importe. Je trouve que c’est une erreur de la part de la ville de Marseille de ne pas avoir au conseil d’administration celui qui a la responsabilité. Et je regrette qu’au conseil d’administration de Marseille 2013, il y a Michel qui siège, il y a Eugène Caselli qui siège pour la communauté urbaine, je représente moi-même la région. Il y est souvent plusieurs personnes. Et quand vient le débat, on a pas la vérité de la position de la ville. Il me semble que c’est encore modifiable. Et il me semble que le maire de Marseille devrait aller au bout de cette responsabilité politique de donner la responsabilité à celui à qui on la donne. Alors, est-ce qu’après il y a des problèmes politiques à l’intérieur, après je ne suis pas capable de les analyser. Mais je trouve que en tout cas nous à la région, les choses sont très claires. Il me semble qu’au Conseil général c’est aussi le cas. Il y a une clarté de l’organisation administrative.
Il faut aussi dire que pour Marseille, il y a une autre question qui se pose qui est un peu difficile. C’est la question aussi des responsabilités des équipements. Parce que nous, nous avons des responsabilités de financement, nous avons des responsabilités de réussite culturelle. Mais il y a aussi Marseille Provence 2013, des choses qui doivent se construire. Il y a aussi des responsabilités qui sont pas les mêmes pour les uns et pour les autres.

Michel Gairaud  : Je vous invite à faire des interventions courtes. Michel Pezet, nous au Ravi on suit vos aventures de près avec intérêt. A un moment, on a été inquiets, on s’est dit : Tiens, il y a embrouille avec Jean-Noël Guérini, on ne voit plus Michel Pezet. Et puis voilà, vous re-voilà en charge de la culture au Conseil général, donc ça va mieux. Et puis, vous êtes arrivé au conseil d’administration après les autres pour ces raisons-là entre autre. Et on vous a entendu élever un peu la voix. On a fait partie de ceux qui ont relayé tout ça. Cette gouvernance, la façon dont les choses se mettent en place, ça vous convient ? Un des enjeux de la candidature, c’était de donner de la cohérence dans les politiques entre les différentes institutions concernées impliquées dans la culture. Et Bernard Latarjet a dit lorsqu’il défendait la candidature Marseille Provence 2013 : il faut mettre de la fluidité dans tout ça et cette candidature va nous aider. Est-ce qu’on y est à ce jour, ou est-ce qu’il y a encore du chemin à mener pour que tout soit clair et que tout le monde avance main dans la main à la vitesse requise ?

Michel Pezet : Effectivement, moi j’étais là au tout début quand on a installé le premier conseil d’administration, ensuite je suis allé vers d’autres occupations, et puis je suis revenu au conseil d’administration. Moi ce que je crois qu’il faut bien voir quand même, c’est le départ. Le départ, c’est effectivement Latarjet qui va monter ce projet, qui va le construire qui va le défendre avec d’autres bien entendu. Avec les élus, avec le maire, avec le président Vauzelle, avec le président Guérini, tout le monde est allé le défendre. Mais c’est Latarjet qui a porté ce dossier. Mais vous vous rappelez la formule ? Pourquoi Marseille ? Eh bien simplement parce que Marseille est certainement la ville qui en a le plus besoin. C’était pas idiot.
Et là, quels sont les questionnements et quelles sont les réponses ? Est-ce que c’est simplement encore une fois, après l’appel qui a été fait à différentes candidatures, et je comprends le questionnement de l’ensemble des structures culturelles qui se disent : qu’est-ce qui va se passer ? A quelle sauce on va être mangé ? Qu’est-ce qu’on va faire ? Comment seront budgétées nos propres demandes ? C’est une véritable interrogation et c’est ce qu’on ressent partout. Chacun de nous quand nous rencontrons des structures culturelles, nous sommes très courts maintenant sur la date, sur l’échéance. Est-ce que je suis retenu ? Est-ce que je suis pas retenu ? Qu’est-ce que je vais avoir ? Qu’est-ce que c’est la labélisation ? C’est là une véritable interrogation.
Mais tout ça passe par une idée qui est selon moi assez forte : Marseille ne définit pas sa politique culturelle. Marseille aujourd’hui, la ville. Je ne vise pas les élus qui sont là, c’est pas ça. La ville ne définit pas sa politique culturelle. Et s’il n’y a pas de définition de la politique culturelle je dirais dans la maison mère, qu’est-ce qui reste ?

Michel Gairaud : Une réaction rapide de Renaud Muselier et puis on va avancer. Les problématiques listées on va les retrouver. On va revenir sur les équipements, sur la place des artistes locaux, on va essayer cerner les problèmes qui se posent.

Renaud Muselier : Je partage une grande partie de l’analyse de Michel Pezet, pas la conclusion. Sur la partie de l’analyse, il commence à dire : pourquoi Lille a marché et pourquoi Avignon n’a pas marché ? Ou c’est pas toi qui l’a dit mais c’est la même chose. Nous à la ville, nous avons en permanence depuis que nous sommes élus avec le maire de Marseille, essayé de profiter de toutes les manifestations de niveau international pour faire des grosses manifestations et ça nous a servi beaucoup. Que ce soit le changement millénaire, La Massalia, La Marcéleste, on s’est rodés à de grandes manifestations populaires et y’en a pas beaucoup en France qui sont capables de le faire.
(Patrick Mennucci lançant une pique bien audible : "Et l’American Cup ?"
Renaud Muselier lui répondant : "Ça c’est un autre débat.")
Mais c’est intéressant de savoir pourquoi on a raté l’American Cup. Parallèlement à ça, quand on a la coupe du monde de rugby ou la coupe du monde de football, on voit aussi qu’on est capables, par des manifestations internationales, d’apporter une image ou un éclairage extérieur à la ville de Marseille.
Quand on voit que c’est le tour de la France pour la capitale de la culture, on se dit on a la capacité de le faire. Et c’est vrai que Monsieur Scott, qui était le président du jury, a dit : "Marseille en a besoin." Et c’est la raison pour laquelle nous avons gagné face à des grandes villes qui sont, quand même dans cette compétition assez forte, qui sont Bordeaux, Toulouse ou Lyon. Pourquoi on a gagné ? Parce que le projet que nous avons présenté dans un premier temps était d’abord marseillo-marseillais avec la capacité des acteurs de la vie culturelle de Marseille, et parallèlement à ça, on a réalisé nous même très vite que intra-muros on était trop faible par rapport au dispositif. Et comme tu le dis si bien. (S’interrogeant à haute voix par une question rhétorique : "On se tutoie ou on se vouvoie là ?") Bon, on se retrouve dans un schéma où il y a de très grandes forces culturelles à l’extérieur qui ont donné une visibilité très forte à la démarche culturelle. Et donc, on est parti dans la logique de dire on va associer l’ensemble du territoire. On va l’ouvrir on va l’élargir. Et ça va donner une puissance supplémentaire au travail des Marseillais. Parce que quand on s’appuie sur les Arlésiens, que les Aixois, quand on s’appuie sur les autres villes, incontestablement ils ont un rayonnement et un savoir faire. Nous à Marseille, nous avons pris un certain nombre de retards. Mais moi je ne suis pas d’accord avec vous pour l’analyse de l’absence de vie culturelle à Marseille quand on regarde le nombre de projets, de programmations, les festivals... On redécouvre des démarches qui existent sur cette ville. La réalité aussi c’est que contrairement aux grands territoires comme Aix et comme Arles, on a misé nous sur la création, sur la diffusion, sur la formation. Il y a une très grande liberté de la totalité des compagnies, des troupes, ou des associations, qui quelque part aujourd’hui s’exportent. L’idée maintenant, c’est de profiter de Marseille capitale européenne de la culture pour avec ce projet on puisse avancer sur des infrastructures fortes.

Michel Gairaud : On essaye de faire des interventions courtes, que l’on puisse dialoguer.

Patrick Mennucci  : Moi, il me semble qu’il faut rappeler quelques chiffres en euro. Pour bien comprendre ce que c’est Marseille Provence 2013. D’abord, je crois qu’on est dans un environnement qui est créé par la situation économique et par les décisions gouvernementales à l’égard des collectivités et de la culture en général qui est anxiogène pour les troupes et qui est anxiogène aussi pour les collectivités. Donc nous avons des problèmes financiers, ça je crois que c’est quelque chose qu’il faut dire aujourd’hui. Nous n’aurons pas la capacité à régler les problèmes comme certains pensent que nous pourrons le faire.
Je voudrais donner un chiffre. La capitale, c’est 98 millions d’euros. 83 millions de ressources publiques, 14,7 millions de ressources privées, qui soit dit en passant ne sont pas trouvés à 90% aujourd’hui. Les subventions publiques donnaient sur 3 ans 2010, 2011, 2013. En 3 ans, dans le territoire que définissait Michel (Pezet), mairies, CG, région etc., mettent 900 millions d’euros sur la culture. C’est-à-dire entre Toulon, Aix, Marseille, nous mettons les uns et les autres 900 millions. Il faut les rapporter aux 80 millions d’argent public. Ça veut dire que le plus de Marseille 2013 par rapport à une année lambda, c’est 10%. Donc moi, je veux dire en disant ça c’est qu’il ne faut pas que nous créions des illusions de ce que sera Marseille Provence 2013. Ça sera évidemment je l’espère plus de 10% d’augmentation parce qu’il y aura des gens qui feront des choses qui coûteront pas d’argent et paieront eux-mêmes. Ça commence à exister dans les quartiers. Mais en même temps ; c’est 10 % en plus que ce que les collectivités donnent chaque année. Et ça, c’est un chiffre qui est indiscutable et qu’il faut que l’on ait tous en tête quand on parle de Marseille Provence 2013.

Michel Gairaud : Alors, s’il vous plaît, vous avancez c’est bien, vous dialoguez c’est parfait. J’aimerais quand même que vous répondiez à des questions précises. Pour rester sur la question financière : est-ce que l’argent public va manquer pour 2013, et en particulier l’argent public dont on vient de souligner le rôle important ?
Précisément, on voit Aix dont on parlait tout à l’heure qui amène une dotation de 7,5 millions d’euros qui dit : nous, on les mettra sur la table que si on a des garanties que Marseille Provence 2013 va bénéficier à notre territoire. Et ce raisonnement-là, on l’entend dans d’autres cas. Toulon va faire la même chose. Arles…

Patrick Mennucci : Arles, ils l’ont pas dit.
Michel Pezet (discrètement, sur un ton ironique) : "Ils ne mettent rien."
Michel Gairaud : Arles non, mais certaines villes de sa communauté d’agglomération oui. Est-ce qu’il y a une inquiétude à ce jour sur cet argent public ?

Michel Pezet : Moi, je pense que oui, c’est évident. Il y a plusieurs communes, vous les avez citées, mais il y a également des communes plus petites. Le problème du San qui maintenant va adhérer. Plusieurs communes qui disent : pourquoi on va donner de l’argent ? Quelles sont les retombées ? C’est la première question, et il est logique que les élus posent ces questions. Ils ne savent pas. Et comme on n’a pas encore réussi à créer une dynamique autour de Marseille Provence 2013... S’il n’y a pas de dynamique, les gens ne suivent pas. Aujourd’hui, vous avez une dynamique. C’est ce que j’évoquais tout à l’heure sur Arles, sur Aix. Ils se disent : « Bien après tout, tout l’argent que j’ai, je vais le mettre chez moi. Pourquoi vais-je le mettre ailleurs ? » C’est la grande question qui est posée. Donc c’est pour ça que si on ne réfléchit pas... Et pour moi l’intérêt de 2013, c’était un, de faire travailler tout le monde ensemble. Réunir des équipes en disant : quels sont vos projets ? Quand vous avez X projets qui sont à peu près pareils, réunissez-les, faites travailler.
Deuxièmement, la grande question aussi c’est comment je joue sur cet espace, tout le monde ne peut pas faire tous la même chose. Bien Arles, ils ont un patrimoine, regardons le patrimoine et aidons sur le patrimoine. Aix a une vocation sur le XVIIIème, eh bien jouons avec. Marseille a une autre vocation. Marseille autrefois c’était l’opéra de Marseille. C’était les grandes expositions d’été et c’était la peinture et l’art contemporain. On a au Musée Cantini une des plus grandes collections d’art contemporain. Aujourd’hui, qui en entend parler ? Qui en entend parler ? Si on était arrivé à créer des projets en commun avec toutes les villes, aujourd’hui tout le monde serait dans une dynamique.

Michel Gairaud : Bernard Latarjet assisterait donc à un combat de coqs avec des enjeux politiques qui fait qu’on va vers un émiettement de ce grand territoire Marseille Provence ? Je me tourne vers le spécialiste du territoire de la grande métropole marseillaise.

Renaud Muselier : Je suis un peu plus optimiste que mes amis. Moi, je pense que tout le monde est parti dans cette affaire. Tout le monde s’est engagé dans cette affaire. Tout le monde a à y gagner dans cette affaire. Qu’elle soit particulièrement difficile à mettre en place, c’est vrai. C’est évident. Parce qu’à partir du moment où vous investissez entre 7 et 15 millions d’euros dans un dispositif, vous vous dites : est-ce que j’ai pas intérêt moi à le faire plus chez moi ? Est-ce que j’ai pas intérêt à voir grandir Marseille à côté ? Il y a toutes sortes de difficultés comme ça. En même temps, les informations que nous avons. Parce que nous sommes à mi-parcours aujourd’hui et que plusieurs... On a dit que Toulon va venir, va pas venir. Qu’est-ce qui va se passer ? Toulon, j’ai vu Monsieur Falco il y a peu, je sais qu’il voit aussi Monsieur Latarjet. Il vient, il a confirmé son engagement. Il sera là. Donc il mettra l’investissement avec. De la même manière, en plus c’est des amis de ma formation politique, donc ça peut paraître encore plus surprenant. Pour Madame Joissains à Aix. Il y a eu je crois une explication de texte il y a 10 jours ou 15. Et très clairement, Madame Joissains... Au début de ce discours, on était susceptible d’être inquiet sur la position de Madame Joissains dans Marseille Provence capitale européenne de la culture. Elle a confirmé son engagement dans le dispositif.

Patrick Mennucci (l’interrompant) : En échange de la retombée exacte de ce qu’elle met sur Aix. Elle dit : ok, je participe à Marseille Provence 2013, mais je mets 7 millions et je veux vérifier centime par centime d’euro que ces 7 millions vont aller sur mon territoire. Et c’est là où on est dans une véritable difficulté.
Faisons l’analyse des choses. Comment on procède ? Aix, on a un énorme festival de musique et d’opéra, on a un festival extraordinaire avec des grands professionnels. La véritable question, c’est comment on fait notamment nous Marseillais, pour que les Marseillais puissent se saisir de ce festival. Et comment ils font pour y assister, y accéder. Mais non, mais moi je dis les choses simplement. Il y a un projet qui existe sur le FIAL qui est intéressant et dont il faut parler. C’est la diffusion dans les villes de la région, à Marseille mais aussi à Gap, dans les villes de la région, de la Traviata et on va le faire jusqu’en 2013 où on va offrir gratuitement aux Marseillais la possibilité avec des techniques tout à fait moderne de son et d’image l’opéra du festival d’Aix. Voilà le genre de travail qu’il faut faire. (applaudissements)

Renaud Muselier  : Attend. Attend.

Patrick Mennucci  : Madame Joissains dans cette histoire-là, elle ne nous donne pas un franc de plus.

Renaud Muselier : Non mais attends, là on parlait de gouvernance pour savoir si les territoires étaient susceptibles de participer à la gouvernance et d’abonder financièrement. Moi je te dis oui et que cette dynamique est engagée et qu’aujourd’hui elle ne se coupera pas. Deuxièmement, dans ce débat-là, de savoir si dans cette gouvernance, les acteurs politiques qui ont engagé leurs paroles, vont payer. Il y aura l’argent qui a été promis par les collectivités et les collectivités qui sont concernées y resteront. Après, il y a le troisième volet, et tu es (ndlr : Patrick Mennucci) déjà en train de rentrer dans la programmation, moi je ne rentre pas dans la programmation.
La première question que pose Michel (ndlr : Pezet), c’est de savoir est-ce que les collectivités vont y aller ? Oui, les collectivités vont y aller. Est-ce que les collectivités vont financer, puisque que c’était votre question ? Oui, les collectivités vont financer. Après, quelles vont être les retombées dans la programmation ? Tu viens de donner un exemple. Moi, je ne rentre pas là-dedans, par contre la logique de Bernard Latarjet dans Marseille capitale européenne de la culture, ça sera justement de mettre tout le monde en dynamique en fonction de ses propres capacités, en fonction de ses propres atouts. Il est bien évident que Aix n’aura rien à voir avec Arles, qui n’a rien à voir avec Marseille.

Michel Gairaud : Pour vous citer, dans le Ravi du mois dernier, on dit Marseille Provence 2013, ça va faire gagner 10 ans à Marseille. Ca va placer Marseille dans le Top 20 des grandes métropoles. Et c’est ce qui se dit, on entend Monsieur Pfister...

(Coupé par Mennucci : "Il disent la même chose pour le conseil mondial de l’eau, ils disent la même chose pour le Vélodrome, la même chose pour la coupe du monde de Rugby ")

Michel Gairaud (qui reprend la main au milieu des applaudissements des sympathisants socialistes) : Juste je pose ma question. Vous dites : « Le grand Marseille, le mot est tabou, mais quand on construit Marseille Provence 2013, on construit le grand Marseille... » On a l’impression que la construction est un peu difficile quand même.

Renaud Muselier : Mais bien entendu que c’est difficile. Bien entendu que c’est difficile. Vous avez des strates territoriales qui sont compliquées, vous avez des influences politiques qui sont différentes, vous avez une législation française qui est compliquée. Ça n’empêche pas que quand on a construit la communauté urbaine, on a fait un premier pas. Les gens qui habitent Aix, ils travaillent à Marseille ou l’inverse, ils vont à l’opéra, au théâtre, ils font ce qu’ils veulent. Les gens qui habitent à Aubagne, ils vont aussi dans les hôpitaux de Marseille. Il y a une porosité mécanique qui se passe dans ce territoire et Marseille, que vous le vouliez ou non, est la ville mère de ce département. Il est absolument indispensable par intermédiaire, de projet, par l’intermédiaire du port, par l’intermédiaire de la culture, on se débrouille pour avoir des projets communs....

A l’écran, un dessin représentant Maryse Joissains, la maire d’Aix, avec une poitrine généreuse et une bulle : « Pour avoir mon festival d’opéra, il faudra me passer sur le corps. » Tout le monde s’arrête de parler et la salle rit.

Michel Pezet : Non non, moi je crois que Renaud Muselier est très optimiste, c’est pas vrai, Maryse Joissains, elle joue sa carte, Hubert Falco, il joue sa carte. Parce qu’ils ont intérêt à défendre leur territoire. Et sur l’opération Marseille Métropole 2013, les gens vont aller encore plus à Aix. Elle vient encore de faire un coup superbe. Avec la fondation pendant 15 ans du docteur Planqué, je veux dire, formidable.
Sur Arles, vous avez quand même des grandes manifestations qui sont les Rencontres internationales de la photographie. Et l’été, encore une fois, on voit ce que ça donne.
Le festival lyrique d’Aix, Patrick l’évoquait. Ça existe, ça existe au niveau international.
Aujourd’hui à Marseille, qu’est-ce que nous avons ? Marsatac, on a les pires difficultés pour trouver quelque chose.

Renaud Muselier : Le festival de Marseille

Michel Pezet : Les grandes expositions d’été. Vous avez tous connu, ceux qui ont un peu de mémoire, Madame Latour et les grandes expositions d’été du musée Cantini. Tout ça n’existe plus. Tout ça n’existe plus. Donc, je veux dire... On est dans une situation où Marseille qui doit être un moteur, aujourd’hui ne l’est pas. Parce que la métropolisation ne s’est pas faite de Marseille, elle s’est faite ailleurs. Je ne dis pas que c’est négatif. Je dis que ce qu’il faut trouver, c’est comment je coordonne l’ensemble par des projets. Si nous voulons tout faire à Marseille, on se plantera. Donc ce qu’il faut imaginer avec les autres, tout ce qu’on va proposer. Parce qu’aujourd’hui, j’ai très très peur d’une politique d’image. La politique d’image, on sait ce que ça donne. Ca dure un temps et puis ça s’écroule.
Il faut une profonde réalité sur une politique.

Michel Gairaud : Sur cette histoire d’image, c’est important. Michel Pezet dans le Ravi : "Ca serait bien si la notoriété de Marseille tenait moins à ses règlements de compte mortels aux Caillols. Renaud Muselier : "Ce serait bien que Marseille change son image et qu’on rompe avec la caricature d’une ville de grévistes." Vous pensez que vraiment il faut attendre tout de la culture pour changer l’image de cette ville. Est-ce que c’est pas faire peser beaucoup de choses sur les acteurs culturels qui sont peut-être ce soir avec nous dans cette salle ?

Patrick Mennucci : C’est pour ça que depuis le début de ce débat, je dis de faire attention à ne pas mettre Marseille Provence 2013, à penser que ça va régler l’ensemble des problèmes de cette ville. Et là où j’ai un désaccord avec ceux qui veulent utiliser Marseille Provence 2013 pour faire des actes politiques, je pense qu’il faut au contraire qu’on soit capable tous de s’effacer devant Marseille Provence 2013.

Michel Gairaud  : Vous pensez à qui là ?

Patrick Mennucci (continuant sur sa lancée) : Pourquoi ? Parce qu’on ne pourra pas faire porter à la culture la responsabilité de 50 ans de laisser aller dans la métropolisation de notre territoire. Notre territoire n’est pas métropolisé. Michel (ndlr : Pezet) avec ses explications sur Aix, encore que Toulon est encore une autre histoire... Mais au moins sur Aix. On y va, on y vit, on y travaille, on va faire ses études, qui est à 30 kilomètres de chez nous, n’a pas métropolisé avec Marseille. Est-ce qu’on croit qu’aujourd’hui, parce qu’il y a Marseille Provence 2013, on fait la culture ensemble, la métropolisation va venir d’elle-même ? Eh non. La première métropolisation, c’est les transports. C’est d’abord ça, la première métropolisation. C’est la question que comme on a pas pu faire un train TER cadencé type RER qu’on trouve à Paris... On a encore heureusement les bus du Conseil général qui font l’aller retour Aix-Marseille. Eh oui, mais c’est ça la réalité. La réalité, c’est que la métropolisation nous l’avons échouée ou nous l’avons pas voulue. Et mon courant politique a une responsabilité. Moi, je ne rejette pas du tout sur les autres. Quand Gaston Defferre refuse en 1964 ce qui est proposé par Pompidou à Bordeaux, à Strasbourg et à Lille, il fait une erreur politique. Car cette erreur politique, on la paye encore aujourd’hui. Mais ces 50 ans de retard, on va quand même pas se tourner vers la culture en disant : les gars, il faut que vous les rattrapiez entre 2011, 2012, et 2013. Ca serait la pire des choses que l’on ferait à Marseille Provence 2013.

Renaud Muselier : Mais personne a dit ça. Jamais personne n’a dit ça. Jamais personne n’a dit qu’il faut se tourner vers la culture pour régler le problème de la métropolisation.
Je dis que, simplement que là, on a aujourd’hui grâce à un grand projet qui vient de Marseille qui est repris au niveau européen qui nous a permis de gagner, on a la capacité de montrer sur la totalité du territoire qu’on peut s’entendre ensemble en gardant nos spécificités pour mettre en valeur notre patrimoine, nos artistes, notre savoir faire et nos écoles. C’est ça que je dis. Et ça, c’est quelque part une métropolisation de notre savoir faire qui existe sur ce territoire même si il ne correspond pas aux strates politiques. Alors quand tu me dis qu’on a raté un certain nombre de choses en termes de développement métropolitain, c’est évident. Mais c’est évident ! C’est pas parce qu’on l’a raté en son temps que nous on a l’obligation de commettre les mêmes erreurs que nos aînés. Et quand on fabrique Marseille Provence Métropole et que c’est une petite communauté urbaine de 18 communes. C’est déjà pas mal. Et si on arrive à travailler à un peu plus, bien c’est un peu plus. Mais quand tu te dis que quand même, nos aînés ont réussi à faire le port de Fos en oubliant le port de Marseille. En coupant les strates, en coupant les moyens financiers, et en coupant les moyens de communication, on se dit qu’ils ont été géniaux parce qu’ils ont pensé au gaz, à ce port international qui est un grand port du monde, mais ils ont oublié Marseille derrière, qu’ils ont paupérisée de fait. Ils ont fait des choix stratégiques, ils ne sont pas allés jusqu’au bout de la démarche.
(Applaudissements des sympathisants de droite.)
Alors aujourd’hui, quand on revient sur la culture. La culture, bien entendu qu’on ne peut pas tout attendre de la culture, mais enfin, on a suffisamment voyagé, on s’est suffisamment déplacé, on sait très bien qu’il n’y a pas de développement économique si il n’y a pas de développement culturel. On sait très bien que c’est un atout essentiel.
Je suis pas du tout d’accord avec toi quand vous parlez de la visibilité de la ville de Marseille. On a fait un choix qui était de faire en sorte... On a fait un choix dans cette ville de dire... Ici on va se doter de moyens, d’équipes, pour pouvoir leur donner la liberté de s’exprimer, de se former, de se développer. C’est vrai que pour autant on a pas fait les mêmes choix. Et peut-être que c’est quelque chose qu’il faut rattraper pour notre politique muséale. Que peut-être on a quelques efforts à faire. On a en tout cas incontestablement la nécessité de restructurer notre offre d’accueil, de patrimoine, que ça soit la maison diamantée, la Friche de la Belle de Mai qui est essentielle, le palais Longchamp qui est essentiel, Borély qui est essentiel, ça nous permet de remettre à niveau un certain nombre de choses avec une programmation derrière et on va s’appuyer sur Marseille Provence pour développer cette programmation.

Michel Gairaud : Le temps passe et on se rend compte que Marseille Provence 2013 brasse large. C’est le territoire, c’est la métropole. Mais c’est aussi les artistes et j’aimerais que vous répondiez à ces inquiétudes qui s’expriment. Je fais juste une parenthèse. Le mensuel le Ravi, on fait de l’information, on fait pas de la communication, donc on fait débattre sur Marseille Provence 2013, on fait écho à des questions qui se posent dans les milieux culturels, dans les milieux associatifs de la ville. On ne fait pas un débat contre Marseille 2013, ce n’est pas l’objet de ce débat. Voilà, je voulais re-préciser cela. Donc la place des artistes locaux. Il y a à ce jour, à mi-chemin, des inquiétudes. Il y a deux objectifs pour Marseille Provence 2013, il y a l’excellence européenne, faire de Marseille et de son agglomération un phare culturel pour simplifier. Mais aussi booster le territoire artistique local. Est-ce que c’est possible de concilier les deux ? Il y a des inquiétudes. Actuellement, on est à l’étape où 2000 projets de candidature ont été déposés, on va savoir en janvier quelle sera la pré-sélection. A ce jour, ça tiraille et on entend beaucoup d’inquiétudes dans les milieux culturels. Est-ce que vous les entendez vous aussi ?

Michel Pezet : C’est évident, je veux dire c’est la grande question qu’on a tout le temps. Et encore une fois, c’est difficile. Il m’arrive de recevoir au Conseil général des dossiers pour 2013. Je réponds tout de suite : "Je transmets à Monsieur Latarjet", mais moi je n’ai pas d’opinion à émettre. Je ne peux pas émettre une opinion. On est clair. C’est ce que j’ai dit dès le début. L’autorité, c’est Monsieur Latarjet. Ce qui en soit n’est pas idiot d’ailleurs, parce qu’il faut bien qu’il y ait une autorité. Mais le questionnement aujourd’hui de la part des structures, c’est est-ce qu’on est retenu ? Si on est retenu, quel est le pourcentage qui va être pris en compte par 2013. Moi, j’ai entendu évoquer que 2013 pouvait prendre 30 %, 20 %... Où va-t-on trouver le reste, personne ne le sait aujourd’hui ? Mais encore une fois sur les 2000 projets que vous avez évoqués. On en a eu la liste au conseil d’administration et puis on aura à en débattre en décembre.

Patrick Mennucci  : On a un conseil d’administration le 18 novembre et on me dit, (s’adressant à Michel Pezet) mais je sais pas si tu as les mêmes informations, que tout ça serait repoussé en janvier. Pour l’instant, ce sont mes services qui me disent ça. Pour l’instant, je n’ai pas de confirmation directe, politique, de Bernard Latarjet.

Michel Gairaud : Ça se passe aussi mal ? On a l’impression qu’il faut passer par les services... Il n’y a pas de contact direct avec Bernard Latarjet ?

Patrick Mennucci : Ah non non, moi j’ai eu Bernard Latarjet deux fois cette semaine, quand j’ai des choses à lui dire je les lui dis et... J’essaye de me faire entendre. Mais il faut quand même être honnête, il y a des services, des fonctionnaires qui travaillent toute la journée pour Marseille Provence 2013. Par exemple, ces 2000 dossiers, ils sont passés au tamis, dedans il y a des choses complètement formidables. Il y a des trucs un peu plus anecdotiques, donc il y aura des niveaux de validation. Mais moi, ce qui me paraît toujours... Je m’excuse, mais je reviens toujours à l’argent. On a 10 % de plus que ce qu’on avait dans une année normale. Et ensuite, il faut regarder par élément. Il faut ramener les chiffres à ce qu’ils sont. Si on prend par exemple l’art visuel, parlons d’art moderne etc... Le budget total qui est prévu est de 4 millions d’euros. 4 millions d’euros pour le territoire Aix, Toulon, Marseille.
Je donne un autre exemple : les cultures urbaines, c’est-à-dire le hip hop, le graff, enfin toutes ces choses-là. Le budget, il est d’un million 500 000 euros. Donc il faut que nous ayons, je m’excuse, mais je ne veux pas qu’on prétendre que Marseille 2013 va être quelque chose d’absolument incroyable quand on sait que c’est simplement 10 % de plus que les budgets annuels qui sont donnés à la culture.

Michel Gairaud : Ca, on l’a entendu. Je reviens vers Michel Pezet, dans le Ravi - je cite le Ravi, hein vous me comprenez - vous disiez en mai, c’est pas loin mai : « Il y a une fracture entre l’équipe de Marseille Provence 2013 et le milieu culturel. » Vous le pensez toujours à ce jour ?

Michel Pezet : Je le pense toujours, moi je le pense.

Michel Gairaud : C’est grave ça, non ?

Michel Pezet : Patrick (ndlr : Mennucci) évoque les dossiers qui sont traités à la maison diamantée. Mais moi, ce que j’entends en tout cas de la part des responsables culturels c’est : je n’ai pas de retour sur la proposition que j’ai faite. En tout cas... ou alors qu’on me dise ici si vous avez des retours. Moi, ce que j’entends autour de moi c’est : j’ai déposé un dossier. Je sais pas si il sera pris ou il sera pas pris. Je ne sais pas à quelles conditions il sera pris. Alors, il y a une interrogation. C’est vrai que la masse des dossiers fait qu’il faut les étudier, il faut regarder ce qu’il en est. Mais le temps est là. Si une structure, si une compagnie souhaite monter une opération d’envergure parce qu’a priori c’est ce qui est demandé sur 2013. Mais là aussi, juste un bémol parce que celui-là je ne veux pas le laisser passer. Le bémol, c’est de dire 2013 vocation Méditerranée. Mais limiter simplement à la Méditerranée me paraît une erreur. Je considère qu’aujourd’hui l’économie marseillaise et une grande part de l’économie elle va très au-delà de la Méditerranée, elle en Asie elle va partout.
Je reviens encore une fois sur les retours que j’ai de celles et ceux qui sont dans le monde culturel, c’est qu’il y a peu de retours de la part de l’équipe de Monsieur Latarjet.

Renaud Muselier : Pareil que mes deux éminents collègues. Nous, on est confrontés au même problème parce qu’en plus ça porte le nom de Marseille. Pour autant, le retour qui arrive en permanence c’est : qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que mon dossier va être retenu ou non. De surcroît, au-delà du monde de la culture qu’il faut considérer et auquel il faudra donner des réponses dès le début de l’année prochaine. Il est clair aussi c’est que Marseille Provence 2013 suscite aussi un enthousiasme d’entreprises, d’associations de quartier qui veulent participer à la manifestation dans nos propres quartiers. Des micro-projets, bien qu’ils disent moi là-dedans, j’ai peut-être pas posé mon dossier chez Monsieur Latarjet, mais ils vont voir leur élu de secteur, ils vont voir leurs élus et ils disent bien comment je peux aider dans tel ou telle manifestation ? Donc on a plusieurs niveaux de difficulté. Dans le premier degré de difficulté, les grandes manifestations internationales, qu’est-ce qui va se passer ? Qui va travailler là-dedans, qu’est-ce que c’est : programmation. Deuxième niveau : les artistes marseillais avec tout ce qu’ils représentent, tout ce qu’ils ont fait, partout où ils sont. Tout ce qu’ils peuvent représenter, comment ils sont pris repris. Qu’est-ce qui va se passer ? Comment ils vont être représentés ? Et troisième volet : tous ceux qui à un moment donné ou un autre, ceux qui veulent apporter leur contribution comment cela il peuvent s’intégrer.

Michel Gairaud : On n’a pas invité Bernard Latarjet ce soir, c’était pas le principe, on l’a déjà fait dans le Ravi, on le refera à d’autres moments. Mais est-ce que là vous êtes pas en train de pleurer parce que vous avez été dessaisi de prérogatives à savoir de ce contrôle qui consiste à s’occuper directement des milieux culturels ? Un des enjeux de cette candidature c’était peut-être de rompre avec certaines pratiques qu’on nomme parfois clientélistes ? Est-ce que là, moi j’entends des techniciens, je dirai pas lesquels, dans l’équipe de Bernard Latarjet qui disent : « Holala - Ils arrivent parfois de loin - le personnel politique ici, c’est pas facile. » Est-ce que vous ne nous faites pas ce soir le chœur des pleureuses ?

Renaud Muselier : Bien écoutez moi ce qui disent de loin. Nous, on est dans une belle démocratie qui fonctionne bien. Ceux qui viennent de l’extérieur, bien qu’ils regardent comment ça se passe hein euh voilà. Moi j’veux dire, la démocratie elle fonctionne, on est dans un endroit où globalement très nettement on n’a pas de leçon à recevoir des autres. Pour autant, il est clair que nous, notre dispositif il fonctionne et ça marche.

Patrick Mennucci : Moi, je veux répondre précisément à cette question. Moi, je le dis de façon la plus claire. En ce qui concerne la région, il y a une volonté de passer par les équipes de Marseille 2013. Est-ce que ça veut dire qu’on a pas les uns et les autres, des idées ? Par exemple, la région elle a dit, donc c’est pas un secret, je peux le dire à Marseille 2013, elle a dit au conseil d’administration, nous on défend la construction et le travail avec le Fonds régional d’art contemporain, le Frac, qui pour nous est un des éléments structurants de Marseille Provence 2013 en matière d’art contemporain. Et par exemple, on est extrêmement favorables à la mise en place du festival du cinéma arabe. On est pas là pour jamais rien dire. On dit des choses sur les grands éléments structurants. Après, l’association. J’ai vu des dossiers puisqu’on me les envoie. Comme Michel (ndlr : Pezet), je réponds que c’est pas nous qui faisons les choix. Mais j’ai vu des dossiers à 5000 euros. Des gens qui veulent faire une chose, eh bien, ces dossiers-là bien il faut être à peu près clair, il ne seront certainement pas financés par Marseille Provence 2013, mais en même temps moi j’ai vu cette semaine sur la corniche le club des dauphins. Des gens qui viennent de s’organiser pour Marseille Provence 2013, ils se sont fait un mécénat à eux. C’est-à-dire, ils se sont fait un budget de 50 000 euros. Ils sont en train de programmer des conférences culturelles, du jazz, des petites choses comme ça. Ils entendent animer tout ce petit coin de corniche pour 2013, mais ils ne vont jamais aller nous demander de l’argent. La réussite de Marseille Provence 2013, au moins en partie, elle viendra aussi de l’engouement populaire, de la capacité... On ne peut pas non plus rejeter ce qui va se passer dans les quartiers et je crois que ce sera aussi important dans Marseille Provence 2013 que les grandes expositions ou que le ballet.

Michel Pezet : Moi en tant qu’élu, je ne suis pas du tout gêné qu’il y ait une direction unique. Je trouve ça tout à fait logique. Il y a une unité à défendre, non je trouve ça tout à fait logique. Par contre, au moment où les retenues seront faites et où les propositions seront faites. Rien ne m’empêchera de dire ce que je pense sur certaines propositions.

Michel Gairaud : Je vous propose d’accélérer, j’aimerais poser trois dernières questions avant de passer à la salle. Première question, je relaye une inquiétude d’un acteur culturel et pas des moindres, Phillipe Foulquier, fondateur de la Friche de la Belle de Mai qui dans le Ravi le mois dernier a fait une lettre ouverte qui s’adresse à Bernard Latarjet mais aussi à vous. Et qui dit : « Il y a une crainte. Il ne faudrait pas que la vitrine culturelle que va représenter Marseille Provence 2013 devienne le prétexte de nouvelles opérations de nettoyage social. » Mais ça pose la question, c’est un mot un peu savant, de la gentrification, et c’est un objectif qui est là de la part des organisateurs de Marseille Provence 2013 et de vous-mêmes. C’est-à-dire faire venir des cadres, séduire des populations. Des cadres supérieurs. Faire marcher l’économie de Marseille. Est-ce que dans le sillage d’Euromed, 2013 va être le prétexte à finalement une reconstruction de Marseille qui ne respecterait pas forcément en particulier sa dimension populaire ?

Renaud Muselier : Non j’vois pas. C’est pas parce que vous faites Marseille Provence 2013, que vous faites un certain nombre de manifestations qui veulent amener 10 millions de personnes, qu’ils vont venir habiter ici et vivre ici. Si ils sont attirés par Marseille, ils viennent, ils viendront tous seuls. Si ils viennent dans le cadre d’un déplacement, d’un déplacement culturel, ou parce qu’ils ont une mutation professionnelle, bien ils viendront. Côté ville, bien moi je pense en tout cas que c’est une belle opportunité de mettre en valeur Marseille. Mais l’enjeu dans une ville comme Marseille aussi c’est d’avoir le minimum de chômeurs possible. Et plus on peut créer des emplois mieux c’est. Est-ce que la culture est créateur d’emploi ? Je le crois. Je le pense fondamentalement. Donc c’est une bonne occasion peut-être de créer des emplois supplémentaires dans des domaines où on est parfaitement performants avec les professionnels de la culture qui sont ici.

Patrick Mennucci : Moi je sais pas où Foulquier a vu la gentrification de Marseille par Marseille Provence 2013 ? Moi d’ailleurs, si je pouvais avoir un peu... Je lance un appel de gentrification à Belsunce, à Noailles, ça me dérangerait pas du tout. Si on pouvait améliorer les choses. Je crois que la municipalité de Marseille, elle a pas attendu d’avoir Marseille Provence 2013 pour avoir une politique immobilière qu’on aime ou qu’on aime pas, moi je la conteste mais enfin elle existe. Je crois pas qu’elle ait attendu Marseille Provence 2013. Marseille Provence 2013 n’est pas quelque chose de suffisamment important, énorme, pour qu’il y ait une modification de l’habitat en fonction de cette opération. Je le dis à Foulquier, je n’y crois pas. Il y a d’autres problématiques mais celle-là franchement je n’y crois pas.

Michel Gairaud : Michel Pezet, est-ce que vous diriez comme Ricciotti, hein l’architecte du Mucem, que s’il y a plus de riches à Marseille c’est tant mieux, il dit : « Il n’y a pas assez de riches à Marseille, si cela emmène un peu de richesse, un peu de blé, un peu de belles femmes dans des décapotables c’est pas grave. » Ça c’est Ricciotti, avec le style qu’on lui connaît. Donc faisons venir des riches avec Marseille Provence 2013 à Marseille, c’est un objectif ?

Michel Pezet : C’est celui de Monsieur Ricciotti.
(Mennucci : Qu’il finisse le Mucem !)
Effectivement que le Mucem soit fini en temps voulu. Ca remonte quand même à 10 ans le Mucem. (Mennucci : Il n’y est pas pour grand-chose)
Il y est pas pour grand-chose, enfin, peu importe, je suis d’accord que c’est pas lui qui a attendu 10 ans.
Non je pense que Marseille au contraire, la forme même de son choix. C’est une espèce de grande culture qui se veut ouverte sur d’autres rencontres. D’autres rencontres culturelles, d’autres rencontres civilisationnelles comme on pourrait dire. C’est cette vocation Marseille. Donc on pourrait dire si on imaginait encore une fois faire que des rencontres élitistes ça serait passer à côté de la ville, ça serait la trahir. Et si vous trahissez la ville, eh bien ça marchera pas. Des jets et des grands bateaux effectivement c’est pas ce qu’il faudrait à Marseille Provence 2013, ça j’y crois pas beaucoup. Les gens seront intéressés par la créativité, le mélange, l’imagination. Voilà, et puis ils pourront rencontrer à Arles autre chose, à Toulon autre chose et à Aix autre chose.

Michel Gairaud : Quelque chose de très concret, un des objectifs de Marseille Provence 2013 il y a beaucoup on le voit, des inquiétudes aussi. C’est animer les nuits marseillaises. C’est le programme des milles et une nuits. Et là, on a l’impression que c’est pas gagné, on... Par exemple, Monique Cordier présidente de la fédération des CIQ qui dit minuit c’est une bonne heure pour terminer une fête.
(Pezet : Ca ne m’étonne pas d’elle.
L’intéressée, dans la salle, au loin : J’ai pas dit ça !)
Vous allez pouvoir le préciser tout à l’heure, j’ai confiance quand même dans nos journalistes, vous avez dit :« Il y aura une guerre de tranchées si nécessaire si on est pas entendu sur ce point -à. » C’est très bien, vous êtes là, on va pouvoir en parler. Mais je renvoie la balle à nos débatteurs.
Jean-Claude Gaudin a parlé de la nécessité d’une grande discothèque à ciel ouvert à Marseille. Mais on voit que à gauche comme à droite, tout le monde est d’accord pour ce type de lieu, mais personne le veut chez soi. Quand on parle de grande discothèque à ciel ouvert. Est-ce que là il n’y a pas dans Marseille et dans la représentation politique qui est la vôtre des réticences à avancer ? Est-ce qu’il ne va pas falloir aller à Barcelone en 2013 pour s’amuser ?

Renaud Muselier : Excusez-moi, je ne pose pas les choses comme ça. Si Marseille 2013 c’est de savoir si nous allons avoir une grande boîte de nuit en plein air, honnêtement, moi ça ne m’intéresse pas !
(Mennucci : C’est du niveau du Hard-Rock café.)
Ce qui m’intéresse c’est de savoir quel genre de festival on va pouvoir développer. Ce qui m’intéresse c’est de savoir quelle salle de spectacle on va pouvoir mettre en valeur, ce qui m’intéresse c’est de bien montrer que la ville de Marseille a une capacité de développement de son histoire de la culture.
Qu’il y ait une visibilité beaucoup plus forte que l’on n’a pas aujourd’hui d’après toi Michel (ndlr :Pezet), ce que je veux bien entendre. C’est ça qui m’intéresse.
Alors après, le mariage entre le jour et la nuit à partir du moment que vous avez des gens qui dorment quelque part et d’autres qui font la fête à côté, vous avez des problèmes partout tout le temps. Bien entendu, il faut arriver à traiter le problème, il y a des lois pour ça etc... Mais quand vous allez avoir... Vous savez, à Marseille vous avez un endroit qui est un endroit magique, mais qui sera quand même une source de problèmes permanents, c’est le vieux port de Marseille. Parce que sur le vieux port de Marseille, si nous aboutissons sur notre projet pour requalifier l’espace du vieux port qui est quand même un bel endroit. Ça ne va pas être très simple d’organiser la vie diurne et nocturne sur ce territoire-là. Et ça c’est un bijou marseillais sur lequel on doit s’appliquer et bien y penser. Parce que ceux qui vivent en-dessus, ils ne veulent pas le bruit d’en-dessous. Et que ceux qui viennent du monde entier, ils veulent venir là. Et donc, il y a cet équilibre qui est dur à trouver. Mais si le débat s’arrête à savoir s’il faut une boîte de nuit à ciel ouvert à Marseille. Honnêtement, on n’a pas besoin de Marseille Provence 2013 pour ça.

Michel Gairaud : A minuit sur le vieux port la fête est finie ?

Patrick Mennucci  : Moi je le dis, si on croit qu’on va faire Marseille 2013 dans le silence il faut qu’on se limite à inviter le successeur du mime Marceau et voilà. Moi ce qui me fait sursauter dans la demande de Jean-Claude Gaudin... Jean-Claude Gaudin, il est toujours sur des visions grande boîte de nuit, il nous a promis le Hard-Rock café sur la Canebière pendant des années. En définitive, on va avoir Maupetit parce que le Hard-Rock café ça fait 10 ans que la devise elle est fermée. Très bien.
La question elle est pas là. Nous avons un des plus beaux festivals de musique amplifiée qui s’appelle Marsatac. Marsatac, ça fait 11 ans qu’ils cherchent un lieu pérenne. On les a baladés et là on les a emmenés à la Friche. Formidable, on est à la Friche. C’est extraordinaire. Mais est-ce que nos amis savent que le jour où on commence le festival jeudi, on a déjà perdu 300 000 euros ? Pourquoi ? Parce qu’un festival avec 23 000 entrées jauge maximum de la Friche dans des conditions de sécurité. Or, on a refusé de mettre le festival là où il devrait être, sur les plages parce que la même opération à Lyon, à Rennes ce sont des opérations qui drainent entre 80 000 et 50 000 spectateurs et ce sont des opérations qui font venir des jeunes et des moins jeunes d’ailleurs de toute l’Europe. Or la question aujourd’hui, Dominique Tian, le maire du 6-8 a dit pas de bruit sur les plages. Je fais remarquer que la corniche dont je suis le maire a le même bruit que les plages. Moi j’assume ça. Je pense qu’en 2013, et 2011 et 2012, Marsatac doit être dans un lieu où on a une capacité de développement de 50 ou 60 000 personnes. Parce que qu’est-ce que ça avait eu comme conséquences l’affaire de la Friche. C’est très sympa pour la Friche. Mais le Conseil général des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille et le Conseil régional ont dépensé 400 000 euros d’argent public pour permettre à Marsatac de s’installer dans la Friche de la Belle de Mai. Cet argent public aurait pu être honnêtement distribué d’une autre façon. Il l’a été de cette façon parce qu’on a refusé à Marsatac les plages de Marseille. Est-ce qu’en 2013 on va être toujours dans les mêmes problématiques ? Renaud, vu que c’est toi qui est responsable de ça. Est-ce que tu arrives à faire comprendre à ceux qui sont dans la responsabilité et dans le choix qu’on peut pas continuer comme ça ?

Michel Gairaud : Une réponse courte.

Renaud Muselier : Alors une réponse très courte. Une première qui a été faite sur l’attaque du maire sur la Canebière. Je suis bien entendu pas d’accord avec ça et je pense globalement que tu n’as pas à te plaindre de la façon dont le maire de Marseille s’occupe d’un certain nombre de dossiers dont les dossiers du centre ville et notamment les dossiers sur Marseille capitale européenne de la culture. Premier volet. Deuxième volet, il est clair qu’on a vraiment un problème pour savoir où on doit mettre ce dispositif et Marsatac est un vrai bel outil qu’il faut protéger et faire avancer. Mais à décharge, quand Marsatac a commencé sa manifestation cette année, il y avait une telle tornade qu’on aurait pas pu les laisser là-bas. Non mais je te donne un exemple très concret là. Pour Marsatac, c’est quand même très aléatoire de rester sur un système de plein air sur une opération aussi forte…

les échanges avec la salle c’est par ici : suite

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