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Moi, Michael O’Leary Pirate de l’air

le 29/05/2013

Le procès de Ryanair pour "travail dissimulé" s’est ouvert à Aix-en-Provence jeudi 23 mai. L’occasion de lire ou de relire le portrait satirique du PDG Michael O’Leary, publié dans le Ravi en octobre 2010... Habitué des coups de pub à bas coût, il avait alors menacé de quitter l’aéroport de Marignane. Le succès de sa compagnie « low cost » est basé sur le racket : des pouvoirs publics, des passagers et de ses salariés...

Who does this fucking pilot Morgan Fischer think he is ? Proposer que MA compagnie « remplace le PDG par un membre stagiaire de l’équipage de cabine » parce que ça permettrait de faire « des millions d’Euros d’économie en salaire et stock options » (1) ! Bastard ! Whoo ! Moi, si j’ai suggéré de supprimer les copilotes, c’est par provocation.

Les déclarations choc, l’option « lit et pipe » en première classe, les toilettes payantes, le double tarif pour les obèses, les déguisements à la con en conférence de presse, ma déclaration de guerre au climat et aux écolos ou la pub avec Sarko et Carla, c’est MA marque de fabrique ! MA pub gratos ! Puis ça fait diversion sur l’essentiel, que mon succès tient en un mot : voler. Attention, je parle pas de voltige ou de transport de ploucs. Mon truc à moi, c’est l’escroquerie, l’extorsion de fonds, le vol quoi. Mais sans discrimination : pouvoirs publics, passagers et même mes employés, tout le monde est racketté.

Une stratégie que l’Union des navigants de l’aviation civile (Unac) résume à sa manière. « L’ultralibéralisme a trouvé sa caricature en la personne de Michael O’Leary », ils pleurnichent ces feignants (2) ! Merci du compliment ! C’est effectivement pas en offrant des fleurs aux passagers ou à cause de ma tronche d’Irlandais et de ma grande gueule que j’ai fait passer en moins de 20 ans une petite compagnie de campagne à leader européen du transport aérien. C’est à l’ancienne, en appliquant un bon gros capitalisme à la papa. Y’a pas que les tarifs qui sont low cost chez moi, y’a aussi les droits sociaux et syndicaux, le confort, l’accueil, etc.

A mon arrivée chez le vieux Tony Ryan en 1991, Ryanair c’était déficit et Dublin-Londres pour tout le monde. Aujourd’hui, c’est 7,2 milliards d’Euros de capitalisation boursière, 160 destinations, 319 millions de bénef et 65 millions de passagers. Plus 13 % de fréquentation sur un an. Pas mal pour un fils de paysans irlandais (aisés) de 49 balais non diplômé ! Côté plouc, j’ai pas trop changé : j’habite toujours dans la campagne gaélique, où j’élève vaches et chevaux, j’écoute les Pogues, je porte toujours des jeans et des chemises à carreaux et je parle comme un charretier.

« Y’a pas que les tarifs qui sont low cost chez moi ! »

Faut croire que ça dérange pas. Y’en a pas beaucoup des politiques qui ne me déroulent pas le tapis rouge. Touristes, fric, emplois, quand je leur parle, ils ont les yeux qui brillent. A Marseille, ils ont toujours pas débandé. Quand j’ai menacé en mai de quitter Marignane si le proc d’Aix-en-Provence maintenait ses poursuites pour « travail dissimulé, prêt illicite de main d’œuvre, emploi illicite de personnel navigant et entrave au fonctionnement du comité d’entreprise », j’ai même cru qu’ils allaient lui mettre un contrat dessus !

Le meilleur, ça a été Gaudin. Il s’est fendu d’un communiqué dénonçant, je cite pour le plaisir, les « pressions exercées actuellement sur les dirigeants de la compagnie aérienne Ryanair » (3). Un peu faux cul ! Monsieur le sénateur a visiblement oublié qu’il a voté avec ses petits camarades la loi de 2006 obligeant les compagnies aériennes à embaucher sous contrat français. Mais faut le comprendre : en quatre ans, Ryanair à Marseille c’est 120 emplois directs, 1000 induits, 33 vols quotidiens, 4 millions de passagers, 550 millions d’Euros de retombées économiques. Ca vaut bien quelques entorses avec le code du travail et la liberté syndicale…

Surtout que j’ai rien inventé. Easyjet s’est pris une prune de 1,4 millions d’Euros en avril pour les mêmes raisons. Désolé, mais pour offrir des vols à 1 Euro et plein de touristes, faut faire des sacrifices. Mes hôtesses et mes pilotes montrent l’exemple : ils paient leur formation (que je leur surfacture), leur uniforme, leur café, etc. De mon côté, je ne paie pas leurs heures supplémentaires, je les embauche sous contrat irlandais, j’interdis la représentation syndicale, etc. Ca fait hurler l’Unac, mais ça empêche pas le maire de Marseille de faire sa sieste au Sénat.

« Voyager sur Ryanair, c’est l’enfer »

Il accepte même sans broncher de passer à la caisse. Un quart de mon chiffre d’affaire provient des collectivités locales, via les frais marketing que je leur facture. Parfois les ristournes sur les services aéroportuaires. Les mauvaises langues appellent ça de la subvention déguisée. Et alors ? J’apporte les touristes, merde ! A Marseille, ils étaient tellement à la ramasse qu’ils m’ont carrément payé un aéroport en plus. Un hangar, froid et sans âme, aussi confortable que mes avions.

Sûr que Gaudin y a jamais mis les pieds. Dans mes Boeing non plus d’ailleurs. Je le comprends. Voyager sur Ryanair, c’est l’enfer ! Un bon slogan pour mes détracteurs... Des horaires à la con, un accueil de matons, un confort de Tupolef et même pas la possibilité de dormir ou de lire. Toutes les 5 minutes, mes hôtesses ont un truc à vendre : de la bouffe, des produits détaxés, des cartes de loto - au profit d’associations qui aident les enfants, je rigole pas -, des cartes de téléphone, des calendriers avec mes hôtesses en bikini. Et bientôt, des capotes pour les niquer ! Là, je déconne…

Quand au billet à 1 euro, faut jouer à l’Euromillion si tu tombes dessus ! Tarif moyen du voyage : 40 Euros. Dont 10 de frais annexes. Exemples : le paiement en ligne, 5 Euros ; le bagage en soute, 15 Euros ; si tu peux pas imprimer ton billet ou si ta valise cabine est trop grande d’1 cm, c’est 40 Euros de plus. Chaque. Encore un quart de mon chiffre d’affaire. Ça s’appelle un nouveau modèle économique, la révolution du transport aérien. Ou le racket. Au choix.

En tout cas, qu’il fasse pas de crise cardiaque le Jean-Claude. Je ne suis pas encore parti. La preuve, j’ai annoncé cet été l’ouverture d’une ligne Marseille-Rome pour novembre. Le mois de mon procès. Je vais simplement lui demander une petite rallonge pour compenser le manque à gagner. Vu qu’il est d’accord avec moi...

(1) www.marsactu.fr, 15/09.

(2) Communiqué de presse, 21/05.

(3) Communiqué de presse, 20/05.

Par Gaston

@-Leravi - http://www.leravi.org