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Le Pradet : conseil municipal du 19 novembre 2010

« Je croyais que c’était plus sérieux »
le 18/08/2011

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région...

14h30 La petite salle toute neuve du conseil est à l’opposé du parc au milieu duquel est installée la mairie : effervescente et bruyante.

14h38 Le brouhaha s’apaise. Crâne dégarni, costard noir, chemise et cravate claires, le longiligne Claude Mesangroas, maire DVG depuis 2008 et nouveau conseiller régional, allume son micro : « Bien, mes chers collègues, afin de vérifier le quorum nous allons faire l’appel. » Dix conseillers sont bloqués sur l’écran de leur portable et n’en décollent pas à l’annonce de leur nom.

14h40 Vizir devenu calife de l’une des deux seules villes de gauche de l’agglomération toulonnaise (avec La Seyne-sur-Mer du PS Marc Vuillemot), Claude Mesangroas lance la séance par le traditionnel vote du compte-rendu du précédent conseil. Alain Bogliolo (opposition PS) attaque immédiatement : « Il ne contient pas les interventions des groupes minoritaires et ne reflète donc pas l’état des débats auprès de la population et des administrés. » Le maire se défend : « Elles le sont sur le compte-rendu total disponible sur CD. » Et de s’auto-satisfaire : « On se réunira en décembre pour le troisième conseil depuis la rentrée, notre majorité maintient son cap de faire vivre le débat démocratique au Pradet. » Son opposition ne partage pas son avis : droite et gauche votent contre.

14h51 Le socialiste à barbe blanche demande la parole pour une déclaration sur le remaniement ministériel que vient de railler le conseiller régional. L’UMP Christian Garnier et sa moustache noire laissent leur adversaire politique achever avant de pester : « Je viens d’entendre un édito d’un journal de gauche alors que l’assemblée communale a d’autres choses à faire ! » Maryse Bastoul, une sexagénaire menue à lunettes de l’opposition PRG, se lance dans une longue tirade pour lui prouver le contraire. Curieusement, l’UMP se momifie, un gobelet en plastique à la main.

15h00 Le maire claironne : « L’ordre du jour est léger, après la séance on se retrouve au Pradet gourmand (1). » Petite pique de la PRG : « Si je comprends bien vous nous payez un verre. C’est rare... »

15h00 Point 1, « Maison régionale du rugby ». Claude Mesangroas présente le projet porté par la Fédération française en s’amusant : « C’est un sport important dans la région, il n’y a qu’à voir les couleurs que porte Madame Bastoul ! » Nouveaux rires. Une femme dans le public : « Il a de l’humour. » Son voisin : « Qui ? » Sa voisine : « Ce sont les couleurs du RCT. » Rouge et noir, évidemment.

15h05 Jusque là plutôt légère, l’ambiance se gâte. Roland Joffre, maire PRG de 1989 à 2008, dégaine, façon donneur de leçon : « Pour l’heure, notre groupe s’abstiendra. Le projet est alléchant, mais ne règle pas le problème de la relocalisation des associations qui vont perdre leur local et le bail n’est pas défini. Vous nous demandez un chèque en blanc ! » Le maire se défend : « Aujourd’hui, on veut donner une garantie à la FFR. » L’ancien calife, aussi longiligne mais plus terne que son successeur, insiste, soutenu par Virginie Franchi (UMP), Alain Bogliolo puis Maryse Bastoul. Le conseiller régional fini par promettre : « On vous parlera de nos solutions pour les associations. » Sourire du socialiste : « Non pas ça. » Claude Mesangroas capitule : « On vous associera. »

15h19 Point 2, « Adoption du rapport d’activité 2009 de Toulon Provence Méditerranée ». Il était temps...

15h20 Alain Bogliolo attaque sur le sujet chaud du moment : la décision d’Hubert Falco, maire UMP de Toulon et président de la collectivité, de revenir sur son projet de tramway. « Vous avez signé notre pétition sur le tram ? », lance opportunément un barbu à son voisin. Et de sortir le document.

15h41 Maryse Bastoul et Frédéric Fiore, un beau gosse adjoint aux Finances, qui ont demandé la parole en même temps, se font des salamalecs et des risettes. Commentaire bougon de la Pradétane : « C’est toujours comme ça ? Je croyais que le conseil municipal c’était plus sérieux. »

15h45 Un certain malaise s’installe. Claude Mesangroas, approuve de la tête, se frotte le front puis se replonge dans ses dossiers ; Jennifer Deli, conseillère déléguée au Tourisme, a le regard noir. La conseillère PRG, qui vient de reprendre la parole, peste : « Quelque chose me choque. Je l’ai dit et redit, je ne comprends pas que ces comptes-rendus ne durent pas plus de cinq minutes. Ce sont quand même les Pradétans qui financent cette collectivité ! » Le maire coupe : « Je prends acte de ce débat autour de ce rapport. » Mais Frédéric Fiore décide de prolonger le plaisir : « Demain il y a le débat d’orientation budgétaire, vous pouvez venir. » Mauvaise humeur de Maryse Bastoul : « Vous partagez votre indemnité ? » Jusque là très discrète, Nicole Vacca, une quadra côte azurée adjointe aux Affaires sociales, explose : « Vous dépassez les bornes ! » La PRG en rajoute : « Si votre élue veut que je sorte, elle peut me mettre les menottes ! » Le maire : « Le folklore c’est vous ! » Maryse Bastoul devient intenable. Et incompréhensible.

15h50 Le maire conclut : « Je prends acte de ce débat... houleux sur la fin. »

15h55 Alors que Maryse Bastoul et Alain Bogliolo complotent, Roland Joffre explique par le menu son opposition à la modification du plan d’organisation des sols pour permettre la réalisation d’un programme immobilier (dont 27 appartements sociaux) en lisière du centre de la petite ville (Point 3). Document minimaliste, absence de parkings et, surtout, opposition « à la construction d’une ville sur la ville » développe l’ancien maire. Commentaire du pro-tramway : « C’est justement pour ça que tu as été battu. » Les rancœurs...

16h00 Olivier Durand, adjoint aux Affaires scolaires, et sa queue de cheval répondent par un petit signe à une belle brune qui vient de se poser dans l’encadrement de la porte d’entrée.

16h02 Tacle de Claude Mesangroas après la conclusion de son ancien mentor : « Merci Monsieur Joffre. J’ai compris que vous êtes pour le logement social, mais contre sa construction. » Fureur de l’intéressé : « Vous me direz pourquoi vous avez voté avec moi le PLU (Ndlr Le plan local d’urbanisme) ! » De « houleux », le débat tourne au règlement de comptes.

16h20 Nicole Vacca s’impatiente et le glisse à l’oreille du maire. Ce dernier désigne Roland Joffre qui tente par tous les moyens de sauver l’honneur. Son adjointe regarde sa montre en soufflant.

16h33 Pendant que le débat s’enlise, l’animosité entre majorité et opposition de gauche gagne en intensité. Frédéric Fiore : « Je suis particulièrement étonné de la manière dont les partis de gauche ont porté le débat en défendant des valeurs... » La fin de l’intervention se perd dans le bruit des petites discussions qui continuent d’accompagner la séance. Notre Pradétane : « De quoi ? » L’adjoint aux Finances : « De la voiture ! »

16h40 Droite et PRG votent contre.

16h46 Lassée de demander une énième fois « l’organigramme » de la mairie, Maryse Bastoul préfère capituler : « Allez, on clôt, ça me fatigue ! »

16h51 Les portables se referment, la séance touche à sa fin.

16h55 Claude Mesangroas clôt le conseil en ayant retrouvé son humour : « Je vous remercie et vous donne rendez-vous au Pradet Gourmand. On est tellement bien ensemble... »


Par Jean-François Poupelin


(1) Salon des saveurs et de la gastronomie régionales (7e édition).

Fiche technique

Le Pradet (83)
10 975 habitants (2009).
Deux fleurs au Concours des villes et villages fleuris.
Zéro caméra de vidéosurveillance.
7 % de logements sociaux.

Le maire : Claude Mesangroas, depuis 2008. Vice-président de Toulon Provence Métropole, conseiller régional (liste Vauzelle). 67 ans. Infirmier.

La majorité :
Un groupe de 22 conseillers de la liste « Le Pradet 2008 Besoin d’air » (DVG).

L’opposition :
Six conseillers de la liste « Ensemble pour faire gagner Le Pradet » (UMP), trois conseillers de la liste « Le Pradet uni » (PRG-DVG), deux conseillers de la liste « Autrement au Pradet » (PS-Verts).

Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
Durée : 2 heures 17 minutes.
Présents : 17 élus de la majorité, 7 élus d’opposition.
Temps de parole cumulé de l’opposition : 56 minutes.
Le public : 24 personnes, journalistes compris.

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