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Bénévolat et volontariat, rustines du Pôle emploi ?

le 16/09/2011

C’est la crise mais aussi l’année européenne du bénévolat ! Des associations encadrent l’offre des volontaires alors que la demande, dans le secteur non-marchand mais aussi les entreprises, est de plus en plus importante. Est-ce le signe d’un renouveau de l’engagement citoyen ou bien celui de la précarité renforcée du marché du travail ?

Ces derniers temps, les appels se multiplient dans la presse régionale. «  Le bénévolat, ça vous tente  ?  » Avec un panel de compétences demandées digne des plus grandes boîtes d’intérim. «  Recherche bricoleur, bibliothécaire, chauffeur, documentaliste, tuteur, psychologue, écrivain, chanteur, comptable, chargé d’accueil…  » PDG  ? Pas sûr que le bureau vétuste de Marseille-Volontariat, installé dans une impasse du 14e arrondissement, les séduise. Plusieurs après-midis par semaine, la responsable, Michèle Bernard, tient permanence. Ici, le téléphone est capricieux. Un appel par heure en moyenne. Et pas plus de visites. Difficile.

Tout de même, il y a des candidats. Près de 220 à Aix-en-Provence, encadrés et missionnés par Aix-Bénévolat. Pour le président, André Goncalves, «  la demande est croissante, mais nous manquons de personnes  ». Une réalité nationale, malgré le million de bénévoles du réseau France-Bénévolat, créé en 2003 par l’État. Face à ce constat, les cadres provençaux se mobilisent. Neuf heures ce matin-là dans les locaux de la maison des associations d’Aix. Dans la joie et la bonne humeur, on s’est réuni autour d’un café et d’un croissant. Au menu, «  2011, l’Année européenne du bénévolat et du volontariat  », une chance à saisir.

Autour de la table, cette question centrale  : Quelles actions mener pour sensibiliser, voire attirer du monde dans ses filets  ? L’une des cibles privilégiées étant bien sûr la jeunesse, sa fougue, son envie. Des jeunes souvent décrits comme paresseux et qui représentent près d’un tiers des bénévoles en France, la plupart du temps engagés sur de courtes durées. D’ailleurs, beaucoup sont prêts à donner de leur temps. Exemple avec le service civique volontaire, ex-service civil, récemment remis au gout du jour et financé par l’État. Il s’agit pour les 16-25 ans qui le souhaitent de s’engager sur six, neuf ou douze mois, et de mener à bien plusieurs projets citoyens. Et malgré les a priori, il n’y a pas que les quartiers difficiles qui en bénéficient.

35 heures, 440 euros

Une formule qui séduit en Provence. À la fois une manière de s’occuper quand on n’a pas encore de métier. L’occasion aussi d’ajouter une ligne à son CV. «  Les jeunes viennent se forger une expérience. Et nous, on les accompagne, distille Fatiha, coordinatrice d’équipe. Ça leur permet d’être encadrés et de se construire un projet dans la durée.  » Une chance aussi pour ceux qui se retrouvent hors cadre scolaire. Car la mission n’est pas compatible avec des études. Pour autant, ce n’est pas toujours facile de s’accrocher. Il y a ceux qui sont prêts à s’engager, et les autres. «  Parfois, les parents nous appellent directement, inquiets pour l’avenir de leurs enfants  », lâche encore Fatiha.

Née en 1995, l’association Unis-cité vient d’ouvrir une antenne à Aix-en-Provence. En plus de ses 240 volontaires à Marseille, la structure spécialisée dans le volontariat gère maintenant une trentaine de jeunes à Aix… «  et des profils très différents  », pour Fatiha. Des étrangers même, Italiens, Israéliens. Pas mal de jeunes se laissent séduire par le service civique européen. L’occasion de voyager tout en effectuant une mission concrète et payée. Malvina est polonaise. Depuis quelques mois à Marseille, ce n’est pas sa première venue. «  J’aime la Provence, confie-t-elle, la région, sa culture et ses auteurs.  » Elle est étudiante en littérature.

«  Certains ont quitté l’école en 3e, d’autres sont diplômés, poursuit Fatiha. Mais tous ont la fibre sociale.  » Plutôt nécessaire pour un 35 heures par semaine payé 440 euros par mois. «  Ils ne signent pas de contrat de travail. Seulement un engagement. Mais c’est révoltant. On en fait des travailleurs pauvres, en manque de reconnaissance.  » Heureusement pour Nadège, elle vit toujours chez ses parents. À vingt et un ans, elle ne sait pas quel métier exercer. En attendant, elle et son équipe récoltent des livres pour l’Afrique, gèrent un journal de quartier et animent un centre social. «  Il faut bien commencer quelque part. De toute façon, les entreprises ne nous donnent pas notre chance.  »

Mieux qu’un stage pas payé

Pourtant, certaines n’hésitent pas à faire appel à Sabine, la responsable partenariats à Unis-cité. Entreprises, hôpitaux ou autres, les sollicitations ne manquent pas. «  Mais attention, les volontaires ne sont pas là non plus pour se faire exploiter. Si c’est leur sentiment, on réévalue le projet. C’est déjà arrivé.  » Même constat du côté d’Aix-Bénévolat. «  C’est sûr, notre réseau de bénévoles attire les entreprises, admet le président, André Goncalves. Mais ça ne nous intéresse pas. Nous donnons de notre temps gratuitement, par plaisir, et non pas pour gagner de l’argent.  »

D’ici à la fin de l’année, le chiffre de 70 000 volontaires devrait être atteint en France. Une quasi-certitude avec l’exposition qu’offre l’Année européenne du bénévolat et du volontariat. Du côté des volontaires, un grand rassemblement est prévu en mai autour de plusieurs projets majeurs. «  En créant les Restos, Coluche a fait la plus grosse connerie de sa vie, lance Jean-Pierre, pourtant lui-même bénévole. Ça a permis à l’État de se désengager  !  » Point de vue que complète, en écho, Jean-Luc Botella, secrétaire général CGT-PTT des Bouches-du-Rhône  : «  Et chaque hiver, cinq millions de personnes vont s’y nourrir  !  ». Lui et les 55 autres agents du bureau de poste de la Joliette à Marseille sortent à peine d’un conflit de 139 jours avec leur direction. Ils protestaient contre l’emploi abusif d’intérimaires et ont obtenu gain de cause. «  Même s’il a fallu tenir 100 jours avant de voir débarquer un directeur, c’est une victoire pour nous.  »

Sans assimiler les intérimaires et les bénévoles, le représentant syndical ne cache pas son scepticisme lorsque le gouvernement promeut le volontariat  : «  Alors que l’emploi recule, on préfère exploiter la précarité. Des béni-oui-oui prêts à tout pour être embauchés.  » De fait, c’est parce qu’elle ne trouve pas de travail que Nadège et d’autres se rabattent vers le bénévolat. Histoire de ne pas tomber dans l’oisiveté. De là à travailler comme volontaire sur une mission pour laquelle ils auraient pu être employés  ? Mais une étude récente souligne que 82 % des volontaires poursuivent une activité dans le domaine où ils ont effectué leur service civique. Autre satisfaction pour Nadège  : «  C’est beaucoup plus enrichissant qu’un stage pas du tout ou mal payé où on a l’impression de se faire exploiter.  »


Par Alexandre Vau

@-Leravi - http://www.leravi.org