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RSA : solidarité toujours peu active

le 24/10/2011

L’UMP s’est attaquée récemment aux bénéficiaires. La gauche a affiché son courroux mais, localement, sa gestion n’est pas exempte de reproches.

Sentant le parfum de la campagne, Laurent Wauquiez, le ministre UMP des affaires étrangères, s’en est pris aux allocataires du RSA, ces «  assistés  », ces «  canapés  » comme les appelle le Figaro Magazine. Gros, trop gros même pour la réactionnaire droite populaire qui a cru bon, par la voie du député des Alpes Maritimes, Lionel Luca, de le réprimander. «  Le cancer c’est le chômage, pas les chômeurs  !  », a-t-il lancé avant de rappeler qu’il fallait aussi lutter contre les fraudeurs.

La gauche aussi, forcément, s’en est donné à cœur-joie. Jean-Noël Guérini, président PS du Conseil général, et à ce titre responsable de la gestion du RSA, prend sur son blog des accents lyriques  : «  Je remarque qu’une nouvelle fois les bénéficiaires sont présentés comme des individus profitant complaisamment d’une allocation individuelle de solidarité pour rester volontairement en dehors du marché de l’emploi. Cette description ne correspond pourtant en rien avec la réalité que j’observe quotidiennement dans le département des Bouches du Rhône, où une large majorité des allocataires vit dans la précarité et fait preuve d’une volonté active de trouver un travail.  »

Des mises au point d’autant plus attendues que la région détient le triste record du plus grand nombre de bénéficiaires du RSA représentant environ 10 % du total national. Qui plus est, selon le dernier bilan économique et social de l’Insee Paca (daté de mai dernier), la situation est loin d’évoluer dans le bon sens. + 6 % d’allocataires en un an, une hausse plus rapide que pour le reste du pays, pour atteindre 172 518 personnes touchant le RSA. Et l’institut de statistiques de rappeler qu’ «  avec les ayant- droits (conjoints et enfants), ce sont près de 360 000 personnes qui bénéficient de cette prestation, soit 9 % de la population régionale de moins de 65 ans  ». Dans l’ensemble, une large majorité reçoit le RSA socle, l’équivalent de l’ex-RMI à opposer au RSA activité, un complément aux petits revenus. Enfin, plus de la moitié des allocataires de la région vivent dans les Bouches-du-Rhône.

Dans ce département, pourtant, on ne lésine pas sur les moyens pour baisser les chiffres nous apprend la CGT. Selon Jean-François Gast, la gestion a pris le pas sur le travail social. «  Un exemple  : les bénéficiaires ont un mois pour répondre par courrier aux demandes, explique le responsable de la section au CG 13. Si ce n’est pas le cas, ils sont radiés automatiquement alors même que beaucoup vivent dans la rue et doivent se débrouiller pour se faire domicilier chez un ami. Quand ils reprennent contact, il est déjà trop tard et le dossier doit repartir du début.  » Concernant le suivi, ce n’est pas mieux  : Pascale (1), 37 ans, qui touche le RSA depuis 6 mois, a testé deux solutions  : «  au CG, les agents suivent deux cents personnes. Ils n’ont pas le temps de s’attarder sur nos cas. Je suis aussi allée à la CCI (2). Là, les agents suivent moins de monde mais on nous met la pression, pour accepter n’importe quel petit boulot pour nous sortir des statistiques.  » Ce que confirme la CGT  : «  comme à Pôle emploi, il y a une politique du chiffre.  »

Jean-Marie Leforestier

(1) Le prénom a été changé
(2) À laquelle le CG délègue par convention une partie de la gestion

@-Leravi - http://www.leravi.org