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Une gauche très très plurielle

le 15/02/2012

Alors que l’échéance présidentielle approche, les partis de gauche et les écologistes entonnent tous le même refrain : « virer Sarko ! » Mais au PS, à Europe Ecologie Les Verts, au Front de gauche, au NPA, tous se positionnent pour essayer de tirer leur épingle du jeu lors des législatives en juin prochain. Alliances avortées, dissidences internes… Décryptage d’une gauche très plurielle dans une région ayant plébiscité la droite lors du dernier scrutin en 2007.

Depuis l’inversion du calendrier électoral en 2002, l’élection de nos chers députés ne vient plus que valider celle de notre président et confirmer une dynamique électorale nationale. Mais, il n’empêche  ! Les législatives aiguisent tous les appétits et sont souvent l’occasion de remuer le marigot politique local par le biais d’accords programmatiques contre l’obtention de circonscriptions. Seulement tout n’est jamais aussi lisse que l’aligot de grand-mère…

Guerre bucco-rhodanienne entre PS et EELV

Conséquence de la mise en examen de Jean-Noël Guérini  : la désignation des candidats PS directement par Solférino dans toutes les circonscriptions des Bouches-du-Rhône. L’accord national entre socialistes et écologistes réservait huit circonscriptions en Paca pour Europe Ecologie Les Verts (EELV). Mais lorsque, fin novembre, les écolos découvrent celles qui leur ont été attribuées, la guerre éclate. Depuis, Sébastien Barles, porte-parole régional d’EELV, martèle que «  les socialistes locaux ont fait la paix sur notre dos  ». Et de développer  : «  L’accord initial prévoyait de nous laisser trois circos, dont la première de Marseille, finalement donnée au guériniste Christophe Masse. Au final, on a voulu nous envoyer dans la 6ème, celle de Guy Teissier, la plus ingagnable pour la gauche, et deux autres où nous sommes le moins implantés. On attendait le renouveau mais rien n’a changé.  » Résultat des courses, les écologistes présenteront des candidats partout, sauf dans les secteurs susceptibles de voir gagner le FN, comme dans la 2ème et la 6ème. (In fine, l’accord avec le PS dans les Bouches du Rhône est le suivant : 3 circonscriptions sont réservées à EELV, la 6ème, la 9ème et la 10ème, et EELV soutient le candidat du PS dans trois autres circonscriptions, la 2eme, la 8eme et la 11eme)

Patrick Mennucci, membre de la convention nationale d’investiture, est aux anges  : il sera candidat dans «  la plus belle circonscription française pour la gauche  », la 4ème, celle du centre ville de Marseille où il est aussi maire du 1er secteur (cf notre contrôle technique page 3). «  L’attitude des Verts est incompréhensible, gronde-t-il. Ils veulent faire croire qu’il y a eu un accord préalable, ce qui n’est pas le cas. C’est incroyable qu’ils adoptent pareille posture  : c’est à prendre ou à laisser…  »

Un PS qui se voit trop fort

Il n’y a pas que dans les Bouches-du-Rhône que l’accord national PS-EELV fait grincer des dents. Dans la deuxième circonscription du Vaucluse, où se présente le vert Jacques Olivier, maire du Thor, le socialiste Michel Fuillet a d’ores et déjà annoncé qu’il irait aussi. «  Les écolos y sont très mal implantés…, assure-t-il fort du soutien du secrétaire fédéral Jean-François Lovisolo. Croyez-moi que si je pensais une seconde à la victoire de monsieur Olivier je ne me présenterais pas. Or, le risque de voir le FN ou la Droite populaire passer est grand. Par conséquent, je me dois de me positionner.  »

Un autre accord national, plus discret, concerne le Parti radical de gauche (PRG). Là aussi des candidatures PS viennent jouer les trouble-fête comme dans la 2ème circonscription des Hautes-Alpes, où le maire PS de Briançon, Gérard Fromm, se présente face au député sortant radical de gauche Joël Giraud. «  Cette attitude est déplorable, cela discrédite les candidats, désavoue les politiques et fait le jeu de l’extrême droite, s’indigne le maire de L’Argentière-la-Bessée. Au sein du PS, certains considèrent qu’on peut s’asseoir sur un accord car la victoire est à portée de main.  »

Enfin, pour couronner le tout, des candidatures dissidentes sont à prévoir dans les propres rangs du parti socialiste. Comme à Marseille où Lisette Narducci, fidèle parmi les fidèles de Jean-Noël Guérini, ne «  s’interdit rien  » pour aller ferrailler contre Patrick Mennucci. Le cas le plus cocasse de bisbilles internes concerne la 7ème circonscription du Var (La Seyne-sur-Mer, Sanary). Le montebourgeois Claude Escarguel a officiellement été élu par le vote militant. Mais l’investiture n’a pas été entérinée pour autant  : le conseiller général PS Patrick Martinenq, qui peut compter sur le soutien local de la première fédérale Mireille Peirano et de Ségolène Royal au niveau national, a déposé un recours en ressortant une règle vieille comme le PS  : celle des 1 sur 500, qui veut que l’élection soit valable si un habitant sur 500 est membre du parti socialiste… Joyeuse ambiance  !

La gauche de la gauche en solo

Du côté du Front de gauche, coalition menée par Jean-Luc Mélenchon (PCF, Parti de gauche, gauche unitaire, Fase…) on revendique son indépendance. Chaque circonscription de la région aura son candidat. Mot d’ordre officiel  : il n’y a pas d’alliances en vue. «  Quand on voit les termes de l’accord entre PS et écologistes, ça ne donne pas vraiment envie, juge Jean-Marc Coppola, conseiller régional communiste. Il n’y a pas d’union possible aujourd’hui avec la social-démocratie. Il suffit de voir la position de François Hollande sur le retour de la retraite à 60 ans. Mais bien heureux qui pourrait dire comment la dynamique va évoluer. Si le PS se recadre sur sa gauche, nous verrons.  » Maintenir le cap, proposer une alternative au PS, est également pour le vice-président PCF du Conseil régional le meilleur moyen de se positionner contre l’extrême droite «  qu’il faut combattre sur l’incohérence de son programme  ». Quitte à maintenir au 1er tour la division des forces de gauche y compris dans les circonscriptions où le FN est bien implanté…

Petit épiphénomène à noter  : la candidature dissidente de l’ancien maire martégal Paul Lombard face à celle de l’actuel bourgmestre Gaby Charroux. «  Nous avons un désaccord, j’ai été écarté de toute négociation concernant la stratégie à adopter pour ces élections. Je suis partisan d’une alliance avec le PS local. Tant que je n’obtiendrai pas réparation, je maintiendrai ma candidature  », menace Paul Lombard, 84 ans, le maire honoraire de Martigues (13). Ce qui n’a pas l’air de terrifier Gaby Charroux  : «  Dans une élection nationale comme celle-ci, il faut être soutenu par un parti, être porteur de valeurs. Ce n’est pas l’occasion de régler ses comptes. C’est quand même aberrant de prôner le rassemblement et de se mettre à dos tout son parti. Les électeurs s’en rendront compte…  »

Reste le cas du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Alors que la candidature présidentielle de Philippe Poutou semble compromise, les 500 signatures étant loin d’être acquises, le parti d’Olivier Besancenot affiche la volonté de présenter un maximum de candidats dans la région. Comme le souhaitent également les éternels rivaux de Lutte ouvrière. «  Les investitures seront connues au mois de février  », détaille Pierre Godard, tête de liste du NPA aux dernières régionales. Et pas question de s’allier avec le Front de gauche  : «  Même si on pense que Jean-Luc Mélenchon n’ira pas dans un gouvernement social-démocrate, les communistes se rallieront à François Hollande. C’est pourquoi tout arrangement est exclu avec eux. Nous cherchons plutôt des alliances avec la gauche de la gauche, comme à Nice, où nous travaillons avec la Fase (Fédération pour une alternative sociale et solidaire, ndlr) et les Alternatifs.  » Avant de conclure  : «  Ce n’est pas une élection facile pour nous, encore que, bien malin qui pourrait prévoir le climat politique du mois de juin prochain...  » Un climat qui pourrait donc réserver encore bien des surprises...

Clément Chassot

Consultez notre carte régionale pour connaître les candidats déclarés ou supposés dans chaque circonscription de la région Provence Alpes Côte d’Azur. C’est par ici...

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