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« Mieux vaut une eau transparente et une gestion opaque que l’inverse »

le 1er/11/2004

Monsieur Lélu avait fort civilement consenti à répondre à nos questions sur le cumul des mandats, nous ne pouvions manquer de retourner l’interroger sur un dossier aussi important et passionnant que la délégation de service public.

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Votre administration a délégué une partie de ses compétences et au contraire gardé en gestion directe un certain nombre de domaines, pourriez-vous nous dire ce qui a présidé à ces choix ?

O pôvre, c’est bien compliqué ça. Euh, ah oui, voilà (il cherche dans ses notes) : nous avons agi dans l’intérêt du citoyen en déléguant les services qui ne pouvaient être efficacement fournis par le public.

Des analystes autorisés vont jusqu’à affirmer que la délégation de service public a servi à obtenir des fonds en liquide en échange des marchés. Quelle est votre opinion sur ce clientélisme paléo-méditerranéen ? (il redresse son pin’s des anciens de sciences po)

...Comment dirais-je...Il est vrai que certains collègues se sont laissés aller à quelques écarts regrettables. Mais comme disait Maurice, notre chef historique, mieux vaut une eau transparente et une gestion opaque que l’inverse (il explose de rire). Ah, Maurice il avait toujours le sens de la formule (soupirs).

Oui, mais quand même ! L’éthique du service public, la morale en politique...

Tout ça c’est bon pour les discours. Mon gars, la politique ça coûte un max. T’imagines même pas, le bon temps des militants généreux, c’est bien fini (il se lève, parlant de plus en plus fort). Du temps de Maurice, on avait des colleurs d’affiches à la pelle, aujourd’hui il y a plus degun qui veut se faire chier la nuit avec un seau de colle ; et pour les meetings c’est pareil. Si on fait pas un concert, un apéro gratuit et qu’en plus on ramasse pas les militants qui restent avec un car spécial, c’est carrément le flop (il soupire et se rasseyant).

Euh, mais à propos de la délégation de service public...

Et bè, vous êtes pas un rapide vous ! Une petite commission en liquide de temps en temps, ça permet de faire tourner la machine, de payer les permanents, les affiches et tutti quanti... Sans argent, pas de politique et sans politique, pas de démocratie. Ils vous l’ont pas appris à l’université ça, pas vrai ? Ils vous ont mis les œillères, on regarde ce qui est bon : le citoyen, le peuple, l’élection et on fait des grands discours. Mais faire sauter les PV et trouver des emplois aux pauvres, qui c’est qui s’y colle ? Vous peut-être ? Alors, si grâce à la délégation, on peut obtenir quelques moyens pour faire notre boulot, moi je dis « pourquoi pas ».

Mais alors pourquoi ne pas tout déléguer ?

Vous être vraiment le ravi de la crèche vous ! Tous ces gens qui viennent vous voir pour avoir un boulot à Mairie ou au Conseil général, vous leur dites quoi ? Qu’ils aillent voir dans le privé ? Alors c’est pas compliqué : quand il y a des emplois, on garde, quand il y a du fric et pas d’emplois, on délègue ! Enfin, ça, c’était avant, du temps de Maurice.

Alors aujourd’hui... ?

Ben aujourd’hui, on a fait le plein. Des emplois, y’en a plus. En plus, les gens en ont marre des fonctionnaires qui foutent rien. Alors il faut trouver des solutions pour que ça soit plus efficace. Alors on délègue aux associations. Eux, ils bossent bien pour pas cher et on arrive à leur faire embaucher quelques personnes. Ah, c’est vraiment plus comme avant... Aujourd’hui, on agit en concert avec l’estrasse associative, et ouais !

Pardon ?

...(il fouille dans ses papiers), je voulais dire agir de concert avec le tissu associatif ! C’est pareil, pas vrai ? Des milliards qu’on leur donne aux assosses ! J’sais pas combien ça fait en euros nouveaux mais un paquet à mon avis.

Propos cueillis au gré du vent par Guillaume Hollard

@-Leravi - http://www.leravi.org