Ne m’appelez plus jamais LGV…

le 20/04/2012

Alors que les anti-LGV unissent leurs forces en se fédérant régionalement, Réseau ferré de France annonce la disparition de la grande vitesse sans baisser le prix, ni changer le tracé. A croire que chez RFF, aussi, tout est toujours possible…

Réseau ferré de France (RFF) a choisi le 14 février pour enterrer officiellement, lors d’une conférence de presse, la LGV entre Marseille, Toulon et Nice. En ce jour de Saint Valentin, des mots qui auraient pu résonner comme une déclaration d’amour, remplissant de joie le cœur des anti-LGV en lutte depuis des années contre le projet. Que Nenni  ! «  On est encore et toujours dans la communication  », s’exaspère Didier Cade, viticulteur et membre du collectif Sud Sainte Baume qui participait ce même jour (hasard du calendrier ou blague de Cupidon  ?), à Toulon, à la coordination de toutes les associations anti-LGV de la région. «  Nous avons décidé de mettre en commun les compétences de tous sur tout le territoire  », précise Olivier Lesage, président de Stop LGV Coudon. Après une campagne d’affichage dans le Var il y a quelques mois clamant en lettres capitales un «  J’aime (symbolisé par un cœur rouge) mon terroir, Non à la LGV  » sur des panneaux 4X3, les 60 associations désormais fédérées ont décidé de taper plus haut en demandant aux candidats à la présidentielle et aux législatives, un moratoire contre le projet.

Le temps c’est de l’argent

«  Ils essaient de noyer le poisson, voilà tout  !  », conclut Didier Cade. En effet, si les antis ne lâchent rien alors que RFF vient de renoncer à faire rouler des trains à 350 kilomètres à l’heure entre Marseille et Nice (1), c’est parce que les autres points de désaccord restent inchangés. Le coût notamment. «  En 2005, au début du projet, on nous annonçait une LGV à 5 milliards d’euros, aujourd’hui on en est à 20 milliards  », s’insurge Robert Giraudo. L’association de préservation de Vidauban et du Var (APEVV) qu’il préside a réalisé une synthèse financière relative au projet de LGV PACA. «  Sachant que l’Europe et Monaco se sont retirées du projet, si l’Etat maintient 20 % d’investissement, il restera tout de même 14 milliards d’euros à la charge des collectivités locales, sachant que 40 % d’entre elles n’ont plus accès à l’emprunt, insiste Robert Giraudo. Le partenariat public-privé ne pourrait se faire sans que les collectivités locales et l’Etat ne donnent une garantie de bonne fin de ressources à l’ensemble du projet.  »

Selon les calculs de l’APEVV, la charge de l’investissement pour chaque citoyen de Paca serait de 3000 euros sans emprunt et 5106 euros avec emprunt. De son côté, le rapport Mariton déposé le 18 mai 2011 par la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire de l’Assemblée Nationale, note qu’au regard des contraintes pesant sur les finances publiques «  ni l’État, ni les collectivités territoriales […] ne seront en mesure de financer les grands projets de développement ferroviaire  ». L’assemblée plénière des assises du ferroviaire du 15 décembre 2011, arrive à la même conclusion  : «  Les difficultés constatées dans le bouclage du plan de financement des récents projets de LGV montrent d’ores et déjà les limites financières des acteurs publics et privés.  » Des craintes budgétaires qui ne semblent pas inquiéter RFF. «  Pour l’instant, le comité de pilotage dont l’Etat fait partie et qui dirige le projet LGV nous demande de poursuivre les études en cours, a déclaré le 13 février Jean-Michel Cherrier, chef de mission LGV, lors d’une réunion publique dans les locaux marseillais d’Ecoforum. Alors pour l’instant on poursuit, ce qui arrivera demain je ne le sais pas, je n’ai pas de boule de cristal.  »

Mais le pire des scénari serait que le coût estimé ne soit pas le bon… Ion Argyriadis, docteur ès sciences et géologue, travaille depuis dix ans sur une nouvelle carte géologique de la région et plus précisément sur le tronçon Aubagne-Cuge-Toulon. «  Les 20 milliards, ils les ont sortis d’un chapeau, s’exclame-t-il. Il est impossible d’affirmer ce montant sans avoir consulté l’état géologique du coin  ! C’était une étape élémentaire, on ne construit pas une maison sur du sable  ! Et bien RFF n’a même pas pris la peine de se procurer la carte déjà existante, même si elle est sûrement obsolète, elle aurait pu donner quelques indices sur la complexité du terrain  !  » Ion Argyriadis a fait part de ses doutes au préfet de Région lors d’une réunion, fin janvier en présence de RFF. Et de conclure  : «  C’est d’une légèreté criminelle, qui peut facilement multiplier par six les 20 milliards d’euros annoncés, mais surtout rendre plus que complexe le tracé des métropoles, qui est à mon avis le pire des projets quand on connaît le casse-tête que représente la géologie du territoire  !  »

Un tracé ubuesque

Même si certains choix polémiques comme le fuseau passant entre les vins AOC de Bandol, l’implantation d’une gare à Toulon-Est ou sur l’axe Cannes-Grasse et la ligne en site propre entre Toulon et Le Muy ne font visiblement plus partie du projet, cela ne suffit pas à calmer les anti-LGV car le tracé passant par les trois métropoles reste d’actualité ainsi que la perspective de relier Marseille-Nice en 1h, contre 2h30 actuellement (2). En effet, les voies existantes seront triplées voire quadruplées, mais de nouvelles seront aussi construites qui desserviront Marseille, Toulon et Nice. «  Un choix écologique catastrophique qui n’est que le résultat d’élus mégalo voulant faire joujou avec leurs gares  !  », s’insurge Bernard Dupin de Tout Aubagne contre la LGV, qui risque de voir sa maison traversée par un des fuseaux de la ligne. Gaudin, Falco et Estrosi (UMP), les maires de Marseille, Toulon et Nice, défendent la grande vitesse depuis le début. Le 1er a défendu le tracé des métropoles, le second s’y est rallié sous condition qu’il utilise les lignes déjà existantes, le 3ème aurait préféré une liaison directe pour sa ville vers le nord… «  Nice, Toulon et Marseille ont besoin de se rapprocher. Je sais à quel point nos concitoyens le souhaitent […] il nous faut maintenant dépasser les clivages idéologiques  », déclarait Christian Estrosi lors de la réunion de concertation qui s’est tenue le 17 février à Nice (Nice matin).

«  Nous sommes pour le principe d’une LGV Nice-Paris mais contre le tracé des métropoles qui créera trop de dégâts environnementaux et d’expropriations. Il aurait été judicieux de passer par le couloir de nuisances déjà existant, partant d’Aix-en-Provence et longeant l’autoroute A8  », déclare Robert Alfonsi, conseiller régional socialiste varois. Même choix de tracé côté Modem  : «  Si on voulait un accord, il fallait ne pas passer par les métropoles, déclare Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du parti centriste. Mais voilà ce qu’il arrive quand on veut faire de Marseille la capitale du Monde  !  » «  Petit  » souci, Maryse Joissains, maire UMP d’Aix, n’a jamais accepté de faire passer la ligne par chez elle... Du côté du Front de gauche, opposé aussi au tracé des métropoles, l’étonnement est ailleurs  : «  La Région cofinance aujourd’hui les études réalisées, est appelée demain à cofinancer la ligne, et c’est par voie de presse qu’on découvre ce que fait RFF  !, s’insurge Jean-Marc Coppola, vice président PCF du Conseil régional. C’est le préfet, en décembre dernier qui a suggéré à RFF de rebaptiser la ligne, comme pour mieux changer le contenant tout en gardant le contenu  ! Un manque de transparence qui donne l’impression que RFF amuse la galerie en jouant aux trains miniatures  !  » Tchou, tchou  !

Samantha Rouchard

(1) Remplacés par des TER à vitesse accélérée et des TGV au ralenti, sur l’idée des RER franciliens. Des vitesses qui seront désormais comprises entre 130 et 250 km/h.
(2) Alors qu’avec un train roulant à 350 km/h, RFF prévoyait dans le meilleur des cas un Marseille-Nice en 1H12 (scénario 2-site LGV Paca.fr). Mystère mathématique que RFF n’a pas su éclaircir puisqu’ils n’ont pas donné suite à nos appels avant l’heure de notre bouclage.

@-Leravi - http://www.leravi.org