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Inondations : le scénario catastrophe était écrit

le 31/10/2012

D’après la Cour des comptes, les dramatiques conséquences des inondations en 2010 dans le Var étaient inévitables. Explications.

Défaillance de Météo France, manque de moyens matériels et humains, problèmes de communication entre les services de secours  : la Cour des comptes n’épargne personne dans son rapport sur «  les enseignements des inondations de 2010  » qui ont fait 23 morts, 2 disparus et a coûté 201 millions d’euros aux finances publiques dans le Var suite aux crues de la Nartuby et de l’Argens. Même les notaires, peu enclins à informer leurs clients des risques encourus sur leurs futurs biens, sont épinglés  !

Mais ce qui ressort d’abord de la lecture des 300 pages, c’est la légèreté des élus locaux. En matière d’entretien des cours d’eau et ouvrages de protection par exemple, mais surtout d’urbanisme. «  Le rapport des inspections relatif au Var souligne "la couverture du territoire par des documents obsolètes", en relevant "la volonté affichée de préserver la possibilité de laisser se développer une urbanisation diffuse"  » (p.90). Avant les inondations de 2010, douze des treize communes sinistrées disposaient d’un plan d’occupation des sols (Pos) antérieur à 1995. 1980 pour Trans-en-Provence, 1989 pour les Arcs et Draguignan  ! En général, des documents «  obsolètes  », qui autorisent encore de construire en zone inondable. Exemple  : «  A Draguignan […] une majorité des nouveaux arrivants a souhaité s’installer au pied du Malmont […] C’est de là qu’est partie la majorité des eaux de ruissellement qui ont inondé plusieurs quartiers de la ville  » (p.21).

Même constat concernant le plan de prévention des risques d’inondation. Avant la catastrophe, seuls trois des treize communes sinistrées en disposaient, mais avaient malheureusement oubliées de rendre cohérents leurs zonages avec ceux de leur Pos. Ce qui vaudra à Draguignan de voir son centre de secours inondé  ! A Fréjus, c’est aussi abracadabrantesque  : la ville «  possédait un plan de prévention du risque inondation, mais pour un seul cours d’eau, le Valescure, alors que c’est l’Argens qui a été l’une des causes de la catastrophe de 2010  » (p.71). Vraiment pas de chance…

Il y a mieux  ! Les élus du Var ne veulent rien lâcher. Comme le déplore l’instance de contrôle en citant le préfet  : «  Ce n’est pas tant la volonté de révision des documents d’urbanisme qui pose question que celle de réviser les modes d’occupation du sol et d’urbanisation. Au plan local, pour de nombreux élus, le document d’urbanisme est encore vécu comme le moyen de répartir les droits à bâtir » (p.91). Et, surtout, une rentrée d’argent grâce aux taxes (foncières, d’habitation, etc.)  ?

Mais l’Etat n’est pas non plus exempt de tout reproche. Ainsi le rapport relève, page 94, qu’entre 2004 et 2009, sur 136 000 actes d’urbanisme seuls 123 ont fait l’objet d’une lettre d’observation. «  Le recensement des personnels affectés au contrôle de légalité de l’urbanisme montre la faiblesse de leur effectif. De surcroît, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, celui-ci diminue sensiblement entre 2009 et 2011.  » (p.95) Une grande victoire de la RGPP chère à Nicolas Sarkozy  !

Tout n’est cependant pas sombre. La Cour des comptes note un bon point pour le Var  : la forte présence des militaires. Sans les moyens aériens des écoles de Draguignan et du Cannet-des-Maures, «  300 [personnes] étaient vouées à une mort certaine faute d’évacuation  ». Suffisamment pour que les élus changent cette fois leurs mauvaises habitudes  ?

Jean-François Poupelin

@-Leravi - http://www.leravi.org