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« Alors on sert à rien ?! »

Carpentras, conseil municipal du 25 septembre 2012
le 7/11/2012

En septembre, le Ravi a "testé" le conseil municipal de Carpentras (84) dont nous publions ci-dessous le résultat. Dans notre numéro de novembre, actuellement chez les marchands de journaux en Paca, notre "contrôle technique de la démocratie" est consacré au conseil municipal de Draguignan (83)...

18h21

Ambiance. A l’instant où le grand reporter du Ravi s’installe sur sa chaise (en velours rouge), Olivier Lapierre (UMP) et sa mèche poivre et sel lancent à Francis Adolphe, le maire socialiste de Carpentras : « San Antonio grotesque de la presse nationale ! » Traduction : en juillet, Francis Adolphe a « démissionné » son premier adjoint Farid Faryssy après une explication pour le moins virile. Il lui reproche son soutien au maintien au second tour des législatives de la candidate socialiste Catherine Arkilovitch, dans une triangulaire qui a offert la victoire à Marion Maréchal Le Pen.

18h26

Costard clair impeccable, cravate rayée, mèche gominée façon Clark Kent (alias Superman), petites lunettes, voix et enthousiasme du commentateur es football de TF1 Christian Jean-Pierre (aka CJP), Francis Adolphe, maire depuis 2008 à la faveur d’une quadrangulaire PS-UMP-DVD-FN, tente de reprendre le dessus, bravache : « Je pense que l’action est plus utile que la parole. »

18h27

Comme très souvent, le conseiller municipal et général FN, Patrick Bassot, a séché la séance.

18h43

« Un peu moins fort ! », crie Jean-Luc Becker, chef de file de l’opposition DVD, à Bruno Gandon, chauve et longiligne adjoint au développement économique. Ce dernier, en chemise blanche ouverte jusqu’au plexus, vient d’attaquer la lecture de la délibération 5 en haussant d’un ton sa voix déjà puissante.

18h55

Un retraité se lamente dans le public : « Ça va finir à dix heures du soir ! »

19h11

Farid Faryssy a la rancune tenace. Depuis quelques minutes, l’ancien premier adjoint, un petit trentenaire au visage rond en costard sombre, multiplie les demandes de parole, les provocations. Francis Adolphe finit par craquer : « Monsieur Faryssy, on a eu un mano à mano en juillet, mais moi je vous reconnais comme conseiller municipal. » Farid Faryssy, voix blanche : « Moi, je ne vous reconnais pas moralement comme maire. »

19h17

Crâne dégarni, tee-shirt âgé, voix un peu précieuse, l’écolo dissident Guy Largier « rebondit » tout sourire au CV d’un nouveau collaborateur du maire : « Il a des compétences sur l’Agenda 21, c’est bien. C’était dans notre programme et je ne vois rien venir… » Francis Adolphe reste, chose rare, sans voix.

19h35

Grand projet de la fin du mandat du maire, le programme national de requalification des quartiers anciens dégradés du quartier de la gare, auquel est accolée la réouverture de la ligne Avignon-Carpentras, est au centre de plusieurs délibérations qui s’enchaînent. Au volet financement, Jean-Luc Becker, chef de file DVD bronzé et tenace, s’inquiète : « Pourriez-vous nous présenter le projet, je pense que même votre majorité ne le connaît pas. » Avec son excitation habituelle, le maire écarte l’idée et tranche : «  Je fais voter le financement avant, ou il faudra 100 ans pour que le train entre, non pas en gare de La Ciotat, mais en gare de Carpentras. » L’UMP Marie-Suzy Pons-Mermet, une petite quinqua blonde au visage dur, apprécie peu la blague : « Alors on sert à rien ?! » Francis Adolphe : « Si vous voulez. »

19h52

Olivier Lapierre vient de méchamment tacler Gérard Rolland, délégué aux actions solidaires. Francis Adolphe, pas vraiment « solidaire » : « Y’a des tentatives de piques, mais on passe outre. »

20h00

Quelques délibérations s’enchaînent dans une ambiance un poil apaisée. Les rangs du public commencent à se vider.

20h07

A l’image d’un CJP ivre de bonheur au coup de sifflet final d’une victoire de l’équipe de France en match amical, Francis Adolphe explose : « Maintenant, on passe au Scot ! » (NDLR le schéma de cohérence territoriale)

20h12

Les débats se cristallisent sur le schéma de développement commercial de la communauté d’agglomération Ventoux-Comtat-Venaissin (Cove), qui accompagne le document intercommunal. La limitation des surfaces commerciales exaspère Francis Adolphe, qui y voit un frein « au développement économique, à l’emploi », à son projet de déplacement d’un Intermarché et d’implantation d’un MacDo ainsi qu’un manque à gagner pour la ville.

20h30

Scot toujours. Contrairement à Jean-Luc Becker et Farid Faryssy qui ont tenté de raisonner le maire, Marie-Suzy Pons-Mermet attaque : « Le Scot a été voté à l’unanimité à la Cove ! » Francis Adolphe s’enfonce dans son fauteuil, les jambes croisées. Son opposante poursuit : « Je sais que vous avez 35 000 m2 de projet de surfaces commerciales. C’est énorme ! » Le maire agite ses mains : « Ça n’est pas parce qu’une intervention est longue qu’on a raison ! Votre interprétation est hallucinante ! » « Des âneries ! », renchérit Bruno Gandon. « Aneries » finalement non démenties.

20h45

Départ du très discret Jean-François Sénac de l’UMP.



20h53

Nouveau coup d’accélérateur. Les élus en profitent pour reprendre leur souffle.

21h00

Jean-Luc Becker : « Le conseil municipal se passe derrière vous ? Il y a beaucoup d’agitation... » Francis Adolphe, qui a retrouvé son ardeur : «  Je suis concentré sur vous. Ca ne va pas encore durer longtemps. »

21h04

Farid Faryssy reprend sa guerre personnelle. A un « Oui monsieur Farid Faryssy » du maire, le premier adjoint répond par un obséquieux « oui monsieur Francis Adolphe. »

21h11

Les bancs de la majorité commencent également à se vider. Côté public, ne reste désormais qu’une poignée d’acharnés.

21h13

« J’arrête ce dialogue de sourds », grince Farid Faryssy. Depuis plusieurs minutes, l’ancien premier adjoint tente de convaincre le maire de profiter de la rétrocession de parcelles à un particulier pour lui imposer d’aménager un passage afin de désenclaver la cité Zola. Francis Adolphe louvoie pour mieux refuser. Laurent Pénard (DVD) tente une conciliation : « On reporte la délibération et on réfléchit. » En vain.

21h34

Décisions du maire. La municipalité n’a curieusement qu’une confiance très limitée en son délégataire pour l’assainissement collectif : un marché de conseil pour une analyse technique est en cours.

21h46

Bon prince, Francis Adolphe lance : « Allez, encore une question. » Guy Largier s’y colle : « J’aimerais que vous fassiez un point sur l’affaire Poulain. » Mauvaise question. Le maire botte en touche.

21h48

« Le prochain conseil sera le mardi 11 décembre à 18h15 », lance Francis Adolphe pour lever la séance. Avec la même passion qu’un Christian Jean-Pierre donnant rendez-vous pour le prochain Téléfoot.

Jean-François Poupelin

Carpentras (84)

29 271 habitants (2009)
2 fleurs « villes et villages fleuris »
34 caméras de vidéosurveillance
14,96 % de logements sociaux (2009)
28,54 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012

Le maire : Francis Adolphe (PS), depuis 2001. 52 ans. Expert judiciaire.

La majorité : Un groupe de 23 conseillers de la liste « Carpentras ville active » (PS)

L’opposition : 6 conseillers de la liste « Carpentras l’avenir avec passion » (UMP) ; 3 conseillers de la liste « Carpentras le renouveau » (DVD) ; 1 conseiller de la liste « En avant Carpentras » (FN) ; 1 dissident PS ; 1 dissident EELV

Le conseil municipal testé :
Durée : 3h33
Présents : 19 élus de la majorité, 10 de l’opposition.
Le public : 33 personnes

@-Leravi - http://www.leravi.org