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Flou artistique autour de l’Ecole d’art d’Avignon

le 18/11/2012

Accusé de harcèlement sexuel et de favoritisme par les élèves, le directeur de l’Ecole d’art d’Avignon a été suspendu de ses fonctions. Quel avenir pour une école qui doit quitter ses locaux ?

Le fusible a finalement sauté. Après presque quatre mois de conflit, le maire d’Avignon Marie-Josée Roig, présidente du conseil d’administration, s’est décidée à suspendre, le 19 septembre, Jean-Marc Ferrari, le directeur de l’Ecole supérieure d’art d’Avignon (Esaa) depuis 18 ans. Sa tête était réclamée par les élèves de SUD étudiants, en première ligne de la fronde. Le syndicat lui reproche une gestion « féodale », avec clientélisme à la clé. « Pour être certain de réussir, il fallait absolument être proche du directeur et des profs acquis à sa cause, explique Laurent Santi, de SUD étudiants. Aller boire un café, venir à certaines soirées... Un fonctionnement pareil, avec deux poids deux mesures, est totalement indigne d’une école publique.  »

Plaintes pour harcèlement sexuel

Plus grave : en juin, quatre élèves déposent plainte pour harcèlement sexuel envers le directeur. Une accumulation de petites phrases, de sous-entendus graveleux selon Margot, l’une des plaignantes : « Il y avait un climat malsain lorsqu’il était là. C’était le coq dans sa cour. On a mis du temps avant de comprendre que ce qu’il faisait s’apparentait à du harcèlement. Du fait du rapport hiérarchique, de l’importance d’une personne qui décide de votre avenir, très peu ont porté plainte. » Une procédure pour diffamation a ensuite été lancée par Jean-Marc Ferrari au nom de l’école. Le dossier est toujours en cours d’instruction.

Autre motif du conflit : une quinzaine d’élèves de troisième année sont restés sur le carreau après le passage devant une commission qui, selon eux, n’avait pas été présentée au départ comme déterminante pour être admis en master. Pauline, qui fait partie des évincés et qui s’est depuis inscrite à l’IUFM d’Aix-en-Provence, dénonce le règne de l’arbitraire : « On ne sait pas sur quel pied danser à l’Esaa. Les procédures changent chaque année.  » Une commission extraordinaire est prévue, début octobre, afin d’entendre au moins cinq élèves qui souhaitent encore poursuivre leurs études à Avignon. Une tardive tentative de rattrapage…

Ecole nomade à la rue

L’organisation de l’école explique en partie que cette situation délétère ait pu perdurer. La structure est encadrée à la fois par l’Etat - via le ministère de la Culture et la préfecture - mais aussi par la mairie. Chacun a ainsi tenté de se repasser la patate chaude tout en espérant que l’été enraye le mouvement. Peine perdue. Marie-Josée Roig n’a jamais cru bon de répondre aux lettres envoyées par les étudiants (pas plus qu’aux nombreuses sollicitations du Ravi) ni tenté de trouver une échappatoire au début de la crise. Il aura fallu le rapport d’un inspecteur du ministère, resté confidentiel, et une réunion de conciliation pour que Madame le maire d’Avignon lâche un de ses fidèles. Si elle ne l’a pas fait avant, c’est que Jean-Marc Ferrari était indispensable à la réalisation d’un projet municipal : le déménagement en 2015 dans les locaux de l’Esaa de l’impressionnante collection d’objets d’art Lambert, d’une valeur de 90 millions d’euros, récemment cédée à l’Etat.

Pour permettre l’opération, l’école d’art doit intégrer en juillet 2013 de nouveaux locaux à côté de la FabricA, lieu de répétition du festival In d’Avignon. Afin d’assurer la transition, Jean-Marc Ferrari, appuyé par la mairie, défendait une « école nomade ». En clair, une école sans véritable point de chute. « C’est de la gabegie, s’insurge Chanta Lamouroux, conseillère municipale PS d’opposition et membre du conseil d’administration de l’Esaa. Comment assurer, par exemple, la restauration d’œuvre d’art dans un préfabriqué ?! » Ferrari à la porte (mais il reste tout de même, à 61 ans, salarié de la mairie), un conseil d’administration exceptionnel doit se réunir. Et les mauvaises langues s’inquiètent déjà : six millions d’euros pour construire un nouveau bâtiment seraient trop peu. « Cette petite structure qui délivrait des diplômes indépendants a voulu grandir trop vite, sans le personnel et la vision pédagogique nécessaires, déplore Chantal Lamouroux. Voilà le résultat. » « Il y a eu des dysfonctionnements. Maintenant, on attend de voir la suite... si l’Esaa existe toujours », lâche Didier Herbet, le directeur administratif. Plus d’école, plus de problèmes ?

Clément Chassot

@-Leravi - http://www.leravi.org