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« J’aimerais payer l’impôt sur la fortune ! »

le 24/11/2012

Grande Tchatche entre la rédaction du Ravi et Jean-Luc Chauvin, président de l’UPE 13, "l’union pour les entreprises", l’antenne du Medef dans les Bouches-du-Rhône.

Le Medef est-il socialo-compatible ?

Jean-Luc Chauvin : On peut attribuer au gouvernement un espoir et une chance. L’espoir, c’est qu’il fasse bouger les lignes, et la chance, c’est que les sociaux-démocrates en Europe ont parfois participé à d’importantes réformes comme en Allemagne par exemple. Y aura-t-il en France le même courage et la même volonté ?

Vous pensez donc, comme un Mélenchon, que François Hollande va essayer de faire passer la pilule amère de l’austérité à ceux qui espéraient le changement ?

Il s’agit surtout de préserver et de créer de l’emploi pour tout le monde. Et ce n’est pas en élevant des barrières et des freins idéologiques, qui datent d’un modèle économique qui a pris fin avec le premier choc pétrolier, qu’on va pouvoir être dans le 21ème siècle.

Etes-vous au côté du ministre Montebourg pour favoriser le « redressement industriel » ?

Tout ce qui peut aider à faire sauter les blocages à l’entreprise, à l’emploi et aux salariés est une bonne chose. Il ne reste plus qu’à prendre les dossiers un à un et à les regarder. Quant à Arnaud Montebourg, sa première déclaration a tout de même été de vilipender, sans même connaître le sujet, l’une des plus grandes familles industrielles françaises, celle des Peugeot. Le seul tort de Thierry Peugeot, c’est d’avoir gardé le plus longtemps ses salariés au lieu de les délocaliser à l’étranger.

L’industrie est en crise dans les Bouches-du-Rhône. La raffinerie par exemple. Pensez-vous comme le président de la CCI Marseille, Jacques Pfister, qu’il ne sert à rien de se battre pour préserver un outil industriel devenu obsolète ?

Je dis la même chose sauf que je l’explique. Ce n’est pas parce que les industries vieillissantes sont remplacées par de nouvelles industries que c’est la fin de l’industrie. Dans les années 50, on avait tous des radios TSF, dans les années 70 des TV noir et blanc. Nous sommes à l’époque des écrans plats en couleur… Nous sommes en France en surproduction d’essence et importateurs de gazole, un ajustement doit se faire. Et puis aujourd’hui, le stockage des produits pétroliers se fait là où ils sont produits.

N’est-ce pas indécent qu’une multinatonale comme Unilever, qui fait beaucoup de bénéfices, veuille délocaliser en Pologne une usine comme celle des Fralib à Aubagne ? Nous sommes pourtant toujours à une époque où l’on boit du thé…

En 2009, Fralib vend la marque Lipton IceTea et fait des bénéfices exceptionnels. Au titre de la loi, elle verse une prime, 24 000 euros en moyenne. C’est un revenu confortable pour des qualifications plutôt moyennes. Partant de là, certains syndicalistes ont poussé à une grève durant 19 semaines pour obtenir 15 % d’augmentation de salaire. A trois reprises, ils sont même allés piller les produits de la marque Unilever dans un supermarché. Face à ce comportement, comment pensez-vous que l’actionnaire allait réagir ?

C’est donc la faute à des salariés trop payés et à des syndicalistes trop agressifs ?

Je n’ai pas dit que les ouvriers étaient trop payés. Mais je maintiens que c’est la faute de certains syndicalistes qui ont cru qu’on pouvait toujours aller plus loin.

Ce n’est pas un peu facile d’attribuer tous les problèmes à un « syndicalisme voyou » spécifique à la CGT des Bouches-du-Rhône ?

Le syndicalisme voyou existe dans ce département : je le dis et redis. Mais 98 % du dialogue social se passe très bien. Reste les 2 %, c’est historique ici. C’est lié à l’histoire du port. Pensez-vous que lorsqu’un délégué syndical affiche sa fierté d’avoir fait reculer le port en annulant un appel d’offre publique, c’est un combat pour l’application du droit ?

Est-ce parce que Force ouvrière est membre de votre collectif « Mon entreprise, ma ville » que vous en parlez moins ?

Cela n’a pas dérangé l’UPE 13, pendant une grève des poubelles à Marseille, de mettre en place un service de ramassage des ordures ménagères pour les commerçants du centre ville qui ne pouvaient plus travailler normalement.

Marseille justement a été au coeur de l’actualité, conférence gouvernementale, nouveau préfet, et une promesse de création d’une métropole dont vous êtes un farouche partisan…

La métropole ce n’est pas un dada nouveau pour nous. Le collectif « Mon entreprise, ma ville », créé en 2008, parlait déjà du transport, du logement, de la petite enfance, qui doivent se régler à cette échelle. Les frontières communales actuelles ont été établies à l’époque de Napoléon. La métropole est une nécessité pour développer l’économie.

Vous voilà donc partisan d’un Etat fort qui légifère par la loi !

Le premier ministre a pris ses responsabilités. Il a laissé aux élus locaux jusqu’à la fin décembre pour trouver une solution. Sinon, il défend une loi. Nous, on dit chiche ! Nos élus sont incapables de s’entendre, depuis 1960, pour des querelles partisanes qui dépassent les clivages entre droite et gauche. Le territoire n’a pas avancé pendant que Lyon, Lille, Bordeaux, Grenoble ont su le faire. Jean-Marc Ayrault connaît bien le sujet à Nantes, dont il a été longtemps le maire. Il a su fonder sa métropole et bénéficier de l’emploi et de la richesse qu’elle facilite.

Beaucoup d’élus locaux redoutent plutôt la création d’une usine à gaz anti-démocratique…

Ils habillent leurs intérêts particuliers en instrumentalisant des peurs collectives qui sont fausses.

Vous êtes optimiste ?

Les lignes bougent. Le fait que le premier ministre fasse un déplacement de deux jours ici est un message très fort. Des élus ont pris des positions intéressantes et innovantes. Souvent les élus plus jeunes sont moins repliés sur leur territoire, plus favorables à construire un projet ensemble. Mais il y a heureusement aussi des responsables plus âgés très favorables à une métropole !

Une dernière question sur un tout autre sujet : payez-vous l’impôt sur la fortune ?

Non, je ne paye pas l’ISF. Peut-être que j’y serai l’année prochaine ? J’attends de voir la nouvelle loi de finances. Mais au fond, j’aimerais bien payer l’ISF. Je ne parle pas d’une taxe sur 75 % des revenus qui est confiscatoire et à laquelle je suis totalement opposé. Arrêtons de jeter la pierre sur ceux qui gagnent un peu mieux que les autres. Parce que ce sont aussi eux qui nous font avancer collectivement. Allons de l’avant ensemble plutôt que de se déchirer entre nous.



Propos recueillis par Michel Gairaud et Rafi Hamal, mis en forme par Samir Akacha.



Écoutez en permanence l’intégralité de cet entretien enregistré le 27/09/2012 sur www.leravi.org : c’est ici...

Et retrouvez en direct la Grande Tchatche de Radio Grenouille à Marseille sur le 88.8 FM, le 4ème mardi du mois à 10 heures.

Jean-Luc Chauvin, patron de la 4ème dimension

Il préside, à 42 ans, l’UPE 13, l’Union pour les entreprises, le Medef des Bouches-du-Rhône. A quoi reconnaît-on un patron des patrons ? Jean-Luc Chauvin a beau tenter de brouiller les cartes, c’est facile ! Comme le cinéaste crypto-communiste Nanni Moretti, il roule en scooter. Oui, mais en scooter 3 roues ! Comme Bernard Thibault, il aime le mot « militant ». Oui, mais il qualifie les CGTistes locaux de « syndicalistes voyous » ! Sportif - il a même fait sport études - il n’est pas un fanatique du costard cravate. Oui, mais il fume le cigare ! Il dit œuvrer pour l’intérêt général. Oui, mais aussi pour son compte en banque ! Né à Marseille en 70, ses études d’économie à Aix-en-Provence se prolongent par un DESS en promotion immobilière et un premier job chez l’ami Bouygues. Ah, le charme de l’immobilier, de la bétonnière, des hausses de loyer et des ventes commissionnées ! Et ça marche du tonnerre ! A 26 ans, il achète, avec un associé, sa propre société immobilière : Otim. Seize ans plus tard, il en est devenu le PDG avec 45 salariés. Auréolé de ce succès, il dirige aussi la Fnaim des Bouches-du-Rhône avant, en 2010, de présider l’Union des entreprises départementales. Il y impose son style. Et son goût pour les coups médiatiques. Il lance une fausse campagne de pub vantant « le meilleur métier du monde » : grutier sur le port à 4000 euros pour 26 heures. Cet été, il tracte avec son collectif « mon entreprise, ma ville » pour réclamer de meilleurs transports publics et une métropole… Il n’a peur de rien ! Pas même d’inviter lors de son dernier « forum des entrepreneurs » les frères Bogdanoff pour prendre des « nouvelles du futur ». Pas de doute : avec lui, le Medef est entré dans la 4ème dimension…

M.G.

@-Leravi - http://www.leravi.org