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"C’est la faute aux soviets"

Aix-en-Provence, conseil municipal du 19/11/2012
le 8/01/2013

En novembre, le Ravi a "testé" le conseil municipal d’Aix-en-Provence (13) dont nous publions ci-dessous le résultat. Dans notre numéro de janvier, actuellement chez les marchands de journaux en Paca, notre "contrôle technique de la démocratie" est consacré au conseil communautaire du Grand Avignon (84)...

17h55

La salle des Etats de Provence, tout en peintures et boiserie, se remplie. Deux tables en fer à cheval se font face. La petite, celle de l’opposition, s’appelle la «  piscine  ». Dans un coin, un projecteur. Un conseiller ricane  : «  Vous allez nous diffuser un porno  ?  » Non, lui dit-on, «  un film sur MP 2013  ».

17h56

On nous tend le programme aixois de MP 2013  : «  On en a très peu d’exemplaires. Planquez-le  !  »

17h59

Un membre de l’opposition lorgne sur les deux tomes d’un kilo reprenant la centaine de rapports qui sera examinée ce soir-là. «  On les reçoit cinq jours avant le conseil. Mille pages en cinq jours  ! C’est ça, la démocratie  ?  »

18h07

Après le «  quart d’heure aixois  », une voix se perd dans le brouhaha pour annoncer que madame le maire ne sera pas là. Au-dessus de son siège… François Hollande  !

18h15

La minute de silence en mémoire du représentant des Arméniens d’Aix ne dure que trente secondes. Hollande ne pipe mot.

18h21

Petit bout d’écologiste, Marie-José Valetta se fait la main avec le rapport de la Chambre régionale des comptes sur la société immobilière de la ville, dénonçant le «  manque de transparence dans l’attribution  » des logements. Gérard Bramoullé, adjoint aux finances et ancien du très à droite club de l’Horloge, la reprend sèchement  : «  Vous n’avez pas lu le rapport complètement.  » Valetta proteste  : «  Je l’ai lu jusqu’au bout  !  » Sur le front d’Hollande, un sourcil se fronce.

18h32

Jean Chorro s’emmêle ses vieux pinceaux de premier adjoint, voulant faire voter des dossiers qui n’ont pas encore été examinés. Un journaliste s’effondre  : «  On va finir à une heure du mat’  !  » Hollande sourit. L’opposition aussi.

18h35

Partisan pour 2014 d’un «  front anti-Joissains  », François-Xavier de Peretti (Modem) s’interroge sur les travaux autour de la Rotonde  : «  Y a rien à l’ordre du jour.  » Bramoullé, mauvais  : «  C’est prévu en décembre. Ce sera le cadeau de Noël.  » La chaise de Maryse reste vide et Hollande sans voix.

18h45

Valetta revient à la charge sur… les lampadaires. «  Il n’y aura pas de pollution lumineuse  », assure, avec sa trogne de présentateur de BFM, Stéphane Paoli. Hollande s’éclaire.

18h50

Rapport d’activité sur le casino. Tête d’instit’ fatigué, l’écolo François Hamy tonne  : «  On a l’impression d’être baladé.  » En cause  ? La promesse, non tenue, par le casino, de réaliser un jardin sur son parking. Chorro, solennel  : «  Madame le maire va demander à ce que ce jardin soit fait.  » François est dubitatif. L’opposition aussi.

18h52

Début d’un tunnel sur les vertus comparées du gaz et du bois. Bramoullé s’étouffe, sauvé in extremis par un verre d’eau. Jacques Agopian, socialiste bronzé comme un muffin, s’inquiète  : «  Il vient d’où le bois  ?  » Bramoullé  : «  Du Var. Pas d’Italie.  » Jacques, à l’attaque  : «  Qui nous dit qu’il viendra pas de Pologne  ?  » Chorro, pédago  : «  On doit se fournir dans un rayon de 80 km. La Pologne, c’est plus loin que 80 km.  » La majorité ricane  : «  C’est pas bien de stigmatiser les Polonais  !  »

19h12

Ecolo adepte de l’occitan, Hervé Guerrera dénonce la «  dangerosité du parking de la Rotonde  », une véritable «  nasse  » à automobilistes. Bramoullé ouvre la bouche. Hervé l’interrompt. Alors Gégé explose  : «  Je peux m’expliquer, oui  ?!  » Chorro, diplomate  : «  Hervé, Gérard te répond, après tu peux revenir à la charge.  » Pour l’adjoint aux finances, c’est la faute aux feux, pas au parking.

19h20

«  Et l’affaissement de la fontaine de la Rotonde  ?  », s’inquiète Peretti. «  C’est dû à une rivière souterraine  », raconte Bramoullé. Agopian ricane  : «  Ça tiendra jusqu’en 2014.  » Comme Hollande  ?

19h25

Chef de file du PS, Alexandre Medvedowsky arrive, sourire jusqu’aux valises. La ville en profite pour vendre un paquet d’immeubles. «  Vive la crise  », dirait François…

19h41

Guerrera vire sa bouteille pour la photo. Et brandit un bout de la bastide Lou Deven  : «  Cette bastide fait partie de notre patrimoine et elle est en train d’être détruite. Allez-vous continuer à laisser faire  ?  » Sous le regard de François, sur le bureau de Maryse, atterrit, emballée dans du papier-cadeau, une pierre. Un petit cadeau de l’opposition.

19h49

Chorro, démago  : «  Hervé, tu vas t’épuiser à t’énerver comme ça  !  » Guerrera  : «  Je suis d’un calme olympien, comme on dit à Marseille.  » Chorro, agacé  : «  Que vient faire Marseille là-dedans  ?  » Guerrera  : «  On est voisins, non  ?  »

19h50

De la bastide à la baston, il n’y a qu’un pas. «  Vous n’avez aucune stratégie urbaine. Il n’y a toujours pas de SCOT ni de PLU (NDLR Schéma de cohérence territorial  ; Plan local d’urbanisme). Il n’y a pas de vision d’ensemble. Vous ne faites que boucher des trous  », tonne «  Medve  ». Crâne chauve et voix grave, Alexandre Gallèse, en charge de l’urbanisme, lui explique que non, que c’est compliqué mais «  on serait à votre place, on dirait la même chose  »

20h13

Peretti enfonce le clou  : «  La question posée est fondamentale. Veut-on un urbanisme populaire, mixte, élitiste  ? Quelle est votre projet de ville  ?  » Guerrera embraye  : «  Nous avons des visions divergentes. La vôtre est obsolète. Vous voulez 80 % d’étalement et 20 % de renouvellement alors que c’est l’inverse qu’il faudrait faire  !  »

20h39

Bramoullé, impérial  : «  Le Scot, le PLU, ça sert à rien et c’est très compliqué. De toute manière, tout cela sera réglé d’en haut, par la métropole. Ce sera un Scot impératif, digne de la planification soviétique.  » Bronca générale.

20h40

«  Medve  » se contient à peine  : «  Vous ne pouvez pas dire que le Scot et le PLU, ça ne sert à rien  ! C’est la négation de la loi  ! On ne vous parle pas de planification soviétique mais de prévoir l’avenir.  » Peine perdue. Ça vote au pas de charge. Un journaliste pressé oublie, au fond d’un paquet de bonbons, un crocodile. Dans un concert de bâillements, François, lui, retient une larme.

20h47

Dans l’indifférence générale et au fond de la salle sont projetées des images de MP2013. Joissains mère et fille n’étant pas là, la signature de la «  convention cadre  » n’est même pas abordée. Pour Hamy et Peretti, l’annulation de l’expo Camus est un «  énorme gâchis  ». Et de dénoncer la vision d’un «  Camus aseptisé  », «  défiguré  », «  dénaturé  ». Bramoullé  : «  Si l’exposition a été annulée, c’est à cause de la ministre.  » Guerrera ironise  : «  C’est la faute aux soviets…  »

21h00

Guerrera s’installe à la place d’Agopian. Qui menace  : «  Tu dégages ou tu vas te prendre un coup de tête…  » Les derniers points sont votés sans débat, dans le brouhaha. «  Allô  ?  », lance Chorro dans son micro.

21h07

Le conseil est levé, le projecteur est rangé. Tout le monde est parti manger au rez-de-chaussée. Sauf François qui reste seul, droit et digne, figé sur son poster déjà élimé.

Sébastien Boistel

Aix-en-Provence (13)


141 895 habitants (2009)
3 fleurs « villes et villages fleuris »
61 caméras de vidéosurveillance
19,1 % de logements sociaux (2011)
14,55 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012
Le maire : Maryse Joissains (UMP), maire depuis 2001 (et députée de 2002 à 2012). 70 ans. Avocate.
La majorité : un groupe de 42 conseillers municipaux de la liste « Ensemble pour Aix et le pays d’Aix »
L’opposition : 13 élus, se partageant entre la liste « Tous unis pour Aix » (menée par le socialiste Alexandre Medvedowsky mais où l’on trouve deux Modem, notamment François-Xavier de Peretti) et le tout nouveau groupe « Agir pour Aix » (créé par le socialiste Jacques Agopian juste après notre test du conseil municipal), les trois représentants EELV étant, eux, autonomes.
Le conseil municipal soumis au test du Ravi
Durée : 3 heures.
Présents : 39 élus de la majorité et 10 élus d’opposition
Temps de parole cumulé de l’opposition : 1h20.
Le public : 20 personnes au début, cinq à la fin.
Les journalistes : Sept au début, un à la fin.

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