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Un dimanche chez les mormons

le 15/01/2013

Déclarant plus de 30 000 fidèles en France et 3 000 dans la région, « l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours » est une minorité religieuse. Reportage à Aix-en-Provence, loin des USA de Mitt Romney, le candidat mormon républicain battu à la présidentielle américaine.

Au pupitre, une main s’élève. Sous un haut plafond immaculé, guidées par les premières notes de piano, les rangées de chemises, de cravates et de tailleurs entonnent le cantique 118 : «  Il est une colline au loin, hors murs d’une cité, où fut crucifié Jésus Christ pour notre iniquité...  » Le livre de chants est édité par l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours, Salt Lake City. Nous ne sommes pourtant pas dans l’Utah, mais à Aix-en-Provence, bien que l’allure architecturale du bâtiment, ses fonds baptismaux à l’entrée, son parking au goudron neuf, ses lithographies figurant des scènes bibliques aux tons kitsch, tout comme le solennel portrait des trois chefs religieux du mouvement, rappellent immanquablement les États-Unis. Pays où Joseph Smith a reçu en 1830 les plaques d’or qu’un ange lui a confiées, avant de fonder le mormonisme, de se lancer en politique, et d’être lynché par une foule hostile en 1844.

Comme à Marseille, Nice, Toulon, Avignon, Gap, Manoque, Vitrolles ou Saint Raphaël, les fidèles se sont rassemblés pour prier et participer à «  l’école du dimanche  » où enfants, adolescents et adultes découvrent les fondements théologiques hebdomadaires du mormonisme. «  Nous te remercions Père céleste de pouvoir vivre dans un pays de Liberté  », louent en cette messe dominicale 80 fidèles, avant de communier. Le café, le thé, le tabac étant prohibés comme l’alcool, ce sont donc en guise de corps et de sang du Christ des plateaux de pain de mie émietté qui circulent. Suivis de petits dès à coudre en plastique contenant... de l’eau plate.

« Je n’ai pas bu un verre d’alcool depuis ma conversion en 1968, et ça ne m’a jamais frustré, témoigne dans un sourire Jacques Faudin, chef d’entreprise à Gémenos. Au restaurant, je n’ai perdu qu’une seule affaire sur des centaines, et c’était avec un alcoolique.  » Outre son rigorisme alimentaire et moral, le mormonisme est avant tout un mouvement religieux rassemblant un grand nombre d’élites économiques, politiques et médiatiques à travers le monde. « Nous sommes le peuple le plus diplômé du monde  » se félicite Jacques Faudin. En effet, les préceptes religieux incitent à la réussite sociale et aux brillantes études. Ce matin à Aix, outre des avocats, un anesthésiste, des commerçants et chefs d’entreprises, un DRH de chez Veolia proclame sa foi dans les révélations de Joseph Smith, le présumé prophète pour qui richesse et vertu étaient indissociables. «  Les mormons, à la différence de la plupart des grandes confessions protestantes, n’ont guère d’états d’âme vis-à-vis de la richesse  », explique le journaliste d’Harper’s, Chris Lehmann. «  Le mormonisme, c’est l’éthique protestante du capitalisme dopée aux stéroïdes  », ajoute quant à lui Mark Skousen, économiste à l’université de Grantham.

Bien malgré elle, la religion made in USA continue de véhiculer le cliché de la polygamie. Un mythe : «  En France, le mormonisme n’est plus une secte depuis longtemps. Ils ne pratiquent plus la polygamie depuis le XIXème siècle  », assure le député Georges Fenech (UMP), ex-président de la Miviludes (1). Moins drôle, sa «  jeunesse vertueuse » s’engage à rester chaste avant le mariage. Clémentine, jolie étudiante blonde au regard pétillant originaire du Sud Ouest, est venue à Aix pour faire son master de droit. «  J’ai eu plusieurs petits copains et tous sont partis au bout d’un moment car ils ne comprenaient pas mon choix. Mais c’est mon choix  », affirme-t-elle, docte et joyeuse, à l’unisson avec un autre jeune étudiant mormon en école de commerce.

Devenu le symbole de la compatibilité des valeurs mormones à celles de la droite américaine, beaucoup évoquent Mitt Romney, le businessman dont la fortune personnelle est estimée à 220 millions de dollars, qui brigue désormais la Maison Blanche (cet article a été rédigé avant les élections américaines de 2012). Qu’en pense le jeune missionnaire Elder Fitch, originaire de l’Utah, et chargé du prosélytisme de rue ? Dans son costume-cravate garni d’un badge, il est formel : «  Mitt Romney, c’est bien, oui. Mais ce n’est pas Mitt Romney qui va nous sauver. C’est Jésus Christ.  »

Jean-Baptiste Malet

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(1) Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

@-Leravi - http://www.leravi.org