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Les libraires veulent rester à la page

le 30/01/2013

Face à la vente en ligne et la concurrence des grandes enseignes, les librairies indépendantes tirent la sonnette d’alarme.

Dans notre palmarès des villes à fuir 2012 (pour l’édition 2013, lire ici), Martigues avait perdu quelques places, notamment parce qu’elle ne comptait qu’une seule librairie, l’Alinéa. La mairie avait botté en touche, en arguant que cela relevait « de l’initiative privée ». Pourtant, certains de ses décisions ne sont pas sans incidence sur ce type de commerce. Ainsi, au nom de l’emploi, la municipalité soutient l’extension d’un centre commercial. Et donc l’installation d’une grande enseigne culturelle, de type « Cultura ».

Voyants au rouge

Alors que plusieurs recours sont en cours d’instruction, à l’Alinéa, on ne cache pas son inquiétude. Pour Romain Neiller, de l’association Les centres doivent vivre, la mairie est « schizophrène ». « D’un côté, elle injecte de l’argent pour soutenir le centre-ville, déplore-t-il. Et de l’autre, elle soutient l’extension du centre commercial alors que cela va directement impacter les commerces du centre. » Un point de vue partagé par l’Agence régionale du livre : « L’installation d’une telle enseigne aura forcément un impact négatif sur l’Alinéa »

En atteste le colloque qui s’est tenu fin octobre à Toulon, les librairies sont en effervescence.

«  L’an dernier à Lyon, aux rencontres nationales de la librairie indépendante, une étude a révélé que, dans le secteur, le bénéfice moyen représente 0,3 % du chiffre d’affaires, explique Nadia Champesne, présidente de l’association Libraires du Sud et gérante de la librairie marseillaise Histoire de l’œil. En clair, sur 100 000 euros de ventes, il ne reste que 300 euros. Comment s’étonner de voir des libraires se payer en deçà du Smic ou des librairies fermer du jour au lendemain, comme à Aubagne ? » D’où ces rencontres régionales qui ont dressé un état des lieux selon lequel, en Paca, pour les librairies indépendantes, tous les voyants sont au rouge : « problèmes de trésorerie, créances clients importantes, recours aux banques délicat, loyer et transport en augmentation, vente en baisse… »

Emblématique de cette situation, la librairie de l’Arbre, fondée il y a un an à Marseille par Xavier Pène qui a, en quelque sorte, pris le relais de la défunte Païdos dans le domaine du livre politique : « Avec 2000 euros par mois de chiffre d’affaire et un loyer de 600 euros, je ne tiens que grâce au soutien de ma famille et je n’ai pour vivre que le RSA. » Ce qui ne l’empêche pas de multiplier les initiatives, débats, expos, ateliers d’écriture… « Et malgré cela, constate-t-il, le ministère de la Culture vient de refuser de m’attribuer le label de librairie indépendante… »

Des aides marginales

De fait, aujourd’hui, c’est le règne de la débrouille. Ainsi, Transit, une librairie militante, a fait le choix de l’itinérance : « Cela nous permet d’économiser un loyer et d’aller là où le livre n’est, d’ordinaire, pas présent. On cherche néanmoins un local. Parce que, pour une librairie, c’est vital, estime Michel Touzet, le seul salarié (en contrat aidé) de cette librairie associative. Nous pratiquons avec certains petits éditeurs le dépôt-vente. Ça leur donne une visibilité. Et on ne paye que ce que l’on vend. »

Pourtant, en Paca, on compte près de 200 librairies indépendantes (38 % dans le « 13 », 18 % dans le « 83 », 15 % dans le « 84 ») qui réalisent, avec 500 équivalents temps plein, près de 100 millions d’euros de chiffres d’affaires. « Comme une bonne partie des librairies sont en zone péri-urbaine ou rurale, le coût et les délais de transports sont très importants, note Nadia Champesne. Face aux sites de vente en ligne, on est donc en première ligne. Notre région, contrairement à d’autres, n’aide pas, sinon à la marge, le livre. Parce que c’est une activité commerciale. Alors qu’on remplit, de fait, une mission de service public… » Peut-être faudrait-il suggérer aux politiques de relire le chef-d’œuvre de Bradbury, Fahrenheit 451 ? Mais, comme nous le dit, sous couvert d’anonymat, un libraire : « Si nos élus étaient des amateurs de livres, ça se saurait… »

A Toulon, la profession a donc plaidé pour la mise en place d’un « fonds de soutien à la trésorerie », un encadrement des « loyers », des aides pour « l’emploi » et, à terme, une plate-forme régionale de stockage afin de réduire les délais. Mais, en ces temps de crise, certains craignent que le ministère de la culture se contente du retour à la TVA à 5,5 %. Soupir d’un libraire : « En gommant l’augmentation imposée par Sarkozy et pour à peine 60 millions d’euros, le gouvernement pourra se targuer d’avoir tenu une promesse de Hollande et d’avoir sauvé les libraires. Sauf que nous, ces 60 millions, on n’en verra jamais la couleur. »

Sébastien Boistel

Comme Transit, L’Alinéa à Martigues, Histoire de l’œil et la librairie de l’Arbre à Marseille distribuent le Ravi. Pour la liste des marchands de journaux et des autres lieux qui diffusent le mensuel, c’est ici.

@-Leravi - http://www.leravi.org