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« C’est bon, on arrête là ? »

Conseil communautaire du Grand Avignon du 10/12/2012
le 31/01/2013

En décembre, le Ravi a "testé" le conseil communautaire du Grand Avignon (84) dont nous publions ci-dessous le résultat. Dans notre numéro de février, actuellement chez les marchands de journaux en Paca, notre "contrôle technique de la démocratie" est consacré au conseil municipal de la Seyne-sur-Mer (13)...

Devant la salle polyvalente de Saint-Saturnin-lès-Avignon, une soixantaine de militants du collectif de l’eau du Grand Avignon donnent de la voix : « Votez pour la régie publique ! »Emmené par Marcelle Landau, petit bout de femme septuagénaire, le collectif veut faire entendre raison aux 100 élus de la communauté d’agglomération du Grand Avignon (Coga). Ils doivent voter ce soir une délibération acceptant par principe la reconduction de la délégation de service public de la gestion de l’eau pour trois communes. Aujourd’hui, trois sociétés privées se partagent le gâteau de l’eau : Veolia, la SAUR et la SDEI (filiale de la Lyonnaise des eaux).

17h50

La salle se remplit peu à peu. Au fond, la tribune de la présidente et de ses 19 vice-présidents (VP dans le jargon) tourne le dos à une scène habillée d’un rideau rouge. Sur l’estrade, un grand bouquet de fleurs blanches.

17h51

D’après un confrère de la presse locale, les journalistes ont été conviés un peu plus tôt à un point presse exceptionnel. « Ils ont voulu faire de la pédagogie sur cette question de l’eau  », explique-t-il. Le titre du dossier de presse distribué par la Coga est limpide : « Eau du Grand Avignon : des choix raisonnés et transparents.  »

17h53

La présidente Marie-Josée Roig, Madame le maire d’Avignon, fait son entrée. Tailleur noir et teinture auburn foncé comme pour cacher le temps qui passe. Avec un rouge à lèvres passé, elle claque quelques bises.

18h04

Le directeur de la communication de la Coga s’installe à côté du journaliste du Ravi. Il s’excuse pour ne pas avoir invité le journal satirique au point presse précédent : «  Désolé, on vous a zappé, vous n’êtes pas dans notre liste habituelle de contacts.  »

18h07

Avant que la séance ne débute, une délégation du collectif de l’eau apporte une pétition de plus de 700 signataires à Marie-Josée Roig. Une discussion informelle, mais de sourds, débute sur fond de débat éternel concernant le prix de l’eau. « Je veux le meilleur service pour le meilleur prix. Je n’engage pas mon avis personnel sur cette question », affirme la présidente.

18h19

Boum ! La séance commence avec 19 minutes de retard.

18h21

Le local de l’étape et maire divers gauche de Saint-Saturnin, Bernard Goudon, a le privilège d’inaugurer ce conseil communautaire. Costard noir et cravate mauve serrée jusqu’à l’étouffement, son double menton et son léger embonpoint lui donnent des airs de Brice Hortefeux mâtiné de Philippe Bouvard. Le bouquet, c’est un cadeau pour«  notre présidente » qui confirme son goût pour les fleurs blanches. Ça n’a jamais fait de mal de fayoter un peu.

18h55

Aussi âgé que dégarni, le premier vice-président et maire UMP du Pontet, Alain Cortade, prend la parole pour faire voter quatre délibérations concernant les finances de l’agglo. Débit très rapide et voix nasillarde, on ne comprend rien ou presque. Toutes votées à l’unanimité.

19h08

François Leleu, élu avignonnais chargé des questions de transports, présente une délibération sur la sécurité dans les transports en commun. Les yeux comme des billes, il annonce l’embauche de trois agents mobiles pour assurer la sécurité sur le réseau. Coût : 155 000 euros par an, répartis entre la Coga et la TCRA, la société de transports, filiale de Veolia, tiens, tiens… Votée à l’unanimité. Jusqu’ici tout va bien.

19h12

Délibération n°32. Les choses sérieuses commencent. Elle concerne la confirmation de la délégation de service public (DSP) de la gestion de l’eau pour la seule ville d’Avignon jusqu’en 2020, soit un contrat de 35 ans. Une durée devenue illégale, ce que le collectif de l’eau ne manque pas de rappeler. Alors qu’Alain Cortade commence à prendre la parole, les soixante-dix militants se lèvent en chœur, brandissant des pancartes : « L’eau est à tous, exigez maintenant la régie !  »

19h13

Alain Cortade argumente. En se basant sur l’arrêt « Olivet » rendu en 2009 par le Conseil d’Etat, briser le contrat de DSP obligerait la collectivité - et donc les usagers - à payer une indemnité de près de 15 millions d’euros. Et puis le prix de l’eau à Avignon reste très raisonnable : 2,52 euros le m3 comparé à une moyenne nationale de 3,62 euros. On rigole dans la salle. Mme Roig reprend la main : «  Je conviens que 35 ans est une durée excessive. Mais notre choix n’est pas idéologique. Je n’ai qu’un seul souci : défendre l’intérêt des usagers.  »

19h24

Guy Moureau, maire PCF d’Entraigues-sur-la-Sorgue (commune concernée par la réattribution du contrat de DSP en 2013) et pro-régie, prend la parole. La tête enfoncée dans sa veste marron, il explique que les employés du service public ne sont pas moins efficaces que ceux des multinationales, comme le prétend pourtant le rapport commandé par la Coga. «  L’eau est un bien commun et non une source de profit  », martèle l’élu. Hourras assurés. La présidente rappelle au public qu’il n’a pas le droit d’intervenir pendant la séance.

19h34

Le maire PS de Morières-lès-Avignon, Joël Granier, dont la commune est également concernée, prend la parole. Il s’en prend lui aussi à l’étude commandée par le Grand Avignon : «  Elle banalise l’eau comme un produit relevant uniquement d’un marché concurrentiel. » Les élus de droite s’agacent : « Bouuh  », « C’est ça, ouais, ouais »… Derrière, le collectif applaudit. La présidente lance un dernier avertissement ou elle fait évacuer la salle.

19h41

Réponse du berger à la bergère. Patrick Vacaris, maire UMP de Rochefort du Gard et compétent en matière d’assainissement, kinésithérapeute propre sur lui, maintient «  qu’écarter la DSP se révélerait être une erreur historique pour les usagers ». Il rappelle que les délibérations de ce soir n’engagent pas la Coga, mais qu’elles autorisent l’agglo à négocier avec les multinationales, et donc à faire monter les enchères. « Nous sommes là pour défendre l’intérêt des usagers et non pour faire émerger une tribune politique. Le collectif, je l’aime bien mais il fait des amalgames.  » Les intéressés n’ont pas l’air convaincu.

19h47

Alain Cortade, passablement agacé : « C’est bon, on arrête là ?  » On procède au vote pour les délibérations 33, 34 et 35. 12 élus sont contre.

19h54

Tous les militants ont déserté.

19h58

Dernières délibérations au sujet du projet de tramway, « le GRAND projet pour le grand Avignon », dixit Marie-Josée Roig. Ou plutôt le grand projet pour sa réélection à la mairie ?

Clément Chassot

Grand Avignon


-180 893 habitants
- 13 communes réparties entre le Vaucluse et le Gard
- 24,5 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012

La présidente :
Marie-Josée Roig (UMP), présidente de la Coga depuis toujours (2001), maire d’Avignon depuis 1995, députée de 1993 à 1997 et de 2002 à 2012. Professeur de lettres, 73 ans.

Le conseil communautaire :
100 élus. Trois des treize communes sont dirigées par un maire de gauche.

Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
Durée : 1h44
Le public : 90 personnes au début, dont 70 militants. 30 à la fin.
Les journalistes : 10 au début, 7 à la fin.

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