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Le solaire chauffe… les esprits

le 4/02/2013

Le site remarquable de la Sainte-Baume est au centre d’une bataille entre le maire du Plan d’Aups, qui veut y installer du photovoltaïque, et des associations de défense de la nature…

«  Les procès d’intention et les rancœurs politiques viennent de personnes battues à deux reprises aux municipales. Ces gens ne seront jamais élus car ils sont toujours négatifs !  », s’énerve Vincent Martinez. Le maire sans étiquette du Plan-d’Aups-Sainte-Baume (83) estime qu’on s’acharne sur lui alors qu’il ne veut que le bien écologique de sa commune. Motif de la grogne ? Des panneaux photovoltaïques. En 2009, il voulait positionner une centrale sur 23 hectares du Plan des Vaches, dans le prolongement des fameuses Crêtes de la Sainte-Baume. «  Le maire a été contraint d’abandonner suite à l’opposition des services de l’Etat et à une forte mobilisation puisque notre pétition a réuni 5500 signatures  », précise Sylvie Coulomb. Trésorière de l’association Objectif PNR (Parc naturel régional), membre de l’association «  Vivre, Partager et Raisonner en Sainte Baume  » (VPR), elle s’est aussi présentée aux municipales de 2008 contre Vincent Martinez. Pour Pascal Reinette, président d’Objectif PNR, «  ce projet n’est pas abandonné, mais seulement en sommeil  ».

Le PLU ne plaît pas

Officiellement, il est toujours question d’une centrale mais seulement de 9 hectares et désormais située sur un terrain communal des Adrets de la Lare. Les associations protestent à nouveau. Leur pétition en ligne recueillait fin décembre moins de 400 signatures et dénonce toujours l’impact visuel des panneaux photovoltaïques au cœur du parc naturel régional en création. «  On confond le concept et l’application du concept sans discernement, s’indigne Pascal Rainette, aussi guide de montagne. Qui est contre les énergies douces ? Personne ! Mais pourquoi mettre des panneaux photovoltaïques sur un site remarquable et sacrifier des espaces naturels riches en biodiversité ? On conçoit la nature comme utilisable à l’infini. Ça ne viendrait pourtant à l’idée de personne de recouvrir la cathédrale de Chartres de panneaux !  »

Les modifications du Plan local d’urbanisme (PLU) - l’enquête publique se clôture le 18 janvier - pose problème à VPR : « Quel intérêt de morceler l’espace agricole ? A moins qu’on envisage à terme de déclasser ces terres pour laisser le champ libre à de nouvelles constructions... » En 2011, le Tribunal administratif de Toulon avait donné raison à l’association en annulant le PLU, version 2008, qui visait à urbaniser les Adrets et les Amoures. La chambre d’agriculture n’avait pas été avisée dans les délais de cette révision et les documents graphiques soumis à l’enquête publique étaient inexacts. En 20 ans, le village s’est transformé en petite ville, passant de 361 habitants en 1990 à 1439 en 2012. «  Il faudrait freiner tous ces projets farfelus, tous ces lotissements, soupire une habitante. Et respecter enfin la nature et la beauté des choses.  »

Pétri de bonnes intentions

La future centrale devrait rapporter 95 000 euros par an au Plan d’Aups. « Je ne suis pas un collecteur d’impôts, précise Vincent Martinez, cet argent servira la commune. » Mais il insiste surtout sur la cohérence et la continuité de la transition énergétique qu’il promeut depuis des années : chaufferie collective fonctionnant avec de la plaquette forestière, maisons en ossature bois ou équipées de photovoltaïque. « Nous avons aussi créé une station d’épuration biologique, la seule en Europe, se félicite le maire. Notre commune est considérée comme une référence nationale en matière de développement durable. »

Philippe Chesneau, co-président du groupe Europe écologie les verts au Conseil régional, reconnaît les efforts du Plan d’Aups. «  Le vrai problème, c’est l’impact paysager. Dans les villes c’est plus simple : on peut mettre les panneaux sur les toits et il n’y a pas de déperditions puisque l’énergie est utilisée sur place. Au Plan d’Aups, le terrain communal choisi n’est pas fertile. Rien n’empêche de le mettre en pâturage une fois la centrale photovoltaïque installée. Le plus important, c’est que le dialogue s’installe entre le maire et les habitants, pour décider ensemble. » Sauf que Vincent Martinez est plus connu pour ses gueulantes que pour sa diplomatie. «  La Région m’a pris pour un couillon, et on ne me prend pas pour un couillon deux fois !  », avait-t-il lancé, en mars dernier, après sa non-élection à la présidence du syndicat mixte du futur PNR. Autant dire que le « dialogue » s’annonce musclé…

Samantha Rouchard

Energies : Quelle transition ? Dans le Ravi n°104, daté février 2013, actuellement chez les marchands de journaux, 5 pages d’enquêtes sur la problématique de la transition énergétique... Pour en savoir plus, lire ici.

@-Leravi - http://www.leravi.org