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L’industrie verte se rêve en carburant économique

le 23/02/2013

L’écologie est-elle l’avenir de l’industrie ? Le capitalisme vert est-il un nouveau délire productiviste ? Les projets « durables » foisonnent dans la région…

Pôles de compétitivité, PME innovantes subventionnées, SCOP dynamiques… Sophie Camard, conseillère régionale Europe Ecologie – Les Verts (EELV), présidente de la commission emploi économie recherche, y croit dur comme fer : «  Le potentiel est là.  » Elle recense nombre d’initiatives et de procédés innovants. Définir «  l’économie verte  » n’est pas simple mais on peut déjà distinguer l’industrie verte (fabrication) et l’écologie industrielle qui a pour but de verdir l’industrie traditionnelle.

C’est le cas de ce projet un peu fou, porté par Risques, un des neuf pôles de compétitivité que compte la région : le programme Vasco. Encore dans une phase d’étude, il a pour ambition de capter, grâce à d’imposantes membranes, le CO2 rejeté par les cheminées de la quarantaine de sites industriels entreposés entre Beaucaire, l’étang de Berre et Gardanne (13). Cela pour le valoriser en évitant qu’il ne se volatilise dans l’atmosphère. Entre autres possibilités, ce CO2 pourrait être stocké dans les salins de Camargue et servir à la culture d’algues dont les huiles permettraient de fabriquer du biocarburant (sic).

«  Du biocarburant aux algues dans un laboratoire  »

Une idée que développe par ailleurs Trimatec, un autre pôle de compétitivité régional. «  On sait fabriquer du biocarburant grâce aux algues sur un bout de table de laboratoire, mais pas à grande échelle, explique Laurent Stavaux, le directeur du pôle. On arrive aujourd’hui à un litre de carburant à 2,5 euros. L’objectif est d’atteindre 0,5 euro. Mais il y a un an, on en était à 5 euros. Je pense très sérieusement, grâce à un bond technologique, qu’on y parviendra dans une dizaine d’années.  » En attendant, ces algues servent à confectionner des produits cosmétiques ou pharmaceutiques bio. La création d’une usine dans le grand sud-est prévue pour 2015 avec 500 emplois à la clé, soit un huitième ce que représente la pétrochimie dans la région en termes d’emplois directs.

Une flopée de PME s’est positionnée sur le créneau de l’industrie verte, souvent dans la technologie de pointe. C’est le cas d’Electravia, petite entreprise de quatre salariés basée à Sisteron (04), qui développe des moteurs électriques pour avions de tourisme. Mais tributaire de la seule société au monde capable de produire des batteries adéquates, Kokam en Corée du Sud, Electravia n’a pas vocation à grandir tant que la technologie ne sera pas améliorée. «  La concurrence permettrait de faire baisser les coûts, indique la responsable Anne Lavrand. Les batteries ne sont pas encore assez performantes pour faire voler des gros porteurs. Seule une multinationale aux reins solides serait capable de développer cette technologie.  » Autre exemple de la difficulté de relocaliser : un projet d’éoliennes flottantes au large de Fos-sur-Mer (13) est prévu pour 2015. Seront-elles fabriquées en Paca ? Rien n’est moins sûr.

«  Le gouvernement devrait bientôt envoyer un signal fort à la filière à l’instar de ce qu’a fait l’Allemagne, pour que les industriels aient une véritable visibilité économique  », espère François-Michel Lambert. Pour le nouveau député EELV de Gardanne, c’est l’absence de volonté politique du gouvernement Fillon, notamment son volte face concernant le photovoltaïque, qui aurait fait échouer le projet de vallée verte dans le val de Durance, pourtant promis à un brillant avenir. Où trouver l’argent pour conforter la filière verte ? «  Il suffit de réaffecter les fonds déjà existants, est convaincu François-Michel Lambert. Comme les 400 millions d’euros que perd l’Etat sur la défiscalisation du diesel pour les flottes automobiles d’entreprises.  » Facile !

Clément Chassot

@-Leravi - http://www.leravi.org