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La révolution en bas de chez soi

le 28/02/2013

Stéphane Hessel laisse dans son sillage de nombreux "indignés". Rebutés par les partis et syndicats, tous les jeunes n’en ont pas moins perdu l’envie de changer le monde. Ils expérimentent des formes nouvelles avec des points communs : échelle locale, voie professionnelle et… patience.

Dans les années 80 et 90, les jeunes étaient montrés du doigt par la génération 68 comme incapables de se mobiliser, de défendre des idéaux… De faire comme eux en somme ! Leurs enfants n’avaient qu’une idée en tête : jouir en consommant. La donne change-t-elle avec les jeunes d’aujourd’hui ? «  L’arrivée d’Internet dans leur vie quotidienne a largement redistribué les cartes, affirme Mohammed Bensaada, qui a vu passer dans son association « Quartiers Nord, quartiers forts » bon nombre de jeunes Marseillais depuis vingt ans. Le Web bouscule la façon dont ils construisent leur rapport au monde. Avant, TF1 délivrait la pensée unique. Aujourd’hui, les sources d’infos sont démultipliées, et les cerveaux se sont remis en route en étant obligés de sélectionner les infos. Mais les jeunes n’en sont pas encore arrivés à passer à l’acte  !  »

Duval MC fait partie de ceux qui ont pris acte. Le rappeur de l’Estaque sort son deuxième album, État second, à raison d’un titre à télécharger gratuitement chaque mois. «  Ce n’est pas seulement une façon différente de le faire connaître, explique-t-il. C’est surtout une manière de régénérer mon travail par un contact direct avec le public plutôt que de passer par une maison de disque qui pense plus à ses marges qu’à la musique. C’est aussi un moyen de faire passer mes messages d’artiste et de citoyen engagé.  » Né à Fos, voici trente-trois ans (déjà vieux !), Duval MC truffe ses textes de références écologiques, d’égalitarisme, d’internationalisme, d’antiracisme. Un petit choc dans le monde du rap. «  C’est ma façon de militer, sourit celui qui n’a jamais pris sa carte dans un parti ou un syndicat. Je vote, mais c’est bien mon acte le moins politique.  »

«  Je vote, mais c’est bien mon acte le moins politique  »

Pierre Isnard-Dupuy, vingt-cinq ans, ne vote plus, lui. «  Depuis que je suis né, la droite et la gauche se sont succédé et rien n’a vraiment changé.  » À l’origine de sa désillusion, ses premières expériences militantes à la fac d’Aix-en-Provence : «  J’ai été chez Sud puis à Fac verte, j’étais à fond pendant la lutte contre le CPE [Contrat Première Embauche, NDLR] en 2006. Mais au final, j’ai senti que même dans ces organisations étudiantes, l’appareil domine les mouvements plutôt qu’il ne les sert. Les partis politiques, c’est pareil, il suffit de voir ce qui se passe à Marseille en ce moment avec l’affaire Guérini ou FO.  » Mais Pierre n’a pas réussi très longtemps à refouler son militantisme. En 2009, il commence à s’investir dans l’antenne aixoise de Radio Zinzine. «  Au début, j’ai fait des émissions, puis je suis devenu administrateur pour finir trésorier. Je voulais participer au sauvetage de cette radio, un vrai espace de liberté. Mais je finissais par me perdre dans ce combat.  » Aujourd’hui, comme un vieux briscard, Pierre effectue un petit retour sur soi. «  J’ai redéfini mes priorités  : militer oui, mais pour une action locale que je maîtrise. Voilà pourquoi j’ai décidé, avec quatre amis, de m’installer à Aubagne en colocation pour y développer des projets liés à l’agriculture et à la culture, mais à l’échelle du quartier.  »

Un parcours similaire à celui de Maïté Martinez. Elle devient l’une des leaders contre la loi Fillon en 2004 (1) dans son lycée de Digne-les-Bains (04). Plus tard, à la fac, on la surnomme « madame LRU » (2) ! «  J’ai failli adhérer aux Jeunesses communistes, mais la logique de parti ne me convient pas. Je préfère le monde associatif, plus ouvert.  » Elle prend la tête de l’association des étudiants de géographie à Marseille, avec laquelle elle monte débat sur débat. Mais c’est finalement dans son cursus qu’elle trouve vraiment sa voie révolutionnaire. «  Pour mon mémoire, j’ai passé des mois à travailler sur les marchés paysans et les circuits courts. C’est clairement politique  : on lutte contre le système de consommation de masse, on valorise le travail des indépendants et on redonne le goût et la sécurité aux consommateurs. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais la révolution est en marche. Il suffit d’être pertinent et patient.  »

Stéphane Sarpaux

(1) Relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social.
(2) Loi LRU, en 2007, relative aux libertés et responsabilités des universités (dite aussi « loi Pécresse »).

@-Leravi - http://www.leravi.org