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« A la Préhistoire, le logement était gratuit »

le 15/03/2013

La trêve hivernale des expulsions est repoussée de 15 jours en raison du mauvais temps. Une décision de Cécile Duflot, ministre du logement. Mais le 31 mars, nombre de mal logés risquent de se retrouver à la rue. Comme Hélène, son frère et leurs mères de 83 ans, à Auriol (13). Un témoignage publié dans notre cahier spécial, "le Ravi expulsé de la crèche" , réalisé avec la fondation Abbé Pierre.

«  Selon Jack London, à la Préhistoire, le logement et la nourriture étaient gratuit. Depuis, le « progrès » est passé par là… Le tournant, pour nous, ça a été 1981 avec la fin de la loi de 1948 (1). Depuis, nous en sommes à notre troisième expulsion ! J’habite aujourd’hui dans une maisonnette entourée d’un champ à Auriol que mes parents, suite à un petit héritage, ont acheté pour y loger la famille. Mais suite au décès de mon frère, mon père est tombé en dépression. Alors qu’il ne restait que quelques dizaines de milliers d’euros à payer, il a laissé la maison se vendre aux enchères pour une bouchée de pain à un marchand de biens dont la spécialité est de racheter à bas prix des locaux occupés pour ensuite se débarrasser des habitants et les revendre dix fois plus cher.

Il a d’abord accepté que l’on continue à occuper les lieux, moyennant le paiement en liquide et sans quittances d’un loyer de 3000 francs. Au bout de trois ans, il nous a attaqués pour loyers impayés. Depuis, les procédures n’ont jamais cessé. Mon père est mort en 2005 après que le propriétaire ait réussit à faire réévaluer le loyer au triple de la somme initiale et exigible de façon rétroactive sur cinq ans. Il a obtenu un jugement d’expulsion en mars pour loyers impayés bien que nous continuions à régler le loyer initial. Mais comment pourrions-nous payer plus ? Mon frère et moi, nous vivons avec le RSA santé et ma mère n’a que 900 Euros de retraite. Normalement le logement étant reconnu insalubre par l’Agence Régionale de santé, ce serait au propriétaire de nous reloger et de nous indemniser.

Ma mère a 83 ans : en octobre, lorsqu’elle a su que le tribunal voulait nous expulser, elle a fait un arrêt cardiaque. Si l’on la jette à la rue, elle n’y survivra pas. Nous avons écrit au ministère de l’Intérieur, à la ministre du Logement, au député de la circonscription, au maire... Les rares réponses restent évasives. De plus comme nous n’avons pas de quittance, nous ne pouvons toucher l’aide au logement et cela nous prive de toute attribution d’un logement social. Notre défense devant les tribunaux est difficile car peu d’avocats acceptent l’aide juridictionnelle.

Il y a un an, une mère de famille s’est défenestrée lorsque l’huissier est arrivé pour l’expulser. Mais cette situation ne cesse de renforcer mon envie de me battre. Pas seulement pour nous mais aussi pour ceux qui ne peuvent pas le faire. La prétendue pénurie de logements est une imposture ! La solution, ce n’est pas de bétonner davantage. Des logements à louer existent. Seulement, la libéralisation des loyers les a rendus inabordables. Pour que le droit au logement soit effectif, une volonté politique réelle suffirait.

Rendez-vous compte ! Les esclaves étaient nourris et logés, au Moyen-âge la terre était inaliénable et aujourd’hui, où les richesses accumulées n’ont jamais été aussi grandes, des milliers d’hommes de femmes et d’enfants vivent dans la rue ! Le progrès est passé par là… »


« le Ravi expulsé de la crèche », cahier spécial de 8 pages, dans le Ravi n°105, daté mars 2013, en vente chez les marchands de journaux en Paca.

A lire aussi, notre article de présentation du cahier "le Ravi expulsé de la crèche"...

@-Leravi - http://www.leravi.org