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De l’eau potable sur la voirie

le 21/03/2013

Le 22 mars, c’est la journée mondiale de l’eau... Gaspillant 4 millions de m3 d’eau potable pour nettoyer ses rues, la cité phocéenne tarde à se mettre au nettoyage à sec. Comme le pratique Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes.

Après avoir crocheté l’une des 7700 bouches de lavage, avec sa clé de 17, le cantonnier marseillais ouvre les vannes, le temps d’un coup de balai. Et parfois, d’une nuit ou d’un week-end. En 2010, d’après le rapport de la Société des eaux de Marseille (SEM) pour l’agglomération Marseille Provence Métropole (MPM), il a été consommé pour le nettoyage de la voirie plus de 3,6 millions de m3. Mais la SEM, qui a évalué l’an dernier les «  volumes non comptabilisés  », estime la consommation réelle comprise entre 4,8 et 7 millions de m3.

Aujourd’hui, MPM paye cette eau 700 000 euros, soit 20 centimes le m3. Jusqu’à ce que la loi sur l’eau impose le contraire, en 2008, elle était gratuite ! «  Cela n’encourageait pas une gestion économe, reconnaît Jean-Marc Mertz, directeur adjoint à MPM. Désormais, nous faisons des efforts de formation et de pédagogie auprès de nos agents, les périodes de froid prouvant qu’on peut se passer d’eau pour nettoyer.  »

Et de mettre en avant «  l’expérimentation de nettoyage à sec sur le front de mer qui permettra de se passer d’un millier de bouches de lavage  ». Ou le recours à «  l’eau brute  ». Car, à Marseille, on a oublié sous le palais Longchamp « l’eau de voirie » : ici, on lave la merde à l’eau potable, contrairement à Paris. «  Oui, mais, à Paris aussi, il y a des bouches de lavage. Ce n’est peut-être pas de l’eau potable. Mais c’est de l’eau quand même  !  », rétorque, agacé, Jean-Marc Mertz.

«  Des livraisons gratuites irrégulières  »

Pourtant, pour Pierre Sémériva, vice-président (EELV) à MPM, «  l’exemple à suivre, c’est Paris. Parce que, contrairement à nous, la capitale dispose d’un double réseau. D’autant qu’ici, le problème est autant en amont qu’en aval, les eaux pluviales et usées empruntant le même réseau. D’où les rejets à la mer en cas de fortes pluies. La signature dernièrement d’un contrat de baie, notamment sur les eaux de baignade, prouve qu’il y a une volonté de changer. Sauf qu’un réseau comme le nôtre, ça pèse un milliard d’euros. Imaginez les investissements nécessaires...  » En attendant, l’élu Vert plaide pour des « compteurs » ou des « minuteurs » sur les bouches de lavage. Et plaisante : «  Si MPM payait l’eau comme l’usager lambda, peut-être serait-on plus économe.  »

Alors que la Région organise, comme à Avignon, des colloques sur l’air de « mieux consommer, moins gaspiller  », la problématique est, de fait régionale. Fin 2011, la Cour régionale des comptes épinglait la communauté d’agglomération niçoise où «  certaines communes, dont Nice  », bénéficiaient «  de livraisons gratuites d’eau potable […] pour le nettoyage, en d’autres termes, de livraisons gratuites irrégulières pour des volumes non négligeables  ». Des livraisons «  en réalité indirectement prises en charge par les usagers  ». La communauté a promis d’installer des « compteurs ». D’ici cinq ans...

Le contre-exemple, c’est Mouans-Sartoux (06) : «  En régie publique, nous sommes on ne peut plus économes avec la ressource que nous avons à gérer, explique le maire et conseiller régional écolo André Aschieri. Nous essayons donc au maximum de nettoyer les rues à sec et, lorsqu’il est nécessaire d’utiliser de l’eau, nous le faisons avec des nettoyeurs à haute pression. Quant aux trottoirs, ce sont les habitants eux-mêmes qui les entretiennent puisque nous leur avons laissés mettre des fleurs et des plantes devant chez eux.  » Des balais plutôt que de l’eau et des fleurs à la place des bagnoles. Pas con !

Sébastien Boistel

Vendredi 22 mars à Marseille, ciné-débat sur la gestion de l’eau (et son gaspillage !) à Marseille avec Sébastien Boistel. Maison pour tous de la Belle de Mai, 19H30. Toutes, les infos, c’est ici.

@-Leravi - http://www.leravi.org