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L’Histoire, un champ de bataille ?

le 30/03/2013

Entre manifestations à couteaux tirés, propos chocs de nostalgériques, surenchères électorales, difficile d’appréhender ce que pourrait être une réconciliation des mémoires…

«  Les intellectuels, les historiens, les artistes peuvent contribuer à rendre possible la réconciliation. Il faut dépasser le consensus historique  !  » invite Gilles Manceron, lui-même historien spécialiste du colonialisme et rédacteur en chef de la revue de la Ligue des Droits de l’Homme. Après une guerre, on peut se retrouver autour d’une vision commune de l’histoire. Mais les mémoires, elles restent particulières. Entre la France et l’Allemagne, il y a un regard commun sur la période nazie par exemple, qui est bien sûr très différente de celle de la guerre d’Algérie. Les gens bombardés à Dresde n’en gardent pas la même mémoire que ceux qui ont été libéré ailleurs, mais le regard est désormais commun.  »

Une chose est certaine : la fondation lancée par le maire de Toulon, Hubert Falco, du temps où ce dernier était secrétaire d’Etat aux anciens combattants, n’a absolument pas contribué à élaborer une mémoire commune (Ravi n°79, novembre 2010). Elle est d’ailleurs complètement en sommeil depuis sa création en 2010. «  C’est pourtant quelque chose qui a été doté d’un budget faramineux, souligne Gilles Manceron. Mais elle n’a jamais été reconnue par les historiens et personne ne veut y aller. On se demande même si elle bouge encore  !  » Le temps de son annonce, elle aura accompagné les lois de 2005 reconnaissant le « positif » de la colonisation.

« Il faut construire une vision commune pacifiée »

Un rôle positif dont Josseline Revel-Mouroz, présidente du «  Centre d’études pied-noir  », est absolument convaincue. En novembre 2011, elle avait fait spécialement le déplacement à Marignane pour célébrer la remise de la légion d’honneur de Jean-François Collin qu’elle connaît bien... Pour cette ancienne professeure en classe préparatoire du lycée Masséna à Nice, la réconciliation n’est qu’une chimère : «  Tant que l’on n’aura pas dit toute la vérité et ouvert toutes les archives, la réconciliation sera impossible. Il faut démystifier de Gaulle. Les Algériens demandent la repentance  ? On peut en demander autant  !  » Pour cette nostalgérique, s’attaquer à ses ennemis politiques est le plus urgent. Parmi ces derniers se trouvent d’ailleurs... Christian Estrosi, le député-maire UMP de Nice ! «  Il ne nous soutient plus, poursuit Josseline Revel-Mouroz. Sous Jacques Peyrat, nous avions des subventions. Plus maintenant. Estrosi, il nous a bien organisés « Sous le soleil des deux rives » (NDLR : un événement nostalgérique), mais trois semaines après, il a annoncé la statue de Charles de Gaulle  !  » Une statue onéreuse qui a eu le don de le discréditer définitivement auprès des ultras. Ce qui fait les affaires de Peyrat, l’ex-maire de Nice, un ancien OAS passé par le FN, pressé de retrouver ses amis frontistes pour un accord aux législatives.

«  Politiquement, la loi de 2005 sur les aspects prétendus positifs de la colonisation, c’est une régression vers cette vision commune pacifiée qu’il nous faut construire  » relance Gilles Manceron. Si la démarche ne semble pas pouvoir venir des politiques, la guerre des mémoires, quant à elle, est toujours possible. Les échéances présidentielles offrent une belle aubaine. D’autant que le clivage n’a jamais été aussi grand et que la thématique est rêvée pour des familles politiques en quête d’affrontements.



Jean-Baptiste Malet

@-Leravi - http://www.leravi.org