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Marseille – Košice : le bel échange

Une tribune de l’équipe du festival Latcho Divano.
le 8/04/2013

Ce lundi 9 avril, pour la journée internationale des Roms, c’est le final de Latcho Divano dont le Ravi est partenaire. L’équipe du festival a signé une tribune libre dans nos colonnes que nous publions ici. Retrouvez chez les marchands de journaux l’intégralité de notre enquête "Tous les chemins mènent aux Roms" !

« L’origine du racisme est socio-économique. Nous devons en avoir précisément conscience car là est le point de départ de notre solidarité ». (Jean Genet)

Pour la 6ème édition du festival Latcho Divano (« le bel échange ») nous mettons à l’honneur la Slovaquie, dont Košice partage avec Marseille, en 2013, le titre de Capitale européenne de la culture.

Ici, les Tsiganes, quand on en entend parler, c’est le plus souvent dans la rubrique « faits divers » et sa litanie d’expulsions ou encore dans les discours politiques propagandistes qui flattent la bassesse des électeurs. Et à Košice ? Et d’ailleurs, quoi de commun entre les Roms de France et ceux de Slovaquie, entre ceux de Marseille et ceux de Košice ? Première minorité européenne, ils seraient 1500 à Marseille et dans ses environs (Roumains et Bulgares principalement), un chiffre ridiculement faible que l’on brandit pourtant comme un chiffon rouge. A Košice, ils sont 35000, ce qui fait 20 fois plus de personnes à stigmatiser...

Pas grand’chose en commun en réalité, à part, bien entendu, la pauvreté et le traitement inadmissible qu’ils subissent. A Marseille, les expulsions (en moyenne 9 par an et par individu !), les incendies criminels (comme au Créneaux, avec le silence, la passivité, voir la compréhension d’une partie de l’élite politique locale), les insultes et les menaces (certains Maghrébins par exemple, qui reprochent aux Tsiganes de manger « le pain des Français » – on croit rêver !). En Slovaquie, les stérilisations forcées, les enfants que l’on dirige vers les écoles pour handicapés mentaux, les milliers de bidonvilles avec un point d’eau pour 200 familles…

Sur le papier, Košice 2013 accordait une grande importance à ses minorités, hongroises, ruthènes et roms. Paroles envolées dès que l’argent a été débloqué ? Par contre, le concert de Jamiroquai en ouverture n’a pas été oublié – ni son coût et ses exigences indécentes... Ça vous rappelle quelque chose ?

Par bonheur, les organisations politiques et culturelles tsiganes se sont développées, des Tsiganes ont été élus au Parlement et, aujourd’hui, on parle même de discrimination positive. Car paradoxalement, Košice apparaît « comme un centre d’excellence, comme une capitale culturelle pour les Roms » – avec des projets exemplaires, comme l’École secondaire des arts, le théâtre Romathan ou encore l’école ECK, établissements mixtes qui œuvrent au rapprochement des communautés.

Nos ami(e)s de Košice nous montrent la voie, professeurs, artistes, intellectuels, toute une élite investie d’une mission : sauvegarder et faire vivre les traditions – la langue comme les recettes de cuisine. Et nous aussi, nous voulons jouer ce rôle de passeurs de culture.

Festival des cultures tsiganes ? La culture, c’est ce qui reste quand il n´y a plus rien, comme on dit. Culture populaire, dans tous les sens du terme, nourriture de l´esprit, de l’âme, nourriture sans laquelle il ne serait pas possible de survivre.

Insister – résister – persister – les Tsiganes nous donnent envie de continuer à exister – vivre – aimer la vie.

Le programme de la dernière journée du festival Latcho Divano (concert gratuit en haut de la Canebière), c’est ici.

@-Leravi - http://www.leravi.org