Contact

Abo, dons, adhésions

(Im)posture(s) d’un élu de gauche

le 11/04/2013

Le président de la Région, Michel Vauzelle (PS), a retiré sa délégation à Luc Léandri (Parti de Gauche) qui a voté contre le budget de la majorité. Mais qui est donc cet élu qui se pose le plus à gauche de l’hémicycle régional ? Un homme décrié dans le Var par ses propres amis politiques…

Toulon, cours Lafayette. Entouré d’une poignée de militants, le cou ceint d’une écharpe rouge, la poitrine estampillée d’autocollants « contre l’austérité et le Medef », le conseiller régional Luc Léandri distribue le dernier tract du Parti de Gauche (PG). En décembre dernier, il a été le seul élu régional de gauche à voter contre le budget de sa majorité. Michel Vauzelle lui a aussitôt retiré sa délégation au « handicap et à la dépendance ». « Ma décision ne constitue pas une sanction administrative, s’est justifié le président de Région dans une lettre au Groupe Front de Gauche dont est membre le PG. Elle est la conséquence de son choix délibéré de se placer à titre individuel dans les rangs de l’opposition. » L’élu écologiste Philippe Chesneau confirme : « Dans une majorité, on peut faire tout ce qu’on veut, sauf ne pas voter le budget. » Mais Luc Léandri se justifie : « La majorité socialiste du Conseil Régional a fait le choix de se soumettre à la logique financière "austéritaire" imposée par les banques et les marchés. »

Posture ?

Mireille Peirano, la première secrétaire fédérale du PS varois, connaît bien celui qui est resté 15 ans au PS avant de rejoindre le PG : « Luc Léandri n’ignore pas nos difficultés budgétaires. Il a voté contre le budget pour des raisons électoralistes. Cette radicalité est de mauvaise foi. Cela lui a simplement permis de faire la victime dans la presse suite au retrait, logique, de sa délégation. » Si les élus régionaux de la majorité s’accordent tous pour dire que les interventions en commissions de ce chevalier rouge « sont toujours très à gauche », de plus en plus de militants du PG varois le décrient en interne. Ils ont notamment été furieux de découvrir dans le Journal Officiel que Luc Léandri a déposé, le 2 octobre, sans soumettre cela à un vote démocratique, les statuts d’une nouvelle association, « PG 83 », domiciliée à son adresse personnelle et habilitée à disposer d’un compte en banque. Luc Léandri s’en est auto-proclamé le président, tout en démissionnant officiellement quelques jours plus tard du secrétariat départemental déjà opérationnel… « Ce n’était pas une décision politique, ce n’était donc pas quelque chose d’important. Mais je me suis excusé auprès des militants, depuis, et on a changé les noms » réplique-t-il. Le Bureau National du PG aurait été saisi de l’affaire.

Ou imposture ?

Si la plupart des militants veulent « laver le linge sale en famille », certains parlent, anonymement : « Il centralise tout et n’est pas très scrupuleux quand il s’agit de démocratie interne » lâche Simon (1). Léandri, pourfendeur des riches, est cadre A au Conseil Général du Var et cumule son salaire à son indemnité d’élu. « Je reverse 20 % au PG national, explique-t-il. Pour le reste, mon indemnité passe dans mes activités politiques. Je paie des salles. J’ai des frais de déplacements. Là, par exemple, je viens de décider de prendre à ma charge les frais du nouveau local à Toulon. » C’est justement ce que les militants lui reprochent ! « Chez Les Verts ou au PC, ça ne se passe pas comme ça, s’indigne Sabine (1). D’abord l’élu reverse une somme à la section locale. Ensuite les militants votent la dépense d’argent. Symboliquement c’est grave de dire “c’est moi qui paie le local de ma poche” car c’est de l’argent public. Il est élu grâce à un parti, ce n’est pas le sien. »


Durant sa campagne des législatives, les militants acceptant de tracter étaient systématiquement récompensés par un bon repas au restaurant. « C’était simplement des moments de convivialité, dans des petits restos » justifie Léandri. « Faux, réplique Régis, c’était le plus souvent un très bon restaurant. Après chaque tractage des législatives, on faisait un gueuleton. » Financé sur les comptes de campagne ? « Non, pas du tout, réplique Léandri. Enfin... peut-être une fois ou deux... » Sophie, ayant déjà démissionné de tous ses mandats internes au PG, raconte : « Un jour Luc m’a dit très franchement que ça coûtait moins cher de payer le restaurant pour tout le monde à chaque tractage que de payer le service de diffusion postale. J’ai vu le mandataire sortir le chéquier de la campagne pour régler une addition. »


Stupéfaits, les militants ont également découvert que Luc Léandri, n’ayant pas le permis de conduire, à défaut de trouver un « chauffeur militant », se rendait aux actions de campagne... en taxi. « À charge des militants de ramener ensuite monsieur l’élu chez lui. Le jour du vote, il s’est même fait trimballer toute la journée par une camarade » raconte Fabrice, amer. Du retrait de sa délégation à son style de gouvernance, si la fin justifie les moyens, il se pourrait bien à ce rythme que Luc Léandri parvienne à faire la révolution citoyenne. Mais tout seul et à pied.

Jean-Baptiste Malet

(1) Tous les prénoms ont tous été changés.

@-Leravi - http://www.leravi.org