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« Compte tenu de l’augmentation du gaz... »

Martigues, Conseil municipal du 01/02/2013
le 16/04/2013

En février, le Ravi a "testé" le conseil communautaire de Martigues (13) dont nous publions ci-dessous le résultat. Dans notre numéro d’avril, actuellement chez les marchands de journaux en Paca, notre "contrôle technique de la démocratie" est consacré au conseil municipal d’Orange (84)...

17 h 30

Les cocos, des extra-terrestres ou des terrestres extras ? Vu l’architecture de la mairie, on hésite. Pas longtemps : la salle du conseil municipal, c’est Star Wars ! Une salle ronde, avec, au centre, une maquette (non, ce n’est pas l’Étoile noire mais la Venise provençale), au-dessus, un éclairage à la Blade Runner et, autour, des fauteuils façon Star Trek. Ultime preuve qu’on est sur une autre planète ? Il n’y a pas de photo de François Hollande !

17 h 35

Retour sur terre : une droïde de protocole (pardon, une fonctionnaire) nous vire de la table où on s’était installés. « Les journalistes, c’est là-bas », dit-elle en pointant trois chaises collées au mur.

17 h 45

Face aux retardataires, Gaby Charroux, s’impatiente. Mais on voit à peine le maire. Les fauteuils sont trop profonds, les pupitres trop hauts. Seule sa tignasse blanche d’Obi-Wan Kenobi dépasse. Paul Lombard, son prédécesseur, l’Empereur de Martigues, maire honoraire qui redeviendrait bien calife à la place du calife, n’est pas là.

17 h 46

Juste après avoir papoté avec Gérard Etienne, un écolo dans l’opposition, Sandrine Figuié, une ex-écolo ayant depuis rejoint la Force... pardon, le Parti de Gauche, nous repère. Dans les yeux de la conseillère municipale déléguée « à la lecture publique et à la sensibilisation à l’environnement », sous une choucroute de boucles châtaines que la princesse Leila n’aurait pas reniée, cette interrogation : « Mais que fout le Ravi ici ? »

17 h 47

Tout de noir vêtu, Mathias Petricoul, jeune Padawan ayant goûté très tôt au Côté obscur (il est chef de file local de l’UMP), arrive au trot, en retard et mal rasé.

17 h 48

Vu l’ordre du jour, on nous avait prévenus : « Y’a aucun point saillant. Le budget, il se discute en mars. Et puis tout se fait dans les commissions. Quand ce n’est pas à la communauté d’agglo. Il va être mortel, ce conseil municipal ! » Confirmation avec Maryse Virmes, conseillère municipale déléguée aux affaires électorales et aux cimetières (sic), qui annonce une « augmentation de 2 % » des tarifs des pompes funèbres et une flambée des prix au crématorium : « On doit tenir compte de l’augmentation du gaz... »

17 h 58

Chargé du commerce, Alain Salducci propose une exonération du droit de place pour les commerçants non sédentaires du quartier de Jonquières que les travaux ont transformé en champ de bataille. Pétricoul vole au secours des petits commerçants « qui sont pénalisés par les travaux et qui ont les pires difficultés pour accéder à leur commerce ». Et de citer en exemple le Vieux-Port où « certains ont eu droit à des subventions ou à des exonérations de taxes au vu de la baisse de leur chiffre d’affaires liée aux travaux ».

17 h 59

Salducci bégaye : «  Pour les commerçants, on a déjà pris un certain nombre de décisions », à savoir une baisse de la cotisation foncière des entreprises. L’explosion de cette dernière, remplaçant la taxe foncière, a suscité une véritable fronde à Martigues.

18 h 00

Gaby sort son sabre-laser (rouge, bien sûr) : « On peut rêver, comme vous, d’un monde sans impôts. Nous, nous pensons que chacun doit contribuer au financement de la collectivité. Alors, on ne va pas faire de la dentelle en regardant le chiffre d’affaires de chacun. On croit rêver, parfois ! Vous me faites penser à ce patron de pizzeria qui m’a demandé si je ne pouvais rien faire contre l’installation de trois concurrents. On ne peut pas, d’un côté, prôner le libéralisme et, de l’autre, réclamer l’intervention de la puissance publique ! » La municipalité n’en distribue pas moins quelques subventions pour « dynamiser le centre-ville ». Il faut dire qu’Auchan, après avoir vu son projet d’extension retoqué, semble ne pas vouloir en rester là...

18 h 17

La création d’une billetterie électronique pour Marseille Provence 2013 sort Gaby Charroux de sa torpeur : «  Dès qu’on se rapproche de Marseille, il faut payer », lâche-t-il. Rires polis et discrets.

18 h 20

Croisement entre Sonia Rykiel et Christine Lagarde, Annie Kinas, adjointe « à l’enseignement et aux activités post et périscolaires », a droit à trois délibérations pour « remboursement de frais de mission ». Notamment un colloque sur la « refondation » de l’école. « Bon courage », lui souhaite Gaby. Et, plus sexy, la visite de deux centres de loisirs. « Avant d’y envoyer nos enfants, explique le maire, on envoie Annie... »

18 h 30

Ca y est, on rentre dans le dur ! On cause du foncier. Et c’est Jean-Pierre Régis, adjoint à l’urbanisme, qui s’y colle. Et il y met les formes, le bougre ! «  Face à une demande croissante de logements et une augmentation constante de la population, nous n’avons qu’un seul moyen : densifier les zones urbaines. Avec notre PLU, on a fait un grand pas. Peut-être un peu trop grand. Avec la révision du PLU, on va donc faire un petit pas en arrière... » Ce qui fait se pâmer la socialiste Sonia Dégioanni, brune à lunettes adjointe à « l’environnement et au développement durable ». Mais en attendant, Martigues va reprendre un petit coup de truelle.

18 h 31

Après Poujade, Pétricoul hésite : NKM ou Borloo ? « Une ville ne peut croître indéfiniment ! A un moment, il faut poser des limites ! Nous ne sommes pas opposés à la mixité sociale mais là, on parle de parcelles dans la pinède. On va détruire la nature et des pins pour faire de l’habitat collectif ! »

18 h 34

Gaby brandit à nouveau son dard écarlate : « Vous avez raison. La mixité sociale, c’est dans nos gènes. Et on va continuer ! Certes, il y aura des recours, puisque c’est le sport national. Mais la mixité, ça doit être dans tous les quartiers. Et nous, contrairement aux promoteurs privées qui font fi de l’esthétique, on va s’en soucier. D’ailleurs, on ne peut nous accuser de ne pas poser de limites. C’est quand on sort de Martigues que le bétonnage commence ! Reste qu’il nous faut prendre en compte les besoins de nos enfants qui veulent continuer à vivre à Martigues. »

18 h 35 

Pétricoul peste : « A ce compte-là, on n’a qu’à construire des immeubles sur les plages ! » Et de sortir l’arme lourde : « On votera contre cette délibération ! » Charroux ricane : « Je respecte votre position... Vous êtes combien, déjà ? Deux ? Trois ?! Bon, trois contre. C’est adopté ! »

18 h 40

Une délibération concernant la société publique « Pays de Martigues Aménagement » permet au maire ce bon mot : «  On parle de PMA, mais c’est pas celle dont on entend parler en ce moment. » Face au bide, six minutes plus tard, Gaby lâche : « On a épuisé l’ordre du jour mais, j’espère, pas l’assistance. Bon week-end... » Les soutiens de Pétricoul consolent leur champion. Tout le monde rentre à la maison. Et, coincé dans les embouteillages, on rêve de téléportation. Mais c’est encore de la science-fiction...


Sébastien Boistel

Martigues (13)

47 544 habitants (2010)
4 fleurs « villes et villages fleuris »
Un appel d’offres pour 20 caméras de vidéo-surveillance vient d’être lancé. 28 % de logements sociaux.
24,41 % pour Marine Le Pen (devant Hollande et Mélenchon !) le 22 avril 2012

Le maire. Gaby Charroux (PCF) maire depuis 2009 (suite à la démission de Paul Lombard dont il était 1er adjoint). Ancien conseiller général. Député depuis juin 2012. 70 ans. Retraité (ancien directeur du centre d’information et d’orientation de Martigues).

La majorité. Un groupe de 35 conseillers de la liste de « Rassemblement démocratique et de défense des intérêts communaux » (PS-PCF)

L’opposition. Trois conseillers de la liste « Une énergie nouvelle » (UMP), deux conseillers de la liste « Martigues en marche », deux conseillers de la liste « Indépendants et partenaires pour Martigues » et un conseiller de la liste « Ensemble pour Martigues, citoyenne, écologique et solidaire ».

Le conseil municipal soumis au test du Ravi.
Durée : 1 h 01
Présents : 33 conseillers sur 45, 28 de la majorité et 5 de l’opposition.
Temps de parole cumulé de l’opposition : 10 minutes.
Le public : Une quarantaine de personnes, journaliste du Ravi inclus.

@-Leravi - http://www.leravi.org