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Réouvertures de lignes à petite vitesse

le 17/05/2013

De nombreux collectifs se mobilisent pour la réouverture de lignes TER dans la région. Beaucoup de dossiers sont à l’étude mais l’engagement des politiques et les financements manquent à l’appel…

Depuis vingt ans, Lisette Lopez travaille en gare de Brignoles (83), mais elle n’a vu passer aucun train si ce n’est ceux de l’armée (1) ! Alors qu’on débat sur la Ligne à grande vitesse (LGV) – pudiquement rebaptisée Ligne nouvelle - de nombreuses voies de chemin de fer, pour beaucoup en état, sont en sommeil depuis des années. C’est le cas de la ligne Carnoules-Gardanne (83 et 13) qui passe par Brignoles. Mais aussi de celle qui relie Les Arcs à Draguignan (83), ou encore l’axe Aix-Rognac (13) ou Cavaillon-Pertuis (84). Pour Philippe Chesneau, conseiller régional EELV, la région est sous-équipée : « En Rhône-Alpes, ils ont un vrai réseau, pas chez nous. Et on va s’en mordre les doigts à force de tout miser sur l’automobile, alors que l’essence est de plus en plus chère. »

Marc Svetchine assure que la priorité est la rénovation du réseau existant. « En Paca 150 000 personnes prennent le TER tous les jours, explique le directeur régional de Réseau Ferré de France (RFF). Cette année, on va investir 260 millions d’euros. Il y a trois ans on était à 100 millions d’euros. Pendant près de quarante ans les rails ont été oubliés au profit des voitures et des camions. Désormais il faut moderniser tout un réseau pour rattraper le retard. » Pour l’instant, la seule réouverture programmée est celle de Sorgue-Carpentras (84), prévue en décembre 2014, pour un coût de 80 millions d’euros. Inscrit dans le contrat de Projets Etat-Région (2007-2013), les travaux sont financés à 24 % par l’Etat, à même hauteur par le Conseil régional, à 18 % par le Conseil général du Vaucluse et à 12,50 % par RFF, le reste étant à la charge des communautés d’agglo et des communautés de communes concernées. Pour 40 millions d’euros supplémentaires, les voyageurs auront même droit à la virgule qui reliera Avignon gare TER et Avignon gare TGV qui s’effectue actuellement en bus. « Et qui coûte 40 fois plus cher que si elle avait été réalisée au moment de la construction de la gare TGV, comme nous l’avions préconisé à l’époque … », rajoute Michel Musumeci, secrétaire CGT des cheminots d’Avignon.

Réduire l’usage de l’auto

Pour de nombreux collectifs, l’exemple d’Avignon-Carpentras est un élan à suivre même s’ils savent que la volonté politique y est pour beaucoup. En 2006, les maires des communes concernées s’étaient mobilisés pour la réouverture de la ligne. On se souvient aussi, dans Les Alpes-Maritimes, de la détermination d’André Aschieri, maire écologiste de Mouans-Sartoux pour la réouverture de Cannes-Vintimille en 2005. Dans le Var, Jean-Claude Pernoud, président de l’association « Train avenir du centre Var » considère que les élus locaux ne se bougent pas assez. Il ne mâche pas ses mots pour parler de leur inertie : « Conseillers régionaux, maires, etc, tous disent qu’ils sont tous attachés à la réouverture des lignes TER, mais finalement il n’y a que leurs intérêts et leur profit personnels qui les intéressent, le reste ils s’en foutent. »

Jean-Claude Pernoud est d’autant plus excédé que l’étude de RFF sur la réouverture de la ligne Carnoules-Gardanne prend du retard, ce qui contraint l’association à annuler « La Fête du train » qui devait se tenir à Brignoles le 14 avril prochain. Cette journée devait permettre de réunir 4000 personnes et d’annoncer des pré-résultats qui auraient pu motiver les décideurs. Une autre association basée à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est contre la réouverture de la ligne. Elle se compose essentiellement de riverains à qui ont a vendu des terrains viticoles devenus constructibles le long de la voie ferrée, en leur assurant qu’aucun train ne passerait plus. « On aurait jamais du laisser faire et pourtant y a une centaine de maisons dans ce cas-là. Et des constructions se font encore », assure Henri-Alexandre Jourdan, membre de l’Association de riverains contre la remise en service de la ligne Carnoules-Gardanne.

Du côté de l’Association pour la réouverture de la ligne ferroviaire des Arcs-sur-Argens à Draguignan (ARLIFAD) deux scenari sont envisagés : soit un bus à haut niveau de service (BHNS) soit un tramway-train. « Le but n’est pas seulement de rouvrir la ligne existante mais de la raccorder directement sur la ligne nationale afin de désenclaver la Dracénie et de réduire l’usage de l’automobile », tient à préciser Robert Caire, président de l’ARLIFAD, qui sans rejeter le BHNS préfèrerait un tram-train. Soutenus par la région et RFF, ils constatent un désengagement du Conseil général du Var qui ne répond pas à leurs sollicitations. « on sait pourquoi : ils ont le monopole des cars !, proteste Robert Caire. Et si demain il y a un train, pour eux c’est un concurrent. » Du côté du CG 83, la majorité UMP n’a pas donné suite à notre demande d’entretien. André Guiol, maire de Néoules (83) et conseiller général PS, membre de la commission « déplacements, communication et réseaux », n’a pas senti « d’antinomie » entre les deux modes de transports. « La solution est dans la complémentarité pour allier le train au car, affirme-t-il. Mais il ne faut pas oublier que Var Lib fait son travail dans les villages isolés qui ne sont pas tous équipés d’une gare. » Var Lib annonce sur son site internet 2 millions de passagers par an…

Cadré par les économies

La ligne Pertuis-Cavaillon est à l’étude, mais RFF précise que le potentiel de voyageurs est faible et que la desserte en bus est satisfaisante. Reste aux décideurs à donner leurs avis. Concernant Aix-Rognac, à l’étude aussi, ce sont les passages à niveau qui risquent de poser problème. Les études en cours ne seront pas toutes réalisées et celles qui le seront prendront des années. Avec le gel des dotations de l’Etat aux collectivités sous Sarkozy, et dont la prolongation pour 2014 a été annoncée par Jean-Marc Ayrault en février dernier, la région soutient les projets mais se trouve rapidement confrontée à la question du financement.

« On est cadré par une politique d’économies, on ne bénéficie pas du versement transport et depuis 2002, on n’a plus de part sur la taxe d’habitation, précise Gérard Piel, conseiller régional, vice-président du groupe Front de Gauche. On pourrait imaginer un développement de l’offre TER qui pourrait être de l’ordre de 20 à 40 millions sauf que pour le moment la région n’a pas les moyens financiers de ce développement. » Et Jean-Yves Petit, actuel vice-président EELV en charge des transports à la région de préciser : « Chaque année, la région dépense environ 100 millions d’euros, divisés entre les infrastructures, les haltes et les gares et l’achat du matériel roulant qu’elle assume seule… » Ce n’est pas tout de vouloir rouvrir des lignes, juge le secrétaire CGT des cheminots d’Avignon, encore faut-il penser à la sécurité de chacun. « Sur la ligne Marseille-Aix, es incivilités sont nombreuses par manque de personnel, explique Michel Musumeci. Aujourd’hui, les contrôleurs vont travailler la boule au ventre, et les gares se déshumanisent pour n’être plus que des bornes automatiques… »

Samantha Rouchard

1. Classée défense nationale, la ligne est entretenue par l’armée. C’est la seule qui permettrait, en cas d’attaque du viaduc de Bandol, de transporter des chars d’assaut en gare de Toulon…

Et la LGV ?

En juillet dernier, Jérome Cahuzac, feu ministre du budget, semblait enterrer la Ligne à grande vitesse par soucis d’économies. Les associations qui luttent contre le projet ont a peine eu le temps de se réjouir que RFF leur a pondu « La Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur ». Un projet revu à la baisse qui se ferait en phasage, morceau par morceau, et qui éliminerait la notion de grande vitesse. Les associations restent vigilantes face à, selon eux, « une LGV qui avance masquée ». L’évaluation des différents projets par la commission « Mobilité 21 » (composée de parlementaires et d’experts) rendra sa réponse fin avril, la décision du gouvernement devrait suivre.
S. R.

@-Leravi - http://www.leravi.org