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Le Bompardisme pour les nuls

le 18/09/2013

A moins d’un an des élections municipales, le député-maire d’Orange Jacques Bompard a lancé sa campagne en organisant son université d’été. Pratiquement sûr d’être réélu, sa stratégie est plutôt d’essaimer et de « former » ses militants. Avec un credo : « l’union des droites ». Extrêmes inclus.

Université d’été sous la pluie, rassemblement, séminaire… Chaque dénomination convient pour le grand rendez-vous qu’a organisé, les 8 et 9 juin, Jacques Bompard, le député-maire d’extrême droite d’Orange (84). Son équipe a finalement choisi le terme de colloque, intitulé « la méthode pour gagner », auquel 300 personnes se sont inscrites sur deux jours. Gagner quoi ? Les municipales bien sûr.

Un week-end entier de formation et de débats, officiellement organisé par le parti de la Ligue du Sud, mais où la nécessité de « l’union des droites » est rabâchée à longueur de temps, indispensable pour triompher de l’union de la gauche. Entre des interventions des sbires de Jacques Bompard sur « la communication de campagne » ou « les finances locales » pour candidats potentiels, d’autres prises de paroles, très idéologiques, rythment le week-end. Comme celle de Jean-Yves le Gallou, ancien proche de Bruno Mégret, (voir encadré) ou de Robert Ménard, ancien président de Reporter sans frontières et candidat soutenu par le Front National à Béziers, venus tous deux causer médias.

Un casting à faire pleurer

Après un passage devant l’imposant théâtre antique de la cité des princes, qui jouxte une exposition retraçant la présence militaire de la France depuis le début du siècle, se présente la salle polyvalente flambant neuve Alphonse Daudet. A l’accueil, on cherche mon nom, invité parmi d’autres, non annoncé comme journaliste. Une dissimulation qui n’honore certes pas la déontologie de la profession mais qui est nécessaire pour pouvoir assister aux débats. Les communicants de la galaxie Bompard ne facilitent guère le travail du Ravi. A l’intérieur, une centaine de personnes est présente, beaucoup de seniors aux allures de notable, parsemées de quelques têtes plus juvéniles.

On trouve aussi l’épouse de Jacques, Marie-Claude, maire de Bollène, ou Christian Vanneste, une des guest-stars du week-end. Ancien député UMP du Nord (aujourd’hui président du RPF, rassemblement pour la France), il est partisan affiché d’un rapprochement entre la droite républicaine et le FN, lourdé de sa famille politique pour avoir déclaré que la déportation d’homosexuels pendant la guerre était « une légende ». D’autres acteurs de l’union de la droite à la sauce Bompard, qui correspond en fait à une stratégie d’enracinement local et de dynamitage de la droite traditionnelle, ont également fait le déplacement ou sont attendus : Louis Driey, maire UMP de Piolenc (84) et suppléant de Jacques Bompard, Christophe Lombard, conseiller municipal « centriste » d’opposition à Cavaillon...

La journée commence sur le « fonctionnement et les enjeux d’une intercommunalité », dont Jacques Bompard n’a jamais voulu puisque sa commune est l’une des rares de France à ne pas être rattachée à un groupement de collectivités. En attendant, dans le rang de devant, on se fait passer un exemplaire de Minute. Les interventions très ludiques s’enchaînent, le bompardisme pour les nuls opère à fond, à l’image de cette table ronde sur la communication en période de campagne électorale. « Il n’y a pas de recette miracle, lance d’emblée Franck Marest, l’un des communicants du député. Si c’est la première fois que vous vous présentez, vous êtes un nouveau produit. Le lancement de la campagne est alors un moment clé, où vous allez faire connaissance avec votre ville et ses habitants. »

« On fait un peu semblant »

A la Ligue du Sud aussi, le marketing électoral n’est pas épargné : on parle « positionnement », « produit », « cible » et « publicité ». Tout en continuant de distribuer des conseils : « Si la ville est mal gérée mais qu’il y fait bon vivre, il faut attaquer sur les finances. S’il y a de l’insécurité, il faut en faire, avec l’immigration, le thème principal » ; « le nom de votre liste doit être votre argument numéro 1, qui va vous suivre constamment et que vous rabâcherez à longueur de temps » ; «  tout le monde ne lit pas les prospectus. Alors on fait un peu semblant, la campagne se joue sur l’image. Il faut aller voir les électeurs, en être le plus proche possible. La pub, elle est juste là pour rassurer... »

Un jeune premier, Franck Vallier, vient donner quelques recommandations quant à la gestion de la presse locale, « au service des puissants car elle a besoin de pubs et d’annonces légales ». Si généralement « elle ne voit pas d’un bon œil votre arrivée », il y a des raisons d’espérer puisqu’« ils ont quand même des pages à remplir  ». Et puis, il ne faut pas non plus complexer face à des gens « qui pensent tout savoir et se croient tout permis ».

Le message du week-end est de faire comprendre que l’homme est plus important que les partis en politique, d’autant plus pour les élections municipales. L’union des droites à la Bompard rentre dans cette logique : briser les frontières partisanes pour s’unir autour d’un pôle radical et extrémiste. Avec l’envie de propager cette stratégie au niveau national et contribuer au ripolinage de l’extrême droite et du Front National, en créant en quelque sorte une nouvelle droite.

En Vaucluse, où la sociologie électorale s’y prête parfaitement, la machine est déjà en marche. Et en face, contrairement à ce que Jacques Bompard veut laisser entendre, la gauche est loin d’avoir fait l’union pour lui faire barrage. Pour le député-maire d’Orange, tous les voyants sont au vert pour qu’il continue à gérer une ville dont il tient les rênes depuis 18 ans. L’âge de certains cerveaux venus ce week-end pour se former à l’école du Bompardisme.

Clément Chassot

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De la « tyrannie médiatique »

L’une des stars attendues du week-end était Jean-Yves Le Gallou « qu’on ne présente pas ». Un peu quand même : énarque, il entre politique auprès de Patrick Deveidjian (ancien d’Occident, un groupe d’activistes d’extrême droite) avant de rejoindre le FN en 1985 puis de se rapprocher de Bruno Mégret. Il est aujourd’hui à la tête d’un site internet intitulé Polemia, à travers lequel il tente de faire de la « réinformation ». Car les médias traditionnels sont dangereux, ne relaient qu’une seule vérité, forcément orientée grâce à l’utilisation d’une novlangue bien huilée. Tout le monde en prend pour son grade, presse locale incluse - qui sera très habilement conviée à une conférence de presse juste après son intervention. Une critique des médias de masse somme toute traditionnelle, qu’on peut entendre ailleurs. Jusqu’au moment où cela dérape : « on nous matraque avec ce militant gauchiste qui a cherché une bagarre qui a mal tournée, même si l’acte est condamnable. Mais qui nous parle de cet étudiant tué à Châlons-en-Champagne pour avoir refusé une cigarette à quelqu’un qui vient de l’autre côté de la Méditerranée ? » Classe. Pour Le Gallou, une seule solution, le développement de médias alternatifs locaux. Connaît-il le Ravi ?

C. C.

@-Leravi - http://www.leravi.org