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Anti-mariage gay : le péril jeune

le 2/10/2013

Entre ultra-catholicisme et extrême-droite, la génération des « anti » ne veut pas se résigner au mariage pour tous...

«  Nous nous battrons jusqu’en 2017, nous ne sommes qu’au début d’une longue marche contre la dictature ! » promet Mathilde Hervé, 22 ans, mine grave, cofondatrice du collectif « Ni à vendre, ni à louer ». Comme elle, près de 3 000 jeunes de Paca, selon les propres calculs de la nébuleuse des « anti-mariage gay », ont sacrifié au moins un jour du Seigneur pour grossir les rangs de la « Manif pour tous ». Parmi eux, les Veilleurs, prônant un retour à l’ordre naturel et à la foi catholique comme religion d’Etat. Entre cercles de prière en plein air où l’on reprend en chœur des refrains scouts ou militaires, et prosélytisme 2.0 sur les réseaux sociaux, ces jeunes se veulent l’armée de l’ombre de l’ultra-catholicisme français. 


« La jeunesse de droite est en guerre contre la dictature socialiste depuis le 24 mars », estime Thibault Charpentier, 20 ans, Veilleur marseillais. Ce dimanche-là, le collectif de la Manif pour tous implose. Le détonateur a un nom : le Printemps français, piloté par Béatrice Bourges. Derrière elle, une galaxie complexe de chrétiens traditionnalistes et de groupuscules d’extrême-droite désireux de radicaliser la contestation. « Nous avons été sommés de choisir : la politisation ou la mort lente, lance Thibault derrière sa bière blonde. Demain nous dirigerons la société, mais le temps est au jeu d’influences, alors chacun ses méthodes… »

Depuis, les jeunes ultra-catholiques ont le diable au corps. Fiancés, beaucoup franchissent le pas de se passer la bague au doigt. Baudoin De La Roque, futur informaticien de 23 ans, a son slogan préféré : « Nous ne sommes pas homophobes, juste mariageophiles ! »  En épousant sa copine, il entend «  poser un acte de résistance concrète et protéger nos futurs enfants ». Anne Tarasconi, 23 ans, militante pro-vie d’Alliance VITA Marseille, association fondée par Christine Boutin, a une référence claire : « Nous visons un contre-Mai 68. A trop vouloir tout libérer par égoïsme, tout va disparaître. Nos parents se sont battus contre la libération sexuelle, le droit d’avorter, mais surtout pour un idéal de société. A nous de leur rendre la pareille... »

Convaincus d’être l’avant-garde éclairée de la résistance face à la « dictature socialiste », d’autres vont plus loin que le mariage « pour eux ». Ils défendent la ligne politico-religieuse radicale du Printemps français. Comme Grégoire Auger, 22 ans, « Hommen » installé à Marseille depuis janvier. Avec ses amis, il s’est déjà mis torse nu lors la visite de Jack Lang le 28 mai à Marseille, pour un « happening potache » parodiant les Femmen. Leurs projets : « le Tour de France pour tous », à l’arrivée de la 5ème étape de Cagnes à Marseille le 3 juillet, suivi d’un « 14 juillet pour tous » sur le Vieux-Port marseillais en pleine Europride.

« Le mouvement ne se radicalise pas mais se généralise à d’autres combats, estime-t-il sans ôter cette fois son t-shirt de marque américaine. Des jeunes de tous horizons qui ne se seraient jamais rassemblés se lient parce qu’ils se sont pris le même coup de matraque ou se sont trouvés dans le même fourgon. » Accusant « cinq connards du GUD (Groupe Union Défense) », organisation étudiante d’extrême-droite, et « quinze policiers en civil » d’être à l’origine des violences aux manifs, Grégoire Auger vote pourtant FN depuis qu’il est en âge de le faire.

A Nice, Philippe Vardon, membre de la direction du mouvement d’extrême-droite Bloc Identitaire, s’en frotte les poings : « Participer au service d’ordre de la Manif pour tous n’implique pas de savoir qui est à l’Uni, au FNJ ou à l’UMP, mais de s’engager sur des valeurs. Et ces échanges auront demain un vrai impact politique. C’est un élan transversal qui permet à une jeunesse ni à gauche, ni à droite, mais patriote, d’éclore. J’ignore si cela lui profitera, mais Marine Le Pen est la seule à avoir été claire. » Thomas Sert, secrétaire départemental du FNJ Var, confirme du haut de ses 22 ans : «  Oui, ça nous profite ! Les jeunes nous rejoignent parce qu’ils en ont plus que marre du double discours de l’UMPS. Nous devons retenir ces jeunes, sinon nous risquerions une guerre civile comme au Liban ou en Serbie… A l’UMP de réclamer l’abrogation, sinon, avec la proportionnelle, il ne leur restera plus beaucoup d’élus. »

« Nous n’avons pas vraiment bougé parce que notre chef de file, le député Lionnel Luca, l’a décidé. L’extrême-droite remue car la laïcité ne lui convient pas, à elle qui attend le retour au régime d’avant 1905 – mais pas nous », leur répond Jean-René Laget, 26 ans, délégué régional Paca des Jeunes de la Droite Populaire. Mais une partie des jeunes anti-mariage pour tous n’hésite plus : avec le système démocratique, le divorce est consommé.


Cédric Torrès

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