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Moi Paul Leccia, l’argentier des bassins

le 15/10/2013

A 70 ans, Paul Leccia compte toujours sur les performances de Bousquet, Manaudou et les autres, pour remplir les caisses du Cercle des nageurs de Marseille, qu’il préside depuis 22 ans... Un article publié en juillet-août 2013.

Franchement, je ne sais pas comment ils font. 6 heures par jour dans le bassin à avaler des longueurs, plus la musculation, plus les interdictions de manger gras, saucé, frit, pas d’alcool, de clopes, de sorties, rien ! Ah oui, quand ils sortent du bassin, ça envoie le mètre quatre vingt-dix, les épaules de déménageurs et les plaques d’abdo ! Mais bon, ils ont aussi un bonnet sur la tête qui leur donne une allure de tête de gland ! Sans parler de cette odeur de chlore qui ne les quitte pas. C’est clair, je n’ai rien à voir avec eux. Je suis petit, j’ai 70 ans, je porte toujours des chemises blanches pour faire ressortir mon bronzage permanent, j’adore me faire des brushings sur ma longue crinière blanche. La natation, très peu pour moi.

Mais cela ne m’empêche pas de donner à tout bout de champ mon avis sur les performances de mes poulains dans les médias. C’est normal, vous avez déjà entendu un sportif en interview ? Moi, je connais le métier, je suis aimable, toujours un bon mot, et hop, une invitation pour venir manger au cercle... Je suis le pro des communicants mais j’en ai pas oublié pour autant le business car le gérant du restaurant du cercle, c’est moi. Quoi, il y a conflit d’intérêt ? Le cercle est une association. Le restaurant, c’est une affaire privée. Je ne vois pas où est le problème.

Moi, j’ai donné ma vie au cercle. 23 ans que j’en suis le patron, je l’ai porté à bout de bras au pinacle de la natation française. Tous les champions français de ces dernières années sont passés chez moi. Les Bernard, Manaudou 1 et 2, Lacourt, Leveaux, Gillot, Bousquet, Meynart. Ils sont tous chez moi ! Une dream team qui coûte pas mal d’argent (1) mais qui peut en rapporter bien plus ! Il suffit de savoir com-mu-ni-quer. Par exemple, pour les derniers jeux olympiques de Londres, j’avais créé la « Team Marseille 2012 ». Non pas que j’avais oublié que les JO demeurent une compétition entre nation et pas entre clubs, mais j’ai pu ainsi rassembler des mécènes, dont mon ami Pietri, le boss de Constructa.

Surtout, ça m’a servi à soutirer encore un peu plus d’argent à mon ami Gaudin. Alors, lui, il n’a pas le physique d’un nageur, mais alors, qu’est-ce qu’il l’aime le cercle ! En 2008, il avait triplé la subvention de la ville pour éponger le trou de 190 000 euros. Pour la team, en 2011, il m’avait fait une rallonge de 70 000 euros en plus des 150 000 euros qu’il avait fait voter ! Et en 2012, il a fait grimper la subvention à 320 000 euros ! Tout cela pour une association dont l’adhésion est fixée à 1600 euros, avec la nécessité d’être coopté par deux membres, et où la cotisation annuelle s’élève à 1290 euros. Bref, c’est l’affaire Guetta, sauf qu’en sport, tout le monde s’en fout pourvu qu’on ait des résultats.

C’est la rançon du succès, il faut juste pouvoir entrer dans le cercle vertueux et ensuite, hop, on nage dans le pognon. Non seulement les collectivités augmentent les subventions, mais en plus, je peux valoriser les nageurs avec des opérations de com pour les entreprises du coin qui sont très friandes de voir arriver mes petits gars à leur soirée de management. Bon, des fois, on va trop loin comme avec Camille Lacourt, qui a passé plus de temps dans les séances photos plutôt qu’à préparer les JO de Londres. Elle s’est ramassée en beauté. Mais heureusement, la médaille d’or au JO de Florent Manadou sur 50 mètres a réussi à tout occulter !

Alors, vous comprenez aisément que je suis sur les dents pour le Championnat du monde de Barcelone cet été. Si mes petits gars raflent tout, comme au championnat du monde d’Europe l’an dernier, c’est tout bon pour les finances du Cercle qui sont passées de 3,5 à 5 millions d’Euros en moins de 10 ans. Mais, évidemment, il nous faut encore plus d’argent. « Le cercle, c’est le PSG du pauvre » (2). Chez moi, c’est devenu The Place to be à Marseille où l’on peut croiser les politiques de tous bords tout comme les chefs d’entreprises qui comptent. Bon, d’accord, on n’est pas encore au niveau du club de la Pelle (3). Eux n’auraient jamais accepté Alexandre Guérini comme adhérent. Mais moi, je ne voyais pas le problème. Alexandre était un entrepreneur bien en vue, il habitait en face, aux Catalans, dans l’appartement HLM de son père. Il est corse, comme moi, il venait très souvent nager. Qu’est-ce qu’on lui reproche au final ? Qu’il favorise ses entreprises par le biais de son influence sur son frère ? Ce n’est pas autorisé ?

Bon, à Marseille, si vous n’êtes pas au cercle, c’est quasiment impossible. L’été, sur les 12 bassins municipaux rescapés, il n’y en a que 7 ouverts. En moyenne, ça fait un bassin pour 120 000 personnes. Cette blague ! Autant apprendre à nager dans une baignoire ! Qu’est ce que vous voulez. Il y en a qui sont nés du bon côté de la barrière et les autres.

Il y a ceux qui ont le pouvoir comme moi et les autres, comme Marc Crousillat, le vice-président qui a cherché à me déloger de la présidence l’année dernière (4). Lui, c’est la branche water-polo du cercle. Il était joueur, son fils l’est, le cercle a été champion de France à 33 reprises, dont 8 fois ces 10 dernières années. Mais bon, le water-polo, qui ça intéresse  ? Ça ressemble à une sorte de handball dans l’eau avec des gars encore plus baraqués que les nageurs, mais aussi plus ridicules avec leur bonnets intégraux qui les faire ressembler à des Télétubbies. Il n’y a que les fans de Nanni Moretti que ça peut mobiliser...

Stéphane Sarpaux

(1) « Manaudou à Marseille, au bord du bassin, le business », Rue 89, 10 juillet 2008

(2) « Le cercle des nageurs est le PSG du pauvre », Mlactu.fr , 3 mars 2013

(3) « Du cercle des nageurs au club nautique de la Pelle », L’Express, 1er juin 2000

(4) « Enquête au cercle des nageurs de Marseille », La Provence, 24/07/2012

Paul Leccia nous a adressé, suite à la parution du portrait satirique lui étant consacré, le courrier reproduit dans son intégralité ci-dessous où il apporte, non sans humour, de nombreuses précisions. Cet article, diffusé dans notre numéro daté juillet-août 2013, présentait par erreur Nicolas Leccia comme le fils du président du cercle des nageurs. Erreur bien entendu corrigée dans la version présentée ci-dessus.

« Monsieur le directeur,

Samedi matin, par un curieux hasard je me suis retrouvé dans un hypermarché de La Ciotat et en achetant mes journaux quotidiens, j’ai été attiré par ce joli titre « le Ravi », j’en fis l’acquisition.
Quelle ne fut pas ma surprise d’y voir une rubrique qui m’était réservée.
A ce sujet, permettez-moi de vous formuler quelques remarques toutes personnelles.
Tout d’abord, félicitations à l’artiste qui a dessiné ma caricature, je la trouve très ressemblante et drôle à la fois, en tout cas elle m’a fait bien rire.
D’accord avec vous sur le qualificatif surcharge médiatique en ce qui me concerne. Comme vous, je pense très sincèrement que c’est beaucoup trop. _Pourtant, télés, radios, journaux, doivent me cataloguer « bon client » car ils ne se privent pas de m’interroger et même les écoles de journalismes régulièrement m’envoient des jeunes pour connaître une chose ou l’autre sur le sport, les installations, etc… Mon problème, c’est que je ne sais pas dire non à des personnes qui veulent apprendre ou qui travaillent… Est-ce le cas de M. Stéphane Sargaux ? (sic)
Cet article, certes satyrique (sic), contient des erreurs importantes liés à la méconnaissance me semble-t-il ?
En effet, la société « Le Restaurant du Cercle » appartient à 100 % au club. Le conseil d’administration du club (24 membres) ayant voté à l’unanimité moins une voix de reprendre cette gérance, il apparaissait normal que ce soit le Président du club qui en assume la responsabilité non pas pour être rétribué car l’une et l’autre de ces fonctions sont bénévoles, donc non rétribuées.
D’ailleurs aujourd’hui, et depuis le mois d’avril, une nouvelle décision du Conseil d’Administration a confié cette gérance à une société indépendante qui verse un loyer au « Restaurant du Cercle »…
En ce qui me concerne, je pense que les subventions accordées par les différentes institutions de notre pays sont tout à fait légitimes compte tenu des résultats et des efforts énormes consentis pour la formation des jeunes et il faut en toute modestie le reconnaître, pour la belle image de la Ville de Marseille et de sa Région véhiculée par nos champions, nageurs ou joueurs de water-polo.
OK, nous attendions plus de Camille Lacourt à Londres, les résultats de Florent ont été les bienvenus… et pour votre information, toutes les valorisations de communication vont directement principalement aux sportifs eux-mêmes.
La natation et le sport en général, ne sont pas des sciences exactes, les résultats internationaux actuels nous émerveillent. Regardez ceux des Championnats du Monde de Barcelone : Six titres de Champion du Monde et une médaille de bronze !!! (Tous nos représentants marseillais ont été médaillés).
Mais il faut rester lucide et sans cesse se remettre au travail, que nous réserve l’avenir ?
Nicolas Leccia, dont j’apprécie le travail, n’est pas mon fils. Je n’avais qu’un fils, qui se prénommait Paul, décédé à 17 ans le 2 juin 1991, il était capitaine de l’équipe de water-polo du club et capitaine de l’équipe de France junior de water-polo, par ses seuls mérites (voyez-vous j’aime aussi le water-polo).
Ce rappel douloureux pour moi, n’est pas nouveau, je porte ma peine tous les jours.
Mais j’ai opté pour la posture de feu l’éditeur José Corti, qui dans les mêmes conditions dramatiques que moi, avait écrit : « José Corti reconnaitra ses amis à ceux qui ne lui en parleront pas » (de mémoire).
Voilà, je vous souhaite un bon anniversaire, dix ans, c’est important, je ne fait pas de don à la « tchatche » car je ne veux surtout pas qu’il y ait un conflit d’intérêt entre nous.
Bien entendu, je me tiens à votre entière disposition si vous le désirez à l’avenir afin d’éviter un certain nombre de bévues et surtout pour ne pas avoir à imaginer un article télécommandé car obéissant à des influences fausses ou à des commanditaires mal intentionnés ?
Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le directeur, l’expression de nos salutations distinguées. »

Paul Leccia
Le 24 septembre 2013

@-Leravi - http://www.leravi.org