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Massacre à la tronçonneuse !

le 21/10/2013

Scions, scions du bois… Alors que Marseille est dans le top « 10 » des villes de France les plus polluées aux particules, ses espaces verts disparaissent sous le béton…

Place de Lenche (Marseille 2ème) un dimanche après-midi en plein cagnard, les touristes s’amassent sous les quelques parasols venus, depuis juin, remplacer les neuf arbres - dont un centenaire - qui ombrageaient la place. «  Ça faisait un moment que les commerçants appelaient pour prévenir qu’un arbre menaçait de tomber sans que personne de la mairie ne se déplace. Finalement, à cause du mistral, il est tombé et pour un arbre dangereux, ils les ont tous abattus !  », précise Emilie Kassentini, habitante du quartier. Elle est à l’origine du Collectif des arbres de la place de Lenche qui s’est créé dans la foulée.

Pour calmer le jeu, la mairie a octroyé une aide pour l’achat de bâches et a exonéré les commerçants de droits de terrasse. De nouveaux arbres sont promis pour fin novembre… « Il n’y a pas de véritable conscience écologique, on a l’impression que les arbres ne sont que du mobilier urbain interchangeable  », rajoute Emilie Kassentini. Michèle Poncet-Ramade, présidente du groupe Europe écologie les Verts au conseil municipal, a dénoncé «  un massacre à la tronçonneuse  » et demandé des explications à Anne-Laure Caradec , adjointe UMP en charge des espaces verts, dans une lettre restée sans réponse, comme notre demande d’interview réitérée trois fois.

Feuille, ciseau, caillou

Le « livre noir » publié par le collectif Laisse Béton, qui regroupe plusieurs associations luttant contre le bétonnage à Marseille, liste de façon non exhaustive les espaces verts menacés : le jardin Michel Lévy (6ème), les grands pins de la porte d’Aix (2ème), l’espace Corderie (7ème), le Roucas Blanc (7ème), les arbres centenaires du quartier de la Soude (8ème), le parc de la bastide La Denise (11ème), le parc Chanterelle (1er), un tiers du parc Longchamp (4ème)… Des parcelles vendues par la ville à des promoteurs comme Eiffage, Vinci, Nexity qui comptent bien y construire des immeubles, des villas, des parkings, etc.

Laurette Le Merre est trésorière de l’association pour la protection du site arboré de Chanterelle (1er) : « On a fait appel [ndlr  : suite au rejet en mars dernier du recours contentieux déposé auprès du tribunal administratif de Marseille en août 2012] car les engagements pris par la municipalité lorsqu’elle a acheté ce terrain en 2004 - garder un maximum d’espaces verts et des constructions destinées à l’intérêt collectif - n’ont pas été respectés.  » Même si, suite aux recommandations de l’architecte de France, les promoteurs, Eiffage immobilier et la Caisse des dépôts, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, de gros immeubles sont toujours programmés dans ce qui aurait dû être initialement un poumon vert !

Ville au bord de l’asphyxie

Un palmarès des « villes vertes »de L’Express, classait déjà en 2009 Marseille au dernier rang des 20 plus grandes villes françaises concernant la superficie des espaces verts urbains avec 7,6 m2 par habitant (contre 68 m2 pour Strasbourg). Pour Christian Pellicani (PCF), conseiller municipal « rouge » tendance « vert », ça n’a pas évolué dans le bon sens : «  Il n’y a aucune création d’espaces verts dans le plan local d’urbanisme. La mairie se contente de dire qu’avec le parc national des Calanques, le Massif de la Nerthe et le Massif de l’Etoile, Marseille affiche un taux d’espaces verts important. Mais en terme d’écologie urbaine, on va plutôt vers une minéralisation. Il n’y a qu’à voir le Vieux Port !  »

Pour Michèle Poncet-Ramade, «  on perd nos espaces publics, Marseille devrait avoir 400 squares au moins !  ». Pour l’heure, la plupart sont fermés ou peu entretenus. Dans le budget primitif 2013 de la Ville, les espaces verts sont noyés dans la rubrique « environnement » dont le budget alloué arrive en avant-dernière position avec 80,5 millions d’euros. «  Peu de moyens humains sont donnés aux espaces verts », déplore Christian Pellicani. Le parc Longchamp n’est pas épargné. Passé la restauration de sa fontaine, de ses « fabriques » et des cages de l’ancien zoo, c’est la bérézina : herbe calcinée, déjections canines et poubelles qui débordent. Les animaux - heureusement factices - du Funny Zoo sont étêtés, éventrés ou amputés. Un gardien nous explique qu’ils travaillent par équipe de cinq mais que la nuit personne ne surveille le parc  : «  Il y a une caméra, je crois, mais elle ne couvre pas toute la superficie !  » Le futur parking souterrain de plus de 500 places - dont la construction nécessitera d’abattre de nombreux arbres - sera probablement mieux protégé ! «  Pour l’instant, le dossier est bloqué mais nous restons vigilants car cet été un arbre a été abattu, déplore Marie-Ange Andreï de SOS Longchamp. Voyez celui-ci cerclé de vert, il va l’être aussi !  »

Samantha Rouchard

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