Contact

Abo, dons, adhésions

Histoires de (Jean)-Noël

le 11/12/2013

Jean-Noël Guérini a devancé la publication du rapport de la Chambre régionale des comptes sur sa gestion du CG13 en le distribuant à la presse. Une opération de déminage un peu trop criarde.

«  Je vous dois la vérité.  » Vendredi 11 octobre, c’était noël avant l’heure au Conseil général des Bouches-du-Rhône, présidé par Jean-Noël Guérini. S’il n’était pas venu se confesser sur les multiples mises en examen qu’il partage avec son frère Alexandre, dont une pour « association de malfaiteurs », le sénateur socialiste avait beaucoup à dire concernant le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur sa gestion de la collectivité depuis 2006, qui a été remis à tous les journalistes. Surtout pour endiguer les premières fuites publiées quelques jours plus tôt…

Très technique, ce qui ne devrait pas déplaire au juge Duchaine qui instruit le « Guérinigate » et est à l’origine de l’instruction de la CRC, mais finalement moins croustillant qu’annoncé par nos confrères, le document contient cependant quelques morceaux de choix. Les nombreux risques pointés sur les marchés publics (voir encadré) ? «  Comme par hasard, il s’agissait de marchés se rapportant à l’actualité judiciaire !  », s’offusque le président du CG13. Les multiples interventions de l’ancien président du Crif (Conseil représentatif des juifs de France), Clément Yana, qualifié de « conseiller sans titre » par la CRC, au profit de multiples associations communautaires et cultuelles ? Du bénévolat ! Le très exotique «  fonds spécial d’intervention  » ? «  Une ligne utilisée lorsque les budgets des délégations sont trop justes  » ou «  pour des investissements pour la ville de Marseille  ». La gestion très locale des subventions aux associations ? «  Bon nombre de remarques sont extraites des audits du Département, [qui est] une des rares collectivités, au niveau national et je ne dis pas au niveau local, à avoir un contrôle interne et externe  », triomphe Jean-Noël Guérini.

Conte et mécomptes

Ce joli conte ne résiste cependant pas à la réalité. Sur les subventions, le gros morceau du document (40 pages sur 100), la CRC tacle méchamment : les audits si chers au président du CG13 sont «  peu contraignants  » et ont «  un impact limité ou inexploité  ». Exemple de la Fédération des chasseurs des Bouches-du-Rhône (FDC 13). Page 80, la CRC s’étouffe : «  Le rapport d’audit […] réalisé en 2011 conclut simplement à un indicateur orange (1), en dépit des nombreuses irrégularités relevées.  » Quelques lignes plus loin, elle voit carrément rouge : «  Les activités de communication […] auraient mérité quelques investigations plus poussées au regard des risques de gestion intéressée […] pour le bénéficiaire réel des fonds accordés par la collectivité [720 320 euros entre 2006 et 2010] » A savoir, le sulfureux Jo Condé, président des chasseurs jusqu’en 2011, condamné définitivement la même année pour vol, recel et corruption pour des faits liés à sa gestion très personnelle. Si Jean-Noël Guérini se targue d’avoir fermé le robinet en 2011, il semble bien y avoir été plus poussé par la justice que par ses services…

Plus savoureux encore. Ex de l’ancien maire PS de Marseille Robert Vigouroux et créatrice d’associations consacrées à la mode, Maryline Bellieud-Vigouroux est elle passée jusqu’à présent entre les gouttes. En 2009, un audit lui accorde un blanc seing (indicateur vert)… tout en relevant les difficultés financières des structures mais en fermant les yeux sur quelques libéralités relevées par la chambre : frais de représentation, frais de déplacement ou encore honoraires versés à une société de conseil dont elle est gérante. Les trois structures qu’elle chapeaute, fusionnées en une seule en 2010, ont reçu la bagatelle de 1 257 000 euros du CG13 entre 2006 et 2011. Et encore « 300 000 euros en 2012 et 250 000 euros en 2013  », reconnaît Jean-Noël Guérini qui promet un nouvel audit. Une sévérité impitoyable.

La liste est loin d’être exhaustive mais le président du Conseil général ne voit de son côté que «  de rares erreurs [non] significatives  ». Mieux, à la fin de son show, en bon catholique il prophétise : «  Dieu reconnaîtra les siens.  » A moins que ce ne soit le juge Duchaine…

Jean-François Poupelin

1. Sur l’échelle du risque : vert, orange, rouge et noir. A partir du troisième indicateur, les subventions sont gelées «  en attendant la mise en place des recommandations de l’audit  ».

le Ravi fête son 10ème anniversaire et ça risque d’être le dernier ! Pour s’abonner, pour faire un don, le "Couscous Bang Bang" c’est par ici !

Marchés privés
Dans le cadre de son examen des marchés publics du CG13, la CRC s’est penchée sur trois entreprises. D’un côté, ABT et Alba sécurité, qui tiennent une bonne place dans l’enquête du juge Duchaine ; de l’autre, Climatech, un chauffagiste spécialisé dans les marchés à bons de commande du CG13, secteur entretien des bâtiments, qui a remporté 17 marchés pour quelques 9,2 millions d’euros entre 2006 et 2010. L’entreprise a eu les honneurs d’une enquête du Ravi et de Mediapart (octobre 2012) sur ces marchés très spéciaux. Nous y relations de curieuses pratiques, sur lesquelles pèsent des soupçons de favoritisme. La CRC se pose à peu près les mêmes questions. Elle s’étonne notamment d’un critère de notation des appels d’offre qui « permet à Climatetch d’être attributaire de tous les lots de chauffage et plomberie concernés en 2009 et 2010 alors même que l’entreprise n’est jamais première pour la valeur technique ou pour le premier sous-critère de prix ». Encore une erreur non significative ?
J-F. P.

@-Leravi - http://www.leravi.org