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Du communisme municipal...

De quoi Brignoles est-il le nom ?
le 1er/01/2014

…et de ses petits tracas. Radiographie, à la veille des municipales, des villes gérées par le PC, coincées entre le PS, le PG et la montée du FN.

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des maires communistes. Mais, si le « Midi rouge » n’est plus, il reste en Paca des villes où l’empreinte des « rouges » ne saurait se résumer aux plaques de rues. Chacune a sa spécificité. Aubagne et ses transports gratuits. Martigues et sa mairie aux allures de vaisseau spatial. Arles et ses ateliers SNCF. Gardanne et ses fumées d’usine...

Le coup de semonce de Brignoles a rappelé la précarité de ce qui hier encore était considéré comme des bastions. Précision d’Alain Hayot, vice-président PCF à la Région : «  Considérer Brignoles comme un fief du PC, c’est une galéjade. Là-bas, le PC ne l’a emporté qu’à la faveur de triangulaires.  » Et d’asséner : « Ce que cela nous dit, au-delà de la profonde recomposition de la droite, c’est que l’électorat de gauche a perdu espoir et vote désormais avec ses pieds. Dans ce contexte, le Front de gauche résiste plutôt bien. Après, quand les écolos jouent aux apprentis-sorciers, comment s’étonner qu’une ville soit servie au FN sur un plateau ?  »

Le « grand frère » socialiste

Peut-être afin de se rassurer, le PC vient de présenter à ses ouailles une étude de l’Ifop qui voit les «  municipales  » comme une «  opportunité pour valoriser les atouts décernés au communisme municipal  », à commencer par «  l’image très favorable associée aux élus communistes municipaux  » et les «  spécificités de la ville communiste  ». Reste que si cette étude met en avant la «  proximité  » et «  l’accessibilité  » de l’élu, cela n’a pas empêché le député-maire de Martigues, Gaby Charroux, d’esquiver nos questions. Serait-ce dû à la candidature dissidente de celui qui l’a installé à la tête de la ville, Paul Lombard ? Ou à une droite plus agressive, avec, pour l’UMP, Michèle Vasserot, qui s’était distinguée aux législatives en s’interrogeant sur une alliance avec le... FN ?

A moins que ce ne soit dû à la nécessaire entente cordiale avec le « grand frère » socialiste, une entente qui fleure souvent le mariage de raison ? Mais qui, parfois, confine au libertinage. Comme à Aubagne où la majorité va, de l’aveu même du maire Daniel Fontaine, «  de l’extrême-gauche au Modem. Depuis 1965, dans une ville où le maître-mot est le partage, on a appris, en allant au-delà de la gauche traditionnelle, à travailler ensemble ». Il faut bien ça pour faire face à la montée du FN, Jean-Marie Le Pen «  himself  » s’étant invité à la permanence de la candidate frontiste. Et mieux vaut jouer l’union quand la Chambre régionale des comptes (CRC) pointe le poids de la «  dette  » et des «  charges de personnel  ». Sourire de Fontaine : «  La solidarité, ça coûte cher.  »

Rassemblement dans l’autonomie

Comme les divisions ? Ainsi, à Gardanne, le maire sortant, Roger Meï, doit faire face à la candidature d’un patron socialiste, Jean-Brice Garella, avec le soutien d’EELV. Une situation que dénonce Alain Hayot : «  Le PS prend une fois de plus la responsabilité de fragiliser la gauche.  » Soupir du maire : «  A chaque élection, j’ai quelqu’un qui me trahit. Je commence à avoir l’habitude. Ici, le PS est dans l’opposition.  » Celui qui dirige la ville depuis 1977 préfère rappeler que «  Gardanne, c’est la solidarité. Notamment à l’égard des Roms. Plutôt que de les stigmatiser, on a fait le pari d’accueillir une douzaine de familles. Et ça se passe bien. Si chacun faisait un effort, plutôt que de chercher des boucs-émissaires, on n’aurait pas d’affaire Leonarda  ». Un pari risqué face au FN dans une ville où Jean Roucas devait se produire : «  Ici, le combat face au FN, on a l’habitude. Quand les Mégret ont pris Vitrolles, on a accueilli le Sous-marin...  »

Et à Arles ? Si les socialistes ont pu, un temps, envisager de présenter un candidat, «  il semble que ce ne soit plus à l’ordre du jour, nous dit le patron du PC arlésien, Nicolas Koukas. Comme à Paris, on a fait le bilan du travail réalisé en commun et, même si on a parfois des différends, on n’a pas à en rougir  ». Sans parler de la générosité, comme l’a pointé la CRC, de la Région à l’égard de la ville : «  On a la chance que Michel Vauzelle soit arlésien  », reconnaît l’élu. Qui se montre plus inquiet, face à une droite passablement divisée, de la montée du FN. Et qui ne cache pas son agacement face à une liste «  d’extrême-gauche qui va du NPA au PG en passant par EELV  ». Réponse d’André Lubatti, du PG d’Arles : «  On ne peut se résoudre à soutenir un maire qui, travaillant main dans la main avec le PS, considère le PCF, comme il l’a dit au Figaro, comme un parti "tranquillement vieillissant" auquel il ne fait même plus référence sur ses affiches.  »

De fait, si, dans la région, les relations entre le PC et le PG sont relativement apaisées, «  ce serait mentir de dire que personne ne regarde ce qui s’est passé à Paris ou ne s’interroge sur l’avenir du Front de gauche », nous dit-on au PG. Et de se rassurer en mettant en avant le beau consensus qui règne à Marseille : face à un PS divisé, le Front de gauche appelle au «  rassemblement le plus large possible  »... en présentant une liste autonome !

Sébastien Boistel

@-Leravi - http://www.leravi.org