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L’UMP dans la gueule de l’extrême-droite ?

le 3/01/2014

Poussée par son électorat à des alliances avec le FN, l’UMP reste droite dans ses bottes. Mais est sous la menace du FN.

« Pour Christian Estrosi, le problème n’est pas la gauche, qui n’est pas sûre d’être présente au second tour, mais le FN. » La situation niçoise décrite par Jean-Christophe Picard, secrétaire des radicaux de gauche (PRG) des Alpes-Maritimes, est loin d’être une exception à cinq mois des municipales. La montée du Front national inquiète partout dans la région. « Paradoxalement, alors qu’elle est dans l’opposition, l’UMP se focalise sur le FN », confirme le politologue Thomas Guénolé.

Non sans raison. Signe que les errances de l’UMP sont un échec - du recyclage d’anciens frontistes à l’extrême-droitisation chère à Nicolas Sarkozy -, sondage après sondage, l’électorat du parti de Jean-François Copé pousse ses dirigeants à des alliances avec le Front national. Si en 2008 l’UMP avait réussi à endiguer l’immigration de ses troupes vers la formation d’extrême droite, cette année de simples militants comme têtes de gondole rejoignent le Rassemblement Bleu Marine, sas de décontamination avant le FN. A Avignon, deux adjoints de Marie-Josée Roig viennent ainsi d’être exclus pour leur tentation extrémiste...

Autre mauvais signal pour l’UMP, la défaite en duel à Brignoles. Le FN y a grimpé dans les bureaux de vote favorables à la droite. Une défaite jugée « écrite d’avance » par Bruno Gilles, secrétaire départemental de l’UMP dans les Bouches-du-Rhône, mais également « inquiétante » par Jean-Pierre Giran, député du Var. « Brignoles doit être une leçon pour l’UMP. Le problème n’est pas de critiquer le gouvernement ou de contrer le FN, mais de définir ce qu’est la droite républicaine, gaulliste. Ce que nous sommes », plaide le candidat aux municipales à Hyères. Un vœu pieux ? De Jean-François Copé (remise en cause du droit du sol), à Christian Estrosi, en passant par le recours de Georges Ginesta, député-maire de Saint-Raphaël, contre la construction d’une mosquée à Fréjus, l’UMP continue de puiser dans les idées du FN et à renchérir sur ses thèmes de prédilection.

In fine, cette stratégie la renvoie aux années 90, lorsque le FN battait la droite en duel, déjà dans le Var, et partait à la conquête de Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange. « L’UMP a le choix entre les législatives de 97 et les régionales de 86 (Gaudin s’allie au FN), analyse Thomas Guénolé. Dans le premier cas, ce sera une catastrophe pour elle au sud de Valence à cause des triangulaires ; dans le second, elle créée une crise nationale et perd ses alliés de l’UDI. »

Ecole buissonnière

Résultat, s’ils ont clairement choisi la première option et promettent l’excommunication aux infidèles, les responsables de l’UMP doivent monter au front. Battre le pavé pour récupérer les électeurs tentés par le FN et rappeler à leurs troupes que le parti d’extrême-droite est d’abord un adversaire politique qui a fait perdre la présidentielle et les législative de 2012. Mais aussi les surveiller comme le lait sur le feu. Bruno Gilles reconnaît ainsi qu’il y a « un suivi attentif des communes à risques ». En particulier, celles où les responsables locaux pouvaient être tentés par une alliance Bleue Marine au second tour. A Vitrolles et Arles, le secrétaire départemental de l’UMP 13 avoue avoir imposé les têtes de listes. Il a également validé toutes celles des Bouches-du-Rhône. En croisant les doigts : «  Peut-être qu’un 30ème ou 32ème de liste sera au FN. Il y a 119 communes dans le département, dont 114 avec un candidat UMP, je ne peux pas vérifier tous les noms. » Du cinéma d’anticipation ?

Un temps tenté par cet entrisme, le FN a revu ses prétentions à la hausse. « S’ils veulent nos voix, ils doivent accepter nos gueules, prévient Frédéric Boccaletti, secrétaire départemental du FN du Var et candidat à Six-Fours. Pour qu’il y ait accord, il faut qu’il soit annoncé publiquement et que l’élu se prévale du FN. » Pour l’extrême droite, le jack-pot pourrait une fois de plus venir du Vaucluse. A Sorgues, un élu de la majorité de Thierry Lagneau, conseiller général et secrétaire départemental de l’UMP, se lance aux municipales avec Marion Maréchal (nous voilà) Le Pen. Associés à Jacques Bompard (1), député-maire d’Orange Ligue du Sud, ils peuvent faire main basse sur la communauté de communes des pays Rhône Ouvèze.

Municipales, intercommunalités, sénat, en 2014 les scrutins s’emboîtent et l’UMP se rassure comme elle peut : un probable fort rejet de la gauche, avec le risque de duels UMP-FN notamment dans le Var, et une relative stagnation du vote FN. Le sénateur marseillais Bruno Gilles, expert en bouillabaisse électorale : « Le FN progresse en voix et pas en pourcentage ! » Est-ce une bonne nouvelle ?

Jean-François Poupelin

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1. Comme tous les maires FN élus en 1995, Jacques Bompard va passer par la case justice, pour prise illégale d’intérêt dans deux affaires immobilières.

@-Leravi - http://www.leravi.org