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Moules farcies et les aventuriers de la spatule

Cuisiner, c’est déjà résister
le 5/02/2014

Tous les mois dans le Ravi, une recette relevée ! Ne loupez pas le prochain numéro !

Pas un mot dans le monte-charge qui descend les mineurs au fond du trou. Inutile de discuter dans un instant aussi rempli d’unité et de solitude : Ils plongent comme un seul corps dans un vacarme de ferraille, la roche coupante défilant à portée de main, harnachés, casqués ; Ils vont travailler à mille mètres sous terre alors que le monde entier lit Voici en buvant du Vermouth à la terrasse des cafés. Le monde ne se moque pas de leur existence, il l’ignore.

NON, ne nie pas ! Lecteur, toi aussi quand tu te brosses les dents le matin, tu ignores ceux qui sont levés depuis quatre heures déjà et qui turbinent dans une mine souterraine. Et de la même manière quand tu te gaves de petits pains fourrés dans des meetings plus ou moins fréquentables, tu ignores l’ambiance caféinée qui, quelques dix heures plus tôt règnait dans la cuisine, la cuisine même d’où sortent ces petits pains fourrés que tu engouffres dans ta bouche, l’un après l’autre, comme une fuite en avant vers la Fin des petits pains fourrés.

Les cuisiniers se lèvent pourtant au petit matin et débitent des légumes qu’ils cuisent dans de grandes marmites pleines de vapeur qui s’échappe. Ils partagent leurs points de vue sur la cuisson de l’ornithorynque et leur amour incompris pour le beurre noir, ils brossent des milliers de patates, malaxent des pâtons gros comme des têtes humaines, suent à grosses gouttes et se font goûter des préparations dans de minuscules cuillers. Et quand le mixeur rend l’âme, que le mitigeur explose, qu’untel se fait une entorse sur une peau de courgette, que les canalisations débordent, que des champignons développés dans des restes louches mais néanmoins réfrigérés se reproduisent sans ménagement jusqu’à donner naissance à une amanite phalloïde géante et néanmoins réfrigérée qui dévore toutes les préparations, que l’alarme incendie hurle à la mort, que les aiguilles de l’horloge se mettent à courir vers l’heure de livraison puis a tomber une à une sur le sol désolé de la cuisine, que les plombs sautent, que les marmites débordent, que les mayonnaises retombent inertes et qu’on tente de les réveiller à coups de fouet, alors ils me font penser aux équipages de pirates qui autrefois arpentaient les mers du Sud : Unis par cette amitié efficace qui résiste aux tempêtes et qui fait face en bloc aux typhons. Car la nourriture doit être prête quoi qu’il advienne, on se serre les coudes et on trouve les solutions, à l’écoute de ce que fait chacun, de ses capacités physiques, de son souffle, du bruit de son couteau, de la forme de son dos quand il soulève une charge.

Et quand parfois il fait noir dehors et qu’aucun bruit ne parvient plus jusqu’aux cuisines, comme si le monde était fini mais que personne n’avait pensé à prévenir les cuisiniers, ils sentent qu’ils préparent peut-être à manger pour des humains désintégrés et connaissent sans doute l’isolement des spationautes lorsque la radio, seul fil les reliant à leurs semblables, n’est bonne qu’à leur mitonner une vilaine friture. A moins qu’un ange ne se pointe au hublot et propose de faire la vaisselle ou d’éplucher des carottes.

Alors, cher lecteur, daigne apprécier comme il se doit l’aventure humaine qui se déroule en amont de ton petit pain fourré. Et si tu rêves de sensations fortes, que le quotidien t’ennuie et que tu veux goûter aux sus-décrites atmosphères de franche camaraderie gastronomique, tu peux toujours pousser les portes de mes cuisines les jours où des services de traiteur se préparent, on te trouvera quelque chose à faire.

Si par contre tu n’as pas que ça à faire de bosser pour des prunes voici une idée de plat à préparer entre amis et à manger comme des petits pains fourrés à condition de retirer la coquille.

Pierrick – Le Grain De Sable


Moules farcies en persillade

Il faut pour 4 personnes :

2 kilos de grosses moules

Un gros bouquet de persil

50g de beurre demi-sel

6 gousses d’ail

Chapelure

Préparer un beurre d’ail : Laver, sécher, effeuiller et hacher finement le persil au couteau. Presser l’ail et le mélanger au persil et au beurre. Poivrer cette préparation à l’envi.

Faire préchauffer le grill du four. Nettoyer les moules et les faire s’ouvrir dans une grande gamelle sans ajouter d’eau mais en couvrant. Dès qu’elles sont ouvertes, les retirer du feu et les farcir avec une petite cuiller. Il est important de disposer les moules bien à l’horizontale sur la plaque du four. On peut par exemple utiliser un lit de gros sel pour les caler. Déposer ensuite une bonne pincée de chapelure dans chaque moule. Enfourner quelques minutes à mi-hauteur jusqu’à ce que ça commence à dorer. C’est prêt !

@-Leravi - http://www.leravi.org