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Municipales : ces villes qui pourraient basculer en Paca

le 13/03/2014

De droite à gauche, de gauche à droite, sans oublier l’extrême droite, petit tour d’horizon en Provence-Alpes-Côte d’Azur des villes qui peuvent changer de bord politique aux municipales.

Dans une région très à droite et un contexte national défavorable à la majorité en place, il serait tentant d’attribuer une prime à l’UMP et son allié centriste l’UDI en mars prochain. Mais le cas de plusieurs grandes villes pourrait déjouer ce pronostic. D’abord dans les Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence et à Marseille, où les deux édiles de droite, Maryse Joissains et Jean-Claude Gaudin qui se représentent, pourraient vaciller.

« Face à un candidat probablement usé même pour une partie de l’électorat de droite, Mennucci (1) essaye d’être le plus apolitique possible, analyse Raphaël Liogier (2), professeur de sociologie à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Sa campagne est essentiellement technique, elle se base sur les frustrations objectives des Marseillais : le développement économique, les transports, la saleté... Lors des primaires, il a également pris un gros risque en s’attaquant frontalement au « système » FO et à la CGT, qui ont un pouvoir de nuisance électoral important. Si les directives de vote n’ont pas pesé à ce moment-là, je vois mal comment elles pourront le déstabiliser lors de l’élection générale. » Cette prime à l’argument technique pourrait également selon le sociologue faire perdre Maryse Joissains à Aix, minée par les casseroles judiciaires.

Bascule à gauche ?

Néanmoins, à Marseille, l’issue du scrutin reste plus que jamais incertaine, d’abord en raison du mode d’élection par secteur et compte tenu du pouvoir de nuisance prêté au socialiste banni Jean-Noël Guérini (lire page 12). Le rôle du FN, crédité de plus de 20 % au deuxième tour, sera aussi prépondérant, pouvant capitaliser à droite mais aussi à gauche : « Quand Marine Le Pen dit "Hollande est un mauvais président car il n’est pas assez socialiste", c’est clairement du national-socialisme, poursuit Raphaël Liogier. Nous avons un FN populiste qui prétend être mystiquement relié au dessein du peuple, qu’il soit de droite ou de gauche. » Dans le reste des Bouches-du-Rhône, la droite peut nourrir des espoirs à Salon-de-Provence, forte du très bon résultat obtenu par Nicolas Isnard (UMP) lors des législatives (50 % au deuxième tour). Quant au FN, il pourrait tirer les marrons du feu à Tarascon (lire aussi sur les ambitions régionales du FN en pages 10 et 11). Il y est très bien implanté, avec une gauche faible et une droite déstabilisée après la condamnation récente du maire UMP sortant, Charles Fabre, pour favoritisme.

Autre ville dans le viseur de la gauche, Avignon. Avec une Marie-Josée Roig (UMP) au bout du rouleau qui ne se représente pas et une violente dissidence à droite, la socialiste Cécile Helle est plus que jamais favorite. A Carpentras, toujours dans le Vaucluse, où le socialiste Francis Adolphe avait pu être élu grâce à une quadrangulaire, le PS veut encore y croire, malgré une sociologie très à droite. « Le maire sortant peut profiter de son très bon bilan, il a redonné du dynamisme à cette ville, juge Jean-François Lovisolo, premier secrétaire fédéral PS du « 84 ». Il a de plus ouvert sa liste au centre droit cette année. Même si le FN est en mesure de faire un score très important, je crois que les deux listes de droite (celle du député Julien Aubert, investi par l’UMP, et celle dissidente de Jean-Luc Becker, qui s’était déjà maintenu au second tour en 2008 contre l’UMP, Ndlr) sont allées trop loin dans l’affrontement pour se rassembler. »

Une droite déchirée

Dans le nord du département, trusté par les époux Bompard (Ligue du sud, extrême droite), la gauche rêve d’emporter Bollène. Dans cette ville historiquement à gauche, Marie-Claude Bompard avait réussi à triompher de peu en 2008 dans une triangulaire. Moins implantée et moins stratège que son mari, elle affrontera également une dissidence venue de ses propres rangs. Pour l’emporter, le PS a dépêché cette année un poids lourd du département, Jean-Pierre Lambertin, ancien député et maire de Lapalud depuis 1977, mais qui n’a pas le soutien du Front de gauche. L’union de toute la gauche n’a pu se faire non plus à Orange. Mais pour la première fois, Anne-Marie Hautant (Les Verts – parti occitan) a réussi à s’entendre avec le PS. Objectif annoncé, provoquer un deuxième tour, là où Jacques Bompard est élu dès le premier depuis 2001…

Enfin, dans le Var, c’est la droite qui est à l’affût pour conquérir Brignoles et La Seyne-sur-Mer en misant sur deux députés. A La Seyne, Philippe Vitel tentera de déloger le socialiste Marc Vuillemot, élu de justesse en 2008. Mais un autre candidat se présente à droite, Daniel Canépa, un proche de Claude Guéant, soutenu par le député Jean-Sébastien Vialatte. Concernant Brignoles, où une liste de l’union de la gauche tentera de reprendre le flambeau du communiste Claude Gilardo, le FN est en mesure de l’emporter. Laurent Lopez, récemment élu conseiller général avec fracas, est donné gagnant au premier tour par un récent sondage avec plus de 35 % des voix. A droite, c’est la députée UMP Josette Pons qui se présente avec l’UDI. « Je ne parierai pas un euro sur l’issue du scrutin, analyse Mireille Peirano, première fédérale PS du Var. En cas de triangulaire, tout est possible… » Le FN est aussi en embuscade à Fréjus avec son maire UMP sortant et ses casseroles judiciaires. Finalement, ces élections municipales seront encore soumises à l’attitude adoptée le soir du premier tour. Front républicain ou Front tout court ?

Clément Chassot

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1. Donné gagnant par un récent sondage.
2. Auteur de « Ce populisme qui vient », septembre 2013, éditions Textuel.

@-Leravi - http://www.leravi.org