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Au pays de « Baratin de Ramascon »

Tarascon (13) future ville FN ?
le 19/03/2014

Face à un FN « new look », une droite discréditée, et une gauche atomisée dans une ville paupérisée : Tarascon (13), futur labo du marinisme ?

C’était au lendemain du 21 avril. Lors du discours de clôture de l’université d’été du FN, à Annecy, Jean-Marie Le Pen avait affublé le premier ministre de l’époque d’un surnom dont il a le secret. Ce jour-là, Raffarin devint le « cousin de Tartarin de Tarascon : Baratin de Ramascon ». Une décennie plus tard, alors que la fille a pris la place du père, dans les Bouches-du-Rhône, c’est peut-être la ville du héros d’Alphonse Daudet qui risque le plus de tomber entre les mains du FN.

Sur les murs de cette Arles du pauvre, le visage du Front est partout. Avec son sourire figé et son pedigree de directrice d’école en ZEP, la conseillère régionale frontiste Valérie Laupies fait la synthèse entre lepénisme traditionnel et marinisme de façade. Avouant sans peine que c’est sur les conseils d’ « Alain Soral » qu’elle est passée du MRC (chevènementistes) au FN, elle estime que les habitants « ne reconnaissent plus leur ville » : la faute à une « forte population immigrée qui s’est implantée et qui, petit à petit, s’est rendue visible en imposant son mode de vie ». Certes, avoue-t-elle, personne ne lui a encore demandé de porter le voile et elle sait qu’un maire ne peut régir le mode vestimentaire de ses ouailles mais, crache-t-elle, « je n’accorderai plus de subvention à la fête de l’Aïd ». Et de fustiger les « cours d’arabe » dans son école où « le problème, ce sont les enfants qui ne savent pas parler français ».

Dans une ville qui a placé Marine Le Pen en tête à la présidentielle, cette fille de socialiste marié à un fils de communiste aura fait vaciller aux législatives Michel Vauzelle, avec le coup de pouce, il est vrai, de l’UMP. Mais, dans une ville où le chômage flirte avec les 14 % (la population d’origine maghrébine se voyant remplacer par des ouvriers agricoles venus d’Amérique latine !), pourrait-il en être autrement ? Les trois maires UMP qui se sont succédés ont tous eu à faire à la justice ; le sortant, Charles Fabre, ne briguant pas de nouveau mandat après avoir été condamné pour « favoritisme » dans l’attribution du marché de la cité... judiciaire. L’UMP se voit soutenir le conseiller général UDI Lucien Limousin.

Quant à la gauche, elle est, elle, atomisée. Alors que les discussions entre le Front de Gauche et le PS auront vite achoppés, dernièrement, entre le PC et le PG, le torchon brûle. Résultat ? Le PS soutient, faute de mieux, l’opposante « divers gauche » Marie-Chantal Bernard tandis que le Front de Gauche aura pour candidate la communiste Emmanuelle Bonhomme, soutenue par le PG et par la fédération du PCF 13... mais pas celui de la section locale du PC ! Ou alors, nous dit-on, du bout des lèvres. A cela s’ajoute le retour de Jean-René Soler, passé par le PC, le PG, et se disant membre du PS sans en avoir l’investiture ni le soutien... mais traînant une vieille réputation de guériniste.

Autant dire qu’au vu de ce cocktail détonnant, le risque FN est énorme. D’ailleurs, Marine Le Pen ne s’y est pas trompée en prenant la peine de venir soutenir Valérie Laupies à Tarascon. Et d’en profiter pour faire un crochet à Beaucaire (30), une ville qui, non contente d’être juste à côté de Tarascon, pourrait, elle aussi, tomber dans l’escarcelle du FN. En 2002, le thème de l’université d’été du Front était « la démocratie totalitaire ». Comme quoi, au pays des aveugles, les borgnes arriveraient presque à être visionnaires...

Sébastien Boistel

@-Leravi - http://www.leravi.org