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MPM à la rescousse des promoteurs sur Euromed

le 17/04/2014

Afin de faire entrer Marseille dans le 21e siècle, les responsables politiques locaux veulent des grattes ciel en bord de mer. Au point de les financer, comme l’a fait Eugène Caselli, l’ex-président PS de la communauté urbaine. Guy Teissier, le nouveau président UMP, fera-t-il mieux ?

C’est la future « skyline » marseillaise qui fait frémir de plaisir les politiques locaux. Quai d’Arenc, au cœur d’Euroméditerranée, trois gratte-ciels de bureaux et de logements haut de gamme doivent surgir, aux côtés de la tour déjà existante de l’armateur CMA-CGM. Un pari lancé en 2002 par le promoteur marseillais Marc Pietri (Constructa) qui se faisait fort d’attirer les « plus grandes entreprises françaises » dans ce quartier extrêmement pauvre.

De fait, ce sont plutôt les contribuables marseillais qui vont commencer par mettre la main au portefeuille. En mars 2012 lors d’un déjeuner organisé par Constructa au Carlton de Cannes à l’occasion du Mipim, Eugène Caselli, président (PS) de Marseille Provence Métropole (MPM), annonce à la presse le déménagement des services de la Communauté urbaine des docks de la Joliette vers la future tour de 135 mètres dessinée par Jean Nouvel (cet article a été publié en mars, avant les élections municipales dans le Ravi et sur le site de Mediapart. Depuis, Guy Teissier est devenu le président UMP de MPM).

Pas de mise en concurrence, pas de consultation du personnel, emballé c’est pesé : le 26 octobre 2012, le bureau de MPM vote la location à partir de mai 2016 de 12 étages du futur gratte-ciel pour plus de 7 millions d’euros par an. A l’unanimité moins deux voix, celles de Patrick Mennucci, candidat PS à la mairie, et Renaud Muselier (UMP), « mon copain d’enfance », rit jaune Marc Pietri. « Si je comprends bien c’est de l’argent public qui va aider des investisseurs privés », grondait le député PS en octobre 2012. Depuis, le ton a changé : « Le bail est voté, on est tenu par des obligations », balaie Patrick Mennucci. La décision engage en effet MPM, et partant la future métropole dont l’Etat n’a pas encore choisi le siège, sur douze ans…

Une tour sauvée, trois de gagnées

Consultés par MPM, les domaines n’avaient pu évaluer le prix du fait de l’« inexistence du marché » pour ces gratte-ciels. A 310 euros le m2, le prix est plus élevé que dans un bâtiment standard, mais « pas manifestement supérieur à celui du marché local », a de son côté tranché en juillet 2013 le tribunal administratif saisi par trois contribuables. Sur la base d’une étude confidentielle commandée en février 2012 par Constructa pour tenter de convaincre MPM de déménager.... « C’est un rapport financé et commandé par le bailleur, cela aurait dû être pris avec beaucoup de réserve », regrette Nouredine Abouakil, un des trois requérants (qui ont fait appel).

Est-ce vraiment le rôle des collectivités de voler ainsi au secours des promoteurs en détresse ? « MPM a été approchée pour déménager à la tour Jean Nouvel car le promoteur ne trouvait pas preneur », affirme Nouredine Abouakil. Ce que confirme une source institutionnelle : « Marc Pietri est allé voir la ville de Marseille, où il a convaincu tout le monde. Il est aussi allé voir Eugène Caselli, comme il le fait à Evry ou à Mantes la Jolie. » De son côté, Marc Pietri assure que c’est Eugène Caselli qui a demandé « à regarder la tour, à condition que ce soit à budget constant ». Il reconnaît que MPM a « peut-être » sauvé la mise de sa première tour de bureaux, dont dépend le lancement des deux autres. « Aujourd’hui, pour obtenir les financements, il faut avoir pré-loué à 70 %, détaille Marc Pietri. J’avais déjà 30 %. Il m’aurait fallu aller chercher ces investisseurs, lancer une grande campagne… » Aujourd’hui, la Marseillaise serait louée à 63 %, dont 46 % par MPM, puis Orange, Sodexo, la Caisse d’Epargne, et la société Constructa elle-même. Des entreprises déjà implantées à Marseille, qui ne feront donc que déménager une partie de leurs services, sans créer, a priori, d’emplois supplémentaires.

Du côté de MPM, on assure que l’idée est d’en profiter pour réaliser un projet d’insertion dans ce quartier déshérité, et non un îlot de richesse déconnecté. Pour arrondir les angles, Marc Pietri a en effet inclus dans son projet une salle de sports, une crèche de 50 places, et une convention « pour mobiliser 950 emplois avec des quotas de contrats d’avenir. » En attendant, la tour, dont les travaux doivent commencer en avril, a pris un an dans la vue «  à cause du recours ». «  Nul n’est prophète dans son pays », soupire Marc Pietri.

Louise Fessard & Jean-François Poupelin

@-Leravi - http://www.leravi.org