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Voyage au centre de l’univers (européen)

le Ravi crèche à Bruxelles
le 11/06/2014

Taxée de technocratisme et d’ultralibéralisme, la commission européenne a mauvaise réputation. A raison ? Reportage dans le saint des saints bruxellois, à l’occasion d’une « visite d’information » aux frais de la princesse.

« Je ne veux pas que vous partiez d’ici en pensant que nous sommes des technocrates ! », supplie le fonctionnaire de « l’unité information, communication, relations interinstitutionnelles, évaluation et planification de la direction générale Affaires maritimes et pêche » (sic) de la commission européenne. Ce cri du cœur lancé à une vingtaine de journalistes de la presse écrite, radio, télé et web de Paca et du Languedoc-Roussillon en goguette à Bruxelles, à l’invitation mi-février de sa représentation régionale, en dit long sur l’image qui colle à l’institution européenne.

Mais la réalité est parfois cruelle pour la commission présidée, depuis 2004, par le très libéral Portugais José Manuel Barroso. Principale institution de l’union européenne, avec le parlement et le conseil européen, la commission n’a pas usurpé sa réputation de temple de la technocratie et de l’ultralibéralisme. Installée à quelques centaines de mètres du parc royal et du parlement fédéral belge, dans un îlot qui tient beaucoup du quartier de La Défense, elle est le « chien de garde des 28 pays » de l’UE, explique Michel Maroy, un longiligne conférencier tout droit sorti d’un sketch des Monty Python. Garante d’un obscur « intérêt général », son rôle consiste à mettre en musique les traités signés sans ou contre l’avis des peuples grâce à son monopole de l’initiative législative. D’où la fin des pare-buffles sur les 4X4 comme les négociations secrètes du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (Cf le Ravi n°117).

Entrée rue du Taciturne

Les deux jours du séminaire, aux frais des contribuables européens, auxquels s’est incrusté le Ravi – il avait été oublié -, n’ont pas déçu. Y compris en mettant de côté un décollage à 6h du matin et une matinée à somnoler à la réception du New Hôtel, un quatre étoiles d’une chaîne marseillaise, en attendant le début des festivités. Ouvertes à 14h, elles se déroulent dans une salle de classe de type hospitalière du Charlemagne, un building où flotte les prémices d’une ambiance orwellienne et règne le saint des saints, les directions de l’économie et des finances et du commerce. « Entrée rue du Taciturne », indique le programme. Ça ne s’invente pas…

A l’accueil, un bataillon d’huissiers presque aussi fournit que celui du conseil général des Bouches-du-Rhône ! Mais également une chargée de com. aussi aimable qu’une matonne des Baumettes. Maîtresse du temps et, surtout, de la parole communautaire, cette charmante quadra interdit par exemple toute intervention et toute interview lors du « midday », la conférence de presse quotidienne de la commission où le tutoiement est de rigueur. Une curieuse manière de donner des « sources, des outils, des contacts », comme le promet en ouvrant le bal Benoît Sapin, discret et gentil organisateur marseillais de la représentation régionale de la commission, qu’apprécie moyennement un confrère de France Bleu Provence venu finaliser des sujets sur la pêche et le pinard.

Techno langage inimitable

Les intervenants - espagnols, portugais, belges, allemands ou français, tous francophones - ont également été à la hauteur. Dans un techno langage inimitable, ils exposent doctement les subtilités des réformes des politiques communes de la pêche et du vin et des financements européens en région. Sans jamais s’autoriser un écart de la ligne officielle : les fonctionnaires de la filière viniviticole expliquent ainsi, et sans rire, que leur unité « a fusionnée en janvier avec [celle] fruits et légumes de la DG Agriculture et développement durable [parce que le vin est] un produit agricole transformé », excepté le picrate « bio [qui] appartient à l’unité Bio ». En toute logique… De son côté, notre Monty Python insiste sur l’impérieuse nécessité de « négocier ensemble » pour se « donner des effets de levier dans la compétition mondiale ». Il est invariablement question de nouveaux débouchés, de marchés, etc. Cerise sur le gâteau : le déjeuner d’adieux propose un poisson d’eaux profondes, une pêche que la commission tente d’interdire !

Chargé de la présentation du fonctionnement et du rôle de la commission européenne, Michel Maroy a aussi rappelé quelques vérités dont se vantent rarement nos élus. Notamment que « la feuille de route est donnée par le conseil européen, donc les chefs de gouvernement des 28 états membres ». Une remarque qui amène celle affligée d’un confrère du site d’information marseillais Marsactu : l’Europe politique a été la grande absente de cette classe découverte. Heureusement, Bruxelles est également capitale européenne de la bière belge…

Jean-François Poupelin

@-Leravi - http://www.leravi.org