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Faites le quartier

Marseille
le 18/07/2014

De nombreuses fêtes de quartier, ADN culturel de Marseille, n’auront pas lieu en 2014. Mais des collectifs se mobilisent pour remonter la pente, tisser un réseau et, avec ou sans l’appui des institutions, se réapproprier l’espace public…

Quand la porte se referme, les Marseillais passent par la fenêtre. C’est ce qu’ils s’apprêtent à devoir faire avec la suppression de nombreuses fêtes de quartier. Suite à des coupes dans les subventions publiques, il n’y aura pas, en 2014, de Belle fête de mai (Belle de mai), ni de fête du Soleil (Noailles) ou du Panier. La fête du Plateau (cours Julien) aura bien lieu mais a minima comme ces dernières années…

Sentant le vent tourner, un « collectif des fêtes de quartier » s’est constitué début 2013. Sam Khebizi, le président de l’association les Têtes de l’art, qui, entre autres, porte la Belle fête de mai, en est l’un des initiateurs. Il explique que le premier chantier a été de définir ce qu’était réellement une fête de quartier, d’où la création d’une charte. « Même s’il est dommage qu’on se rassemble au moment de tomber dans le précipice, le but était aussi de sortir de notre isolement, qui n’avait pas de sens », pointe-t-il. Avec l’objectif de se faire entendre par les financeurs publics et de rebondir en 2015…

Pas de fête « low cost »

Concernant la Belle fête de mai, le Conseil général (CG) des Bouches-du-Rhône a réduit sa subvention de 35 000 à 12 000 euros. « On a décidé ensemble de ne rien faire plutôt qu’une fête "low-cost" avec le risque de nous entendre dire l’année suivante "regardez, ce qu’on vous a donné a suffit", poursuit Sam Khebizi. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos du CG, seul financeur. La mairie devrait en être, ces fêtes font vivre un quartier, permettent de mettre en relation plusieurs acteurs sur un territoire. Au lieu de ça elle préfère organiser des fêtes factices, comme la fête bleue… » (1)

Concernant le Panier, devenue la fête populaire la plus importante de la ville, le CG a voulu lui aussi revoir le budget à la baisse. « Mais il n’est pas vrai de dire qu’il ne voulait plus rien financer du tout, explique Maurice Vinçon, le directeur du théâtre de Lenche qui recevait jusqu’à présent 550 000 euros de subventions pour centraliser l’organisation de l’événement. Nous voulions aussi entamer une réflexion après les 20 ans de cet événement, qui n’était finalement plus vraiment une fête de quartier, pour relancer quelque chose de plus humain en 2015.  »

Cette annulation en a en tout cas choqué plus d’un à Marseille. Comme Marie-Hélène Bertucelli, une habitante du quartier de la Capelette qui «  souhaiterait juste qu’on lui laisse faire la fête ». Elle s’est empressée de lancer une pétition qui a recueilli près de 3000 signatures. Autour du Comité d’intérêt de quartier et sous l’impulsion des habitants du Panier, il y aura tout de même une fête le 21 juin, que le CG pourrait financer à hauteur de 30 000 euros.

Réaction citoyenne

Malgré le contexte, d’autres tentent tout de même l’aventure. C’est le cas de Nolwenn Venard, en service civique pour Unis-Cité, et de Gilles Balizet, lui aussi en service civique mais au centre social de la Rouguière (11e). Fin mai, ils y ont organisé une première fête de quartier. «  Avec le peu de temps et le peu de moyens que nous avions (2000 euros, NDLR), on a organisé ça à l’arrache, raconte Gilles Balizet. Même s’il a été au départ un peu difficile d’agréger les gens du quartier aux préparatifs de la fête, nous avons trouvé un soutien auprès du centre social et d’une association, Une terre culturelle… » Finalement, tout s’est bien passé. Les habitants semblent avoir été agréablement surpris et l’éclectisme de la fête a permis à d’autres quartiers de la ville d’y être représentés.

Plus au centre de Marseille, suite à l’issue policière du carnaval de la Plaine 2014, un collectif s’est organisé pour couvrir les frais de justice des quatre personnes interpellées lors de la soirée en organisant par exemple des pique-niques festifs à prix libres. « Nous sommes sans cesse réprimés mais nous voulons continuer d’investir l’espace public, explique Alessandra (2), membre du collectif. Nous réfléchissons aux suites à donner, par exemple comment lutter contre le projet de l’hôtel de luxe des Feuillants sur la Canebière. »

Autre exemple, le collectif Crue d’air, qui a investi une friche du quartier du cours Julien, rue Crudère. Y est prévue la construction d’un immeuble de 7 étages avec piscine sur le toit. Face à une protestation des riverains, le projet est bloqué depuis plusieurs années. « Avec des architectes, des urbanistes, des artistes, nous avons voulu montrer qu’il est possible de faire autre chose de l’espace public », explique Antonio (2). Une petite fête y a été organisée le 1er mai ainsi qu’un repas de quartier le dimanche d’après, qui a rencontré beaucoup de succès. Le collectif veut continuer dans sa lancée et même, symboliquement, présenter un projet à la mairie qu’il sait pourtant très peu réceptive. Mais qui a dit qu’il a vraiment besoin d’elle ?

Clément Chassot

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1. Sollicitée, l’élue à la culture à la mairie de Marseille, Anne-Marie d’Estienne d’Orves, n’a pas souhaité répondre au Ravi.
2. Les prénoms ont été changés.

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