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Travailleurs de l’humain

On ne baisse pas les bras !
le 26/08/2014

Pauvreté, violence, handicap… Tous les jours, ils sont confrontés à ce que la société ne saurait voir. Ils travaillent beaucoup mais gagnent peu. Rencontre avec des apprentis « éducateurs spécialisés » passionnés par un métier où il ne faut vraiment jamais baisser les bras.

«  Il faut aimer les relations humaines, sinon c’est pas possible !  », note Xavier, la trentaine, étudiant à l’IRTS (Institut régional du travail social) en deuxième année d’éducateur spécialisé. Ils sont 90 dans sa promo dont une minorité d’hommes (12). Ils ont de 25 à 35 ans et ont pour la plupart déjà une expérience du social (Aide médico-psychologique, assistant d’éducation…) même si certains ne s’y prédestinaient pas : Medhi a commencé par le commerce, Jean-Yves par une licence de chimie. Les éducateurs spécialisés forment le plus gros bataillon des travailleurs sociaux. On en comptait en France près de 80 000 en 2012. Un déclic, un parcours de vie, une vocation, ils ont tous décidé de travailler avec l’humain. Chacun d’entre eux est confronté à des publics différents, à la misère, au handicap, à la détresse humaine et tente d’apporter une pierre d’humanité et d’équilibre à l’édifice bancal de la société.

Peu de moyens…

«  Ça fait quarante ans que je suis diplômée et beaucoup de ma génération s’accordent à dire que s’ils devaient faire ce métier aujourd’hui, ils choisiraient autre chose  », s’inquiète Margot Jamgotchian, responsable régionale du syndicat Sud Santé-Sociaux et assistante sociale en hôpital psychiatrique. L’argent, c’est le nerf de la guerre. «  On n’a plus beaucoup d’outils en main en terme d’aide et ça, ça pèse assez lourd sur le quotidien des travailleurs sociaux  », ajoute Margot. Les étudiants à l’IRTS ne sont pas dupes, et sont en première ligne, que ce soit dans leurs expériences passées ou pendant leurs stages. Des budgets de plus en plus serrés, plus de rentabilité, Julie, 23 ans originaire du Vaucluse a dû mettre fin au cours de sophrologie qu’elle proposait aux jeunes en difficulté en MECS (Maison d’enfants à caractère social). «  On m’a demandé d’arrêter car il n’y avait pas assez d’inscrits, alors qu’il y avait deux jeunes pour qui c’était bénéfique  », se désole-t-elle. On leur en demande toujours plus, quitte parfois à les mettre en danger. Sophie s’est déjà retrouvée seule à encadrer une dizaine de jeunes alors que trois éducateurs auraient été indispensables. «  On est toujours sur le fil du rasoir, c’est une réalité  », précise la jeune femme.

«  Dans les métiers du social, l’usure vient très vite  », note la syndicaliste. Les étudiants en font bien souvent l’amère expérience durant leurs stages. Jean-Yves parle même « d’éducateurs en souffrance ». Des directeurs de structures qui sont bien souvent des gestionnaires, éloignés des réalités du terrain et un management qui laisse à désirer. «  Ces structures ont une déontologie vis-à-vis du public, qu’elles n’ont pas vis-à-vis de leurs équipes  », note Jean-Yves. Et dans ce métier, c’est bien le travail de collaboration qui prévaut. «  Souvent, on nous trouve courageux de travailler avec tel ou tel public, mais ce n’est pas le public qui est difficile, c’est le travail en équipe, insiste Xavier. De toute façon sans une équipe solide, il n’y a pas de travailleur social.  »

beaucoup de motivation

Une profession qui demande un don de soi et de temps mais aussi bien souvent un sacrifice matériel, car si un éducateur spécialisé débute environ à 1300-1400 euros (net), les étudiants de l’IRTS vivent pour la plupart sur leurs droits au chômage ou leur RSA pendant les trois ans de formation : «  C’est bien simple, j’ai commencé par avoir un salaire, puis 800 euros de chômage et là j’en suis à 400 euros de RSA, ironise Sophie. Tout ça pour me retrouver sans rien au bout des trois ans si je ne trouve pas de boulot !  »

La gratification n’est pas à attendre de leur hiérarchie, ça ils l’ont bien compris, mais de leur public. Ce qui les fait tenir «  ce sont les petites victoires du quotidien  », comme dit Xavier. Faut dire que le travail social il est tombé dedans quand il était petit : un père psychologue qui a commencé éduc spé et un frère qui a pris le même chemin que lui… «  On est plutôt cohérents dans la famille !  », ironise-t-il. Pour Jean-Yves, ce boulot de par les problématiques de société qu’il soulève «  a quelque chose de l’ordre de l’engagement citoyen, pour un autre vivre ensemble  » qu’il met déjà en œuvre dans sa vie de tous les jours. La plupart voudraient s’affranchir des institutions existantes pour monter dans l’idéal leur propre structure, pour Marjorie une ferme pédagogique, pour Sophie une maison où les jeunes en difficulté viendraient se ressourcer. Prendre le temps et replacer l’humain au centre des préoccupations, c’est ce que chacun souhaite. Car si donner plus de moyens au travail social ne semble pas être la priorité du gouvernement, pour Xavier c’est pourtant par là que tout commence : «  Si on donnait une autre dimension au travail social, en créant plus de postes notamment, on serait foutu de faire changer notre pays. Car plus de populations seraient prises en charge et dans de meilleures conditions.  »

Samantha Rouchard

@-Leravi - http://www.leravi.org