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Les anti-FN en vigilance « Orange »

On ne baisse pas les bras !
le 27/08/2014

Dans les villes désormais gérées par l’extrême droite « observatoires » et « comités » lancent l’alerte. Revue de détail.

Est-ce que, chaque matin, les frontistes pissent autour de leur mairie ? En tout cas, dans le «  petit guide pratique de l’élu municipal Front national  », on leur conseille de «  marquer leur territoire  ». Notamment en invitant au conseil municipal «  militants et sympathisants  ». D’ailleurs, le mot d’ordre de l’entourage de Stéphane Ravier, au soir de son élection à la mairie du 13/14 à Marseille, était limpide : «  Faudra être nombreux au conseil municipal. Pour montrer qu’on est là. Et bien là !  »

Refus de la normalisation

D’où des conseils à « guichet fermé » et à couteaux tirés entre frontistes et opposants. Car, dans la région, fleurissent comités de vigilance et autres « observatoires ». Comme dans le 7ème secteur marseillais. «  On a tout de suite voulu mettre en place une sorte de forum social permanent afin de soutenir toute structure ou individu mis en difficulté par la politique du FN, explique Sébastien Fournier, de la FSU. Même si une mairie de secteur n’a pas beaucoup de pouvoir, il y a des inquiétudes du côté des associations culturelles, des maisons de quartier. Et des écoles où le maire peut s’inviter...  »

En revanche, du côté de la mairie, pas de vagues de départs ni de demandes de mutation : «  Certains comptent résister de "l’intérieur", veut croire l’enseignant. Et puis, on n’est plus en 2002. Il n’y a plus d’hostilité "naturelle" au FN. Il faut rappeler ce qu’il est. Surtout lorsqu’il se "normalise". Une stratégie qu’il aura du mal à tenir.  » Illustration avec la première descente de Ravier dans les cités, profitant d’un règlement de comptes à la Busserine pour fustiger les familles « démissionnaires ». D’où la réplique cinglante du collectif du Grand Saint-Barthélémy, prévenant que, dans ces quartiers, « Ravier n’est pas et ne sera jamais le bienvenu  ».

Pour l’heure, le comité de vigilance se met en place, planchant sur une charte afin de savoir, par exemple, comment composer avec les médias et les... politiques.Une question centrale car, tandis que la mobilisation se fait aussi sur la toile (cf l’appel à manifester lancé via Facebook par un lycéen marseillais), les jeunes socialistes dans les Bouches-du-Rhône viennent de lancer, de leur côté, un observatoire des villes FN.

C’est en tout cas une problématique qui se pose avec acuité à Fréjus (83) puisqu’il n’y a pas une mais deux entités : le « Forum républicain » lancé par la socialiste Elsa Di Méo et « l’Observatoire de la démocratie locale » piloté, lui, par la LDH. S’il y a quelques tensions entre les deux, leur activisme paye. En témoignent, outre la Fête de l’Europe dans une ville où le drapeau européen a disparu de la façade de la mairie, les révélations sur la Financière de Territoire, la société chargée de l’audit de la ville. Elle se trouve avoir été créée la veille des élections par un proche du FN dont les premiers achats auront été, dixit Marianne, des manuels de base de compta et de gestion communale ! Autre lièvre soulevé : les baisses drastiques de subvention à plusieurs centres sociaux.

Virés du corso

Au Luc et à Cogolin, toujours dans le Var, mis à part sur la toile, les choses semblent un peu plus en jachère. «  Il y aura un observatoire à Cogolin, assure Isabelle Perez, du Front de gauche. Parce qu’on ne manque pas de matière. L’augmentation, comme au Luc, des indemnités du maire, les ennuis en tant que policier municipal du premier adjoint, l’avenir de l’office de tourisme... Sauf que, si la mairie nous refuse une salle pour pouvoir nous réunir, je ne sais pas si on trouvera un bar pour nous accueillir. Ici, le vote FN a été un vote d’adhésion. D’ailleurs, quand des jeunes ont voulu, lors du corso fleuri, protester contre l’élection du FN avec une pancarte "Corso fané", ils se sont fait dégager en moins de dix minutes !  »

De fait, au-delà du travail de veille et d’alerte, se pose la question de la coordination de ces différentes initiatives. Une tâche que l’Asti (Association de solidarité avec les travailleurs immigrés) se propose d’assurer. Mais que la LDH ambitionne elle aussi de faire. Et ce, alors qu’Elsa Di Méo compte réunir, fin juin à Fréjus, les comités de vigilance des différentes villes gérées par l’extrême droite.

Le Vaucluse n’est pas en reste (lire aussi page 20). Mais, si, avec son association « Le Pontet Autrement », le candidat PS Miliani Makhechouche aura presque été le premier à organiser une manifestation contre l’élection d’un maire FN, il doit se plier au timing de ce dernier : «  Or, pour le meilleur comme pour le pire, le nouveau maire, Joris Hébrard, ne fait rien. Ou presque. Il faut dire que le budget a été voté avant son élection et qu’il y a deux recours. Il ne fait donc que gérer les affaires courantes.  » Seul fait notable : l’arrivée au poste de directeur de cabinet de celui d’Orange, la ville de Bompard confirmant son statut de vivier pour le frontisme municipal.

Et à Camaret-sur-Aigues, l’association « La citoyenneté d’abord » (principalement animée par le Front de gauche), se dit prête à jouer les vigies démocratiques : «  Rien n’a été formalisé et il va falloir qu’entre le PS et le PC, on enterre la hache de guerre. Mais ici, toutes les associations sont vigilantes parce qu’elles savent qu’elles peuvent passer à la casserole. Or même si, pour l’heure, le maire et son équipe se la jouent policée, ça ne va pas durer. On l’a vu le 8 mai. Le maire a profité des commémorations pour dire que le nazisme avait fait moins de morts que le communisme !  » Réplique du PC du coin : «  Nous ne laisserons pas certains héritiers du pétainisme et de la collaboration usurper les symboles du patriotisme et de la résistance  ». Ça promet !

Sébastien Boistel

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