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Orage à Orange

Tensions chez Jacques Bompard, le maire d’extrême droite du Vaucluse
le 23/09/2014

Baron du Nord-Vaucluse, le député-maire d’extrême droite d’Orange tient difficilement sa mairie. En témoignent les départs de deux de ses plus fidèles collaborateurs qui n’ont pas apprécié la montée en puissance du fils de Jacques Bompard dans l’appareil municipal.

Le pouvoir dans la cité des Princes serait-il en train de vaciller ? Au vu des succès électoraux constants de Jacques Bompard, député-maire d’Orange (84) d’abord élu sous l’étiquette Front national puis sous la bannière de son mouvement d’extrême droite identitaire et localiste, la Ligue du Sud (1), tout semble aller. Mais, en interne, la situation semble s’être sensiblement dégradée depuis sa victoire aux législatives en 2012 et la promotion du fiston, Guillaume, la trentaine passée, devenu alors son assistant parlementaire (tout comme son plus jeune frère Yann). Présent pour la première fois en 2014 sur la liste municipale, Guillaume est aujourd’hui officiellement en charge de la communication de la mairie. Il aurait en réalité les mains un peu partout dans les services.

Le pouvoir et l’argent d’abord

«  Jacques Bompard, en plus d’être un tyran qui ne fait confiance qu’à lui-même, ne peut pas déléguer. Depuis qu’il est député, il n’est plus en mairie qu’à peine deux jours par semaine et ses chevilles ont enflé. C’est donc son fils, dont le bureau était en mairie, qui joue depuis le rôle du messager, en prenant de plus en plus de place dans la gestion orangeoise  », confie un ancien membre de l’équipe municipale sous couvert d’anonymat. C’est que Jacques Bompard prépare sa succession : en 2017 il devra choisir entre son mandat de maire et de député et «  connaissant sa passion pour le pouvoir et l’argent, il restera à Paris  », pronostique la même source. De plus, il a été renvoyé en correctionnelle, en 2013, après une mise en examen en 2010 pour une prise illégale d’intérêt relatif à un complexe montage immobilier. (Sur les détails de cette affaire, lire notre enquête ici.)

Cette montée en puissance du fiston n’a pas fait que des heureux. Deux de ses plus proches collaborateurs l’ont récemment lâché. André-Yves Beck, idéologue radical du bompardisme pendant 19 ans (2), est parti rejoindre Robert Ménard, élu à Béziers avec le soutien du FN, comme directeur de cabinet. Xavier Magnin, l’ex « dircab » de Bompard qu’il côtoie depuis 15 ans, s’en est lui allé exercer ses talents auprès du nouveau maire FN du Pontet, Joris Hébrard. Ces défections n’ont pas pour objectif d’étendre le bompardisme dans le territoire, même si le FN local a toujours pris en modèle la gestion « en bon père de famille » de l’ex-dentiste. «  Je ne suis en aucun cas missionné pour prêcher la bonne parole  » assure Xavier Magnin. Au moment de son départ, tout comme Beck, il a justifié son choix par une envie de nouveauté, de relever un nouveau challenge. Des «  déclarations diplomatiques  », reconnaît l’intéressé qui avoue volontiers que la présence de plus en plus insistante de Guillaume Bompard en mairie l’a aidé dans son choix. Le tout dans un climat familial spécial : Xavier Magnin est le neveu de Marie-Claude tandis que le frère d’André-Yves Beck est marié à une fille de Bompard…

Le malaise couvait depuis déjà quelques mois. «  Nous avons senti de grosses tensions, notamment entre le maire et Beck, qui lui a clairement fait comprendre que son fils est un incompétent. Ce qui est frappant, c’est quand même de voir que tous les amis de Bompard sont devenus ses pires ennemis  », abonde un proche du maire, qui ne souhaite pas non plus être reconnu, évoluant «  dans un système totalitaire où il ne faut surtout pas contrarier  » le patron.

Un catho ultra à la com

La conséquence de tout cela est «  une désorganisation des services, constate Anne-Marie Hautant, élue d’opposition régionaliste. Le directeur général des services s’est mis en maladie (il va être transféré à la communauté de communes, NDLR) et il n’a que très peu de cadres A, ils ont tous essayé de s’enfuir !  ». «  Les élus et les techniciens ont l’impression que le bateau coule peu à peu. Les dossiers n’avancent pas, personne ne sait où on va  », témoigne cette source de l’entourage du maire.

Niveau communication, auparavant très offensive et gérée par Beck, cela flotte également. Un ancien abbé traditionnaliste, très engagé dans la manif pour tous, Renaud de Cazenove l’a remplacé. «  On peut penser ce qu’on veut d’André-Yves Beck mais il possède un réel talent de communicant et d’écrivain. Il n’avait besoin de personne, affirme Jean-Philippe Maton-Weissmann, élu UMP d’opposition. On voit nettement la différence et l’amateurisme dans les derniers documents de communication de la mairie !  » Petite pique de Xavier Magnin, l’ex « dircab », qui témoigne du climat : «  Je ne pense pas que ce soit un bon choix. Il est trop marqué, il faut s’ouvrir aux gens plutôt que de se refermer. Et puis je crois savoir que l’Eglise et l’Etat sont séparés depuis belle lurette…  »

Enervé par ces «  rumeurs  », Guillaume Bompard, joint brièvement au téléphone lâche tout de même que le maire «  a repris la communication en main  » suite à quelques libertés prises par Beck. «  Mais le Ravi, que personne ne lit à Orange, peut toujours dégueuler, ça n’empêche pas mon père d’être réélu au premier tour  », lance Guillaume Bompard avec délicatesse. Vrai. Cela n’empêche pas le même Ravi de continuer à décrypter les mœurs et coutumes du clan d’extrême droite qui s’est emparé de la ville.

Clément Chassot

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1. Jacques Bompard est maire d’Orange depuis 1995 (d’abord sous l’étiquette FN dont il sera exclu), réélu depuis à chaque fois au premier tour, conseiller général et député depuis 2012. Sa femme, Marie-Claude, également conseillère générale, s’est emparée de la mairie de Bollène en 2008. Philippe de Beauregard, juriste à la mairie d’Orange, s’est lui fait élire à Camaret-sur-Aigues. Jacques Bompard a réussi à agréger autour de lui une partie de la droite locale en appelant à un rassemblement « de la droite et du centre » tout en se rapprochant du FN : à Carpentras, c’est un proche, son avocat Hervé de Lépineau, qui occupe le siège de suppléant de la députée Marion Maréchal-Le Pen.
2. Proche du bloc identitaire, il fut membre de deux groupuscules d’extrême droite : Troisième voie et fondateur de Nouvelle résistance, formation nationaliste-révolutionnaire active entre 1991 et 1997.

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