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« On ne peut pas plaire à tout le monde »

Mimet (13), conseil municipal du 18/12/2014
le 4/02/2015

le Ravi teste chaque mois un conseil municipal en région Paca pour surveiller le fonctionnement de la démocratie locale. Ci-dessous, le conseil municipal de Mimet (en illustration le maire sans étiquette, Georges Christiani, président de l’association des maires des Bouches-du-Rhône). Dans le numéro daté février du Ravi (diffusé dès vendredi 5 février chez les marchands de journaux et les abonnés, nous avons testé le conseil municipal de Bandol dans le Var..

14h16

L’entrée du grand reporter du Ravi fige la petite salle des fêtes du village de Mimet (4500 âmes). Georges Cristiani, maire sans étiquette classé DVG comme DVD et président de l’Association des maires des Bouches-du-Rhône (AM 13) depuis cet été, mèche et barbe de trois jours poivre et sel très étudiées, le laisse s’installer tranquillement. Puis le met dehors : « Bonjour, vous êtes ? Le conseil commence à 14h30.  »

14h17

Le vieux bourg est tout aussi accueillant. Perché sur un rocher, il offre une vue panoramique sur le massif de l’Etoile et... la centrale à charbon de Gardanne. Mais aucun troquet où siroter un café.

14h29

Trois personnes de plus au bout de la branche droite du U de tables qui forme l’hémicycle. Le groupe d’opposition de la liste «  Minet transparence et compétence  » (DVD). Certains conseillers ont encore leur manteau ou leur blouson sur les épaules, d’autres croisent les bras. La période est visiblement à l’économie des fluides.

14h30

Justement. « Je vous propose de discuter budget 2015 de la commune dans une période délicate, du fait de la baisse des dotations gouvernementales  », attaquent Cristiani et sa mèche. Qui n’oublient pas de dénoncer «  les augmentations de charge et la loi SRU de la loi Duflot [...], ces amendent qui ne sont que des impôts déguisés !  » Plus 44 % pour 2015, soit 230 000 euros. Le prix à payer pour refuser depuis deux mandats la construction de logements sociaux.

14h39

Mais il y a pire. Le réal brésilien menace Mimet ! «  Le contexte économique n’est pas favorable, ânonne le maire. La zone euro est en crise, et la croissance des pays émergents ralentie.  » Finalement, le président de l’AM 13 se veut rassurant : «  Malgré ça, il n’y aura pas d’augmentation d’impôt et on va tenter d’investir avec le concours des collectivités territoriales, le Pays d’Aix et le CG 13.  » Et ce dernier en particulier. Guériniste convaincu et fer de lance des anti-métropoles, Georges Cristiani, qui sera candidat aux cantonales de mars sous la bannière de Jean-Noël Guérini, « La force du 13 », vient d’être récompensé de sa fidélité. En décembre, le président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, multi mis en examen, notamment pour association de malfaiteurs, a fait voter par son assemblée une dotation à la commune de 4,7 millions d’euros pour les trois ans à venir (lire aussi page 8), soit trois fois plus par an que lors des six dernière années !

14h43

Triomphe de Georges Cristiani : «  Un article de La Provence d’octobre 2014 nous a donné le titre de meilleur élève des prélèvements fiscaux.  » Si c’est La Provence qui le dit...

14h45

Curieux. Alors que le budget est le principal acte politique d’un maire, l’opposition le vote.

14h46

Délibération 3, «  Affectation du résultat 2013  ». Patrice Busca, tête de liste DVD, la trentaine et en jeans, sort de son silence en marmonnant. Cristiani et sa mèche le coupent : «  Je ne vous ai pas entendu.  » Tête baissée, l’opposant insiste de sa voix puissante : «  Vous avez été repris pas le préfet.  » Le maire surjoue : «  Il n’y a pas d’erreur, on s’en fait pas !  » La délibération indique pourtant que la préfecture demande la réaffectation de 3,26 millions d’euros du budget 2013. Une paille.

14h52

A propos de la requalification de l’avenue des Magnolias, Bernard Montagna, adjoint aux transports, gronde : «  Aucune personne ne s’est manifestée pour dire merci. Je suis déçu.  » Le guériniste, faussement fataliste : «  On ne peut pas plaire à tout le monde.  »

14h59

Sourire du maire : «  Je suis à l’aise, j’ai une lettre du sous-préfet concernant l’opération d’ordre dont je vous parlais.  » On n’en saura pas plus.

15h03

Patrice Busca attaque sur une délibération anodine (la huit), les «  tarifs de location de salle pour le personnel municipal.  » Très curieux.

15h07

Nouvelle lettre brandie à la manière de maître Collard. «  Je reviens sur les finances. J’ai un courrier de la part de la trésorière principale du trésor public, qui dit : "Vous portez haut les couleurs de la commune que vous administrez."  » Visiblement, Cristiani et sa mèche ont des choses à se faire pardonner...

15h18

Depuis plusieurs minutes, le maire et son opposant se livrent à un dialogue de sourds à propos de la convention entre la ville et l’Ifac, qui est décidément partout (le Ravi n°123), pour l’organisation, la gestion et l’animation des nouveaux rythmes scolaires. Excédé, Georges Cristiani tacle : «  Vos remarques […] sont des effets de manche d’une opposition à 23 % !  » Patrice Busca clôt la discussion d’un geste de la main : «  Refus de vote.  » Stupeur du président de l’AM 13.

15h23

Début d’un long plaidoyer de Bernard Duplessy, de sa barbe et de ses cheveux, «  professeur émérite et historien  » selon le maire, pour la rénovation du monument aux morts de la commune. Coût : 12 985 euros, dont 10 387 pris en charge par le CG13. «  TTC, il n’y a pas de TVA sur les monuments aux morts  », précise le guériniste.

15h30

Une conseillère de la majorité quitte la salle, pendant que le maire marmonne «  on connaît le problème  » à propos d’une demande de subvention à la CPA «  pour la mise en place d’une protection murale de la salle polyvalente  » (délibération 13). Coup bas de Michèle Boillon, une quinqua BCBG de la liste « Mimet transparence et compétence » : «  Depuis que cette salle a été commencée, pratiquement à chaque conseil on ajoute des travaux. A quel moment le budget sera arrêté ?  » Défense hasardeuse de Cristiani et de sa mèche : «  Il faut savoir que, comme dans toute construction, des malfaçons apparaissent.  » Et de conclure : «  Il est certain que la salle polyvalente est à utiliser avec précaution.  » Et pas qu’un peu ! Selon Michèle Boillon, personne ne l’utilise...

15h40

Nouvelle amabilité du maire à son opposition : «  C’est la première fois que vous êtes présents tous les trois. C’est bien, ça nous permet de voir comment vous travaillez, comment vous écoutez, comment vous êtes avec nous.  » Patrice Busca se rebelle : «  On travaille ! Invitez-vous aux réunions sur le PLU !  » Georges Cristiani fait le sourd.

15h54

Au détour de la délibération 18, on apprend que la commune est en procès avec deux entreprises pour des surcoûts dans la construction de la salle polyvalente et de nouvelles «  malfaçons  » sur sa toiture. Décidément.

16h00

Cristiani et sa mèche papotent, visiblement satisfaits, pendant que le grand reporter du Ravi se prend un nouveau vent. La quinqua permanentée à qui il demande copie des délibérations lui souffle dans les bronches : «  Je ne vais pas faire des heures sup pour vous !  »

Jean-François Poupelin

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Mimet (13)

4 536 habitants (2012)
0 fleurs « villes et villages fleuris »
Une dizaine de caméras de vidéosurveillance, pas forcément opérationnelles
4,03 % de logements sociaux
23,74 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012

Le maire, Georges Cristiani depuis 2001, vice-président de la Communauté du Paix d’Aix, président depuis 2014 de l’Association des maires des Bouches-du-Rhône. PDG d’un bureau d’étude. 62 ans.

La majorité. 24 élus de la liste « intérêt communal pour Mimet » (SE, classée officiellement DVG mais DVD par l’UMP)
L’opposition. 3 élus de la liste « Mimet transparence et compétence » (DVD).

Le conseil soumis au test du Ravi
Durée. 1h30
Présents : 19 élus de la majorité, toute l’opposition.
Temps de parole cumulé de l’opposition : 12 minutes.
Le public : sept personnes, dont trois employés municipaux, le président d’une association, deux proches de l’opposition et le journaliste du Ravi.

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