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Parcours de soin ou du combattant ?

le Ravi crèche dans l’urgence sociale
le 19/02/2015

De la difficulté d’accéder au soin quand, au-delà des moyens, on ne maîtrise pas la langue ou quand l’information est lacunaire et les démarches kafkaïennes...

Comme nous le disait Arnaud, un sans-abri accueilli à la boutique solidarité de la Fondation abbé Pierre à Marseille (1) : «  Quand on est à la rue, il y a la détresse physique, psychique et morale, bien sûr, mais aussi les lourdeurs administratives.  » Une thématique creusée par l’atelier «  accès aux informations et accompagnement dans la complexité des démarches  ».

Trop souvent, en effet, le parcours de soin se confond avec celui du combattant. Car les obstacles sont légion. Le premier ? La langue. Or, comme le rappelle Sophie Beau, du centre Osiris, qui épaule à Marseille les victimes de violences politiques, «  plus qu’un traducteur, l’interprète a une fonction d’accueil, de médiateur. Sans lui, le thérapeute passe à côté de l’essentiel  ». Las, le temps d’attente pour une prise en charge est d’un an ! Et, comme on le déplore à la Pass (2) de l’hôpital de la Conception, «  trop souvent, les médecins pensent qu’un interprète, ça prend du temps, ça coûte cher et ça pose des problèmes de confidentialité  ».

Sans parler, rapporte Elise Vallois, du Comede (3), de ce responsable de la CPAM (4) qui, face aux demandes des associations, rappela qu’ « en vertu de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, le français est la langue officielle  » de la République. Un peu comme le FN dans les centres sociaux des quartiers nord... Reste que, comme le note Agnès Gillino, de Médecins du Monde à Nice, «  on peut très bien parler français et ne rien comprendre  ». En tête, cette femme affolée après qu’on lui ait dit qu’elle avait un «  utérus gravide  » : «  En clair, elle était enceinte !  »

A cela s’ajoute la complexité des démarches. Pour Joe Ponsot, de la boutique solidarité, «  obtenir une domiciliation sur Marseille, c’est une course d’obstacles. Dans le 3ème arrondissement, on est les derniers à le faire. Et ce, sans moyens. Chaque jour, avec 2,5 équivalents temps pleins, on reçoit plus de 300 personnes et l’on a plus d’un millier de personnes domiciliées. Au point de devoir refuser du monde...  »

Avec, en prime, dans ce labyrinthe administratif, des exigences totalement exorbitantes. Témoignage d’une responsable du CCAS (4) d’Avignon : « Jusqu’à peu, pour les demandeurs d’AME (5) ou de CMU (5), la CPAM (5) ne se contentait pas d’une domiciliation - car, à ses yeux, cela ne constituait pas une adresse où on était susceptible de les trouver - mais exigeait un certificat… d’hébergement !  » Le Secours catholique du Vaucluse s’est donc fendu d’un «  courrier au préfet et, dans les 48 heures, on a reçu une lettre d’excuse  ». Sauf qu’en attendant, ces obstacles qui sont autant de refus de soin potentiels se traduisent par des parcours de soin chaotiques.

Toutefois, constate Pierre-Marie Tardieux, du Centre d’hébergement d’urgence de Nice, «  d’après une étude récente, 40 % des personnes ne savent pas qui contacter quand elles sont malades. C’est donc le médecin traitant qui va les orienter... en sachant que 20 % d’entre elles n’en ont pas. Et là, on raisonne en population générale  ». Sa collègue de Médecins du Monde opine du chef : «  On demande à des gens qui cumulent les difficultés d’avoir un parcours de soin exemplaire, ce dont nous sommes nous-mêmes incapables !  »

De fait, dixit la responsable d’un CHRS (6), «  pour les personnes en très grande précarité, l’urgence, c’est manger, se loger, se vêtir, dormir. En clair, survivre. La santé, ce sera après. L’information ne suffit donc pas  ». En effet, à la base de la demande de soin, il y a, rappelle Lydia Trompat, éducatrice dans le « 04 », «  la question de l’estime de soi  ». D’où la nécessité non seulement de former les professionnels mais aussi de leur donner les moyens pour accompagner et épauler. Même ceux qui ne demandent rien !

Sébastien Boistel

1. «  le Ravi crèche dans la rue  », supplément du Ravi n°100

2. Pass : Permanence d’accès aux soins

3. Comede : Comité médical pour les exilés.

4. CPAM : Caisse primaire d’assurance maladie

5. CCAS : Centre communal d’action sociale. AME : Aide médicale d’état. CMU : Couverture médicale universelle.

6. CHRS : Centre d’hébergement et de réinsertion sociale

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