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« Les femmes dans la rue vivent un vieillissement accéléré »

le Ravi crèche dans l’urgence sociale
le 24/02/2015

Jeune médecin psychiatre dans l’unité mobile du service Marss de l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, Aurélie Tinland a piloté, en mars dernier, une étude sur la santé des usagères de l’unité d’hébergement d’urgence pour femmes de la ville. Il y a vraiment urgence...

Dans quel cadre s’est déroulée l’étude ?

Aurélie Tinland : C’était une préoccupation de l’équipe, depuis longtemps on cherchait un moyen d’objectiver ce qu’on voyait, c’est-à-dire la dégradation de l’état de santé des personnes [sans domicile]. On a décidé de conduire nous-mêmes une étude parce qu’il y a assez peu de données faciles à manipuler, comme celles que l’on a produites. Les gens dans la rue sont dans des [stratégies] de survie et se préoccupent assez peu finalement du corporel. Ils développent de nombreuses pathologies, [mais] sont très mal pris en charge ou pas pris en charge. Ils ont une espérance de vie qui est vraiment faible.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés aux femmes ?

On avait pu constater […] que les femmes étaient encore plus fragiles que les hommes, parce qu’il y a une vulnérabilité spécifique des femmes, avec des taux de victimisation qui sont très très importants (agressions, viols) et une mortalité plus forte. Toutes les études montrent cette mortalité plus élevée, mais il y a très peu d’études spécifiques sur les femmes car elles sont marginales dans la rue, environ 10 %. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses car il y a une féminisation du « sans-abrisme ».

Quels sont les faits marquants de votre étude ?

D’abord que les scores, c’est-à-dire le nombre de maladies qu’une personne a, est comparable avec ceux d’une population de gériatriques hospitalisés, des personnes de plus de 75 ans hospitalisées. C’est le cumul de choses qui au début ne paraissent pas tellement graves, que ces personnes ne vont pas aller faire soigner, parce que ça n’est pas leur préoccupation, qui leur est fatal. Leur préoccupation, c’est de survivre. C’est pour ça qu’elles arrivent à mourir de toutes ces pathologies.

L’autre fait marquant, c’est qu’être dans la rue ou avoir été dans la rue, même peu de temps, est un facteur de gravité. C’est-à-dire que le public le plus sensible à tout ça, c’est celui qui ne dort même pas dans les hébergements d’urgence. Plus on s’exclue et on est exclu, plus on s’exclue de soi-même et des préoccupations corporelle. Même sur un faible échantillon, on arrive à montrer une vraie différence entre ces groupes, une différence scientifiquement validée.

Quelles sont les conclusions d’une telle étude ?

[Le problème] n’est pas médical, n’est pas social, il est politique. On ne peut pas soigner des gens qui ont des poli-pathologies complexes, qui vivent un vieillissement accéléré. Comme on ne peut pas être curatif, il faut être dans la prévention. L’urgence sociale n’est donc pas une réponse.

Propos recueillis par Jean-François Poupelin



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Bonnes résolutions 2015

Pas d’états généraux sans cahiers de doléances ! En l’occurrence, ceux de l’urgence sociale ont été rédigés avant même la fin de la journée qui s’est déroulée, en décembre 2014, à Aix-en-Provence. Plutôt que d’attendre d’éventuels arbitrages gouvernementaux, les participants ont en effet décidé de passer directement à la pratique en actant quelques actions à lancer au plus vite. Pour les participants de l’atelier « Toulon », l’accent veut être mis sur « l’aller vers » les SDF en créant une bagagerie médicamenteuse et des postes de « référent médical » à partir d’une association locale, « Promo soins ». Décision a également été prise de former dans le port militaire les personnels médical et soignant sur les problématiques des grands exclus.

De son côté, Nice mise sur l’information des sans-domicile : création d’une plateforme d’interprètes et de ressources juridiques, renforcement de la Pass (permanence d’accès aux soins) et du droit à la domiciliation, souvent contesté par les institutions. A Aix-en-Provence, la bonne résolution est de formaliser le réseau santé-précarité, en lui donnant une existence propre et en élargissant le public concerné et les professions sensibilisées (médico-social, sanitaire, social, bailleurs, juristes, etc.). Sur Avignon, l’urgence psychiatrique veut remobiliser son réseau et revoir ses préconisations sur la veille sociale, qui ne répondent plus aux fonctions.

Enfin, à Marseille ce sont d’abord des réponses à des questions qui vont être au centre des préoccupations à venir. En fin de journée, les travailleurs sociaux s’interrogeaient sur l’absence de représentants politiques et institutionnels lors de ces états généraux. Mais aussi, et surtout, sur la suite à leur donner...

J-F. P.

@-Leravi - http://www.leravi.org