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Putain 20 ans !

le Ravi redresse le bilan (du mal logement) !
le 16/04/2015

A l’occasion du 20ème rapport sur le mal-logement, quel bilan les associations qui sont sur le front du logement et de l’urbanisme tirent-elles des deux dernières décennies ? Tournée régionale d’Avignon à Nice, en passant par Marseille et Toulon.

Cette année, on ne « fête » pas seulement le 20ème rapport de la fondation Abbé Pierre (Fap) mais aussi les 20 ans de Jean-Claude Gaudin à la tête de Marseille. Et faire le bilan des deux dernières décennies en Paca sur le front du logement et de l’urbanisme, c’est aussi faire celui des indéboulonnables figures politiques de la région.

Lorsqu’on interroge à ce propos « Un centre-ville pour tous », l’association marseillaise n’est pas tendre : «  Quand Gaudin est devenu maire, Marseille se relevait. Aujourd’hui, la population stagne, assène Patrick Lacoste. Autre fait marquant, d’après l’Agam (1), c’est la mévente des logements neufs. Il s’en construit peut-être encore 5000 par an mais le délai d’écoulement des stocks est passé à 17 mois ! Et, à moins d’être bradés, ils sont invendables.  »

Soupir de Jean Canton : «  On est dans une ville anormale. Dans les années 60, tout le monde s’est doté d’outils de gestion du foncier. Sauf Marseille. Comme le marché fait tout... Quand la ville s’est enfin dotée d’un schéma directeur, il s’est arrêté aux collines. Et aujourd’hui, Gaudin vient d’obtenir que, dans la métropole, les maires gardent la main sur l’urbanisme.  »

Chasse aux pauvres

L’urbaniste identifie deux moments charnière : «  En 1995, on a tout misé sur la défiscalisation. Avec, comme conséquence, une véritable chasse aux pauvres. Et, en 2004, on a fait appel aux Américains pour "sauver" la rue de la République. Ils ont réussi à tuer le commerce, pas les gens. Seule bonne nouvelle : il y a 550 logements sociaux. Pas par générosité. Mais, quand on n’arrive pas à vendre, on refourgue... Car, du côté du privé réhabilité, la moitié des logements sont vacants !  »

La crainte pour Lacoste ? «  Une ville vieillissante, avec une ségrégation spatiale accrue.  » Pour lui, le contre-exemple, c’est Nice : «  Le patronat a fait comprendre à la droite que si ça continuait, Nice allait finir comme Menton. D’où une vraie politique du logement social.  » Pourtant, note un militant pour le droit au logement, «  sur la Côte d’Azur, il n’y a de place ni pour les SDF, ni pour les mal-logés  ».

Mais, reconnaît Joëlle Salvini, de la Fap, «  côté logement social, il y a eu des efforts. Il y a eu une prise de conscience : on voyait des personnes mutées sur Nice qui, ne pouvant se loger, repartaient. Mais il y a plus de réhabilitation que de construction. Les prix restent donc exorbitants et les besoins criants. Et, à ma connaissance, ce n’est pas un sujet porté par Christian Estrosi.  » Mais plutôt par son ex, Dominique Estrosi-Sassone, la « patronne » du logement sur Nice. Malgré cela, la ville perd des habitants. Et les prix s’envolent.

Du temps pour changer de cap

Du côté de Toulon, les sentiments sont mitigés. D’après Jean-Paul Jambon, de la Fap, «  la rénovation du centre ancien, dans le cadre de l’Anru (2), a été très compliquée et a pris beaucoup de retard avec, de surcroît, de gros problèmes de relogement. Mais, aujourd’hui, on semble voir le bout du tunnel. Et, côté logement social, les chiffres ne sont pas mauvais. Toulon serait presque un bon élève dans le Var.  » Emblématique ? La mise à disposition du terrain militaire de la Solde pour construire 120 logements sociaux (dont la moitié pour la marine) : on est loin de la période où Hubert Falco militait pour que les logements de l’armée soient comptabilisés comme du HLM !

Mais, pour Valentin Gies, de « Toulon Avenir », «  le problème, c’est que la ville est appréhendée comme une multitude de petits villages. On est dans une agglomération de 500 000 habitants et à trois minutes de la gare, il y a des pavillons ! Sans parler des millions qu’ont coûtés la rénovation du centre ou les mobilisations de riverains dès qu’on veut faire du logement social, au lieu de densifier, on fait dans l’étalement. Alors on construit là où il y a de la place. Mais pas forcément d’emploi. D’où des embouteillages, le développement du péri-urbain. Et du vote FN...  »

A l’autre bout de la région, c’est la gauche qui, après 20 ans de gestion par Marie-Josée Roig, a pris les rênes d’Avignon. Pour Vincent Delahaye, directeur de l’association «  le village  » à Cavaillon, devenu adjoint aux « nouvelles formes d’habitat », «  le problème, c’est le déséquilibre entre Avignon et son agglomération. Ici, on compte pas loin de 30 % de logement social et autour, moins de 15 %. Il faut en finir avec les fractures territoriales et réintroduire de la mixité. Ce qui veut dire aussi lutter contre la gentryfication. Après, une ville, c’est comme un paquebot. Il faut du temps pour changer de cap. Et ce, tout en écopant.  »

C’est comme de réveiller les «  dodus dormants  », ces offices HLM qui au lieu de construire, profitent d’une véritable « rente de situation ». Il y a quelques années, la chambre régionale des comptes avait épinglé 13 Habitat, l’office du Conseil général des Bouches-du-Rhône. Un organisme présidé par le très guériniste Christophe Masse et qui va peut-être devoir verser à son ancien directeur (3) un demi-million d’euros ! De quoi financer une petite cinquantaine de logements sociaux, soit 10 % de sa production actuelle...

Sébastien Boistel

1. Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise

2. Agence nationale de rénovation urbaine

3. Le tribunal administratif vient d’annuler la nomination de Gérard Lafont au poste de directeur et son prédécesseur pourrait toucher pas loin de 500 000 euros (Marsactu 9/2/2015)

@-Leravi - http://www.leravi.org