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Quand les gynécos manquent de doigté

le 17/04/2015

Entre réflexions déplacées, actes brutaux ou carrément gestes non professionnels, depuis quelques mois les femmes dévoilent via internet leurs consultations gynéco aux yeux de tous. Du côté des médecins, on s’en bat un peu le spéculum…

«  Bon, au lieu de prendre la pilule, vous voudriez pas plutôt faire un gosse ? Parce qu’à 38 ans, faut pas traîner ! » Patricia, marseillaise, raconte son dernier rendez-vous gynéco. «  Il y a aussi les réflexions récurrentes sur mon poids. Y’en a même qui vous lancent des regards de dégoût alors que vous êtes totalement nue !  » Patricia est loin d’être un cas isolé. Le sujet est redondant dans les discussions féminines mais ne sort que très rarement de ce cadre-là, jusqu’à novembre dernier où le hashtag #Payetonutérus enflamme Twitter. Des milliers de femmes commencent alors à narrer en 140 caractères leurs rendez-vous malheureux chez le gynécologue : du discours culpabilisant sur sa sexualité, sa contraception, sur la maternité, sur son poids aux remarques homophobes, en passant par des gestes médicaux brutaux voire parfois déplacés…

Abus de pouvoir

L’expérience de Stéphanie, 30 ans, de La Ciotat, relève quasiment de la faute professionnelle. Pendant six mois, elle se plaint de douleurs. Sa gynéco ne l’examine pas et lui prescrit une simple crème contre les mycoses alors qu’elle a un HPV oncogène. Son calvaire se poursuit chez un autre médecin lors de la biopsie où le professionnel la laisse en sang. Et lorsqu’elle demande si c’est grave, elle devra se contenter d’un laconique «  on verra  ». Elle finira par comprendre sa maladie en cherchant sur le net, entre angoisse et fausses informations. «  J’appelle ça "l’abus de pouvoir de la blouse blanche", note la comédienne marseillaise Marisoa Ramonja qui prépare un spectacle sur le sujet. C’est lui qui sait, c’est lui qui a été formé. Y’a pas de psychologie, pas d’affect.  » Faut dire qu’elle a eu sa dose entre le gynéco aixois qui lui tape sur la cuisse en lui disant qu’il faudrait qu’elle maigrisse pour trouver un mec, des touchés vaginaux et anaux violents après l’opération d’un kyste aux ovaires qui - elle l’apprendra de la bouche d’un autre médecin - n’avaient pas lieu d’être, aux jugements incessants sur sa maternité… «  C’est extrêmement violent, ce genre d’expérience peut te briser ! J’ai des amies qui sont traumatisées par les gynécologues  », ajoute-t-elle.

«  C’est un sujet qui revient souvent. Il y a vraiment une envie d’échanger là-dessus  », explique Hélène, militante au Planning familial 13 qui envisage d’organiser un débat sur le sujet. «  Car qu’elle choisisse d’avorter, de garder l’enfant ou de ne pas en avoir, à tout moment la femme est susceptible d’être jugée  », note-t-elle. Au Planning familial d’Avignon, on constate que de plus en plus de femmes (et plus seulement des ados) viennent consulter sur place, non seulement parce que les gynécologues en extérieur sont hors de prix (1) «  mais surtout parce qu’ici elles savent qu’elles ne seront pas jugées  », précise Jérémy Mohr, conseiller conjugal. Avant chaque visite, la patiente est reçue par un conseiller afin de dédramatiser l’instant. «  On prend le temps de la discussion et si la consultation doit durer une heure, ce n’est pas un problème !  », précise-t-il.

Problèmes de « bonnes femmes »

Du côté des professionnels, difficile de trouver des témoignages sur le sujet. «  Je ne sais pas comment ça se passe chez mes confrères, explique une gynécologue marseillaise. Et internet, je m’en méfie. Je sais qu’il existe des sites (2) sur lesquels on peut nous noter. Je n’ai pas envie de savoir ce que l’on dit de moi. Et bien souvent de simples recommandations peuvent être prises pour des jugements.  » Du côté du Syngof (Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France), on n’a pas «  d’opinion sur le sujet  ». Du côté de l’Ordre des médecins, le service de communication nous dit qu’ils n’ont jamais reçu de courrier en ce sens (alors que l’on sait qu’au moins un a été envoyé). Et le communiquant de se contenter, in fine, de nous donner son avis : «  Si la patiente n’est pas satisfaite, ben elle change de médecin ! Enfin, moi c’est ce que je ferais.  »

Bernard Hédon, président du CNGOF, collège national qui regroupe un tiers de la profession, accepte de nous répondre : «  On ne défendra jamais quelqu’un qui a un comportement indélicat et ne tient pas compte du consentement de la patiente, c’est tellement évident ! » Mais le professionnel de rajouter aussitôt : « Arrêtons de crier haro sur le gynécologue ! En médecine, il n’y a pas de sexualité [hormis sur certaines fresques de salles de garde… ndlr]. Il touche à l’intime et il faut qu’il y accède. Mais on touche aussi à des sentiments fantasmatiques de la part de beaucoup de personnes.  » Des propos qui ont l’art d’énerver Véronique Marouzé, responsable d’Osez le féminisme 13 : «  C’est bien simple, soit c’est dans notre tête, soit c’est qu’on n’a pas d’humour ou qu’on est névrosées ! On ne nous prend pas au sérieux car on réduit toujours ça à des problèmes de "bonnes femmes". Mais comme nous l’avons fait avec la campagne "Osez le clito", il y a quelques années, nous n’hésiterons pas une de fois de plus à frapper fort pour nous faire entendre !  »

Samantha Rouchard

1. Le gynécologue en secteur 1 (sans dépassement d’honoraires) est une denrée de plus en plus rare…

2. Notetondoc.com, mais dans la mouvance #Payetonutérus, le site Gyn&Co propose quant à lui un référencement « positif » de gynécologues respectueux.


@-Leravi - http://www.leravi.org