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Explosion sociale chez Areva

le 11/09/2015

Une gestion hasardeuse du fleuron nucléaire français Areva a fini d’achever le groupe qui va être en partie racheté par EDF. Non sans casse sociale, notamment dans la vallée du Rhône. Le début de la fin de cette industrie de plus en plus critiquée ?

La dette du Ravi ? De la gnognotte à côté du déficit du géant français du nucléaire Areva : 4,8 milliards d’euros. Un trou causé par les retards de construction et les dérapages budgétaires des deux chantiers d’EPR, le réacteur dernière génération, à Flamanville et Olkiuloto en Finlande mais surtout par le scandale Uramin (1). Dès lors Areva, détenu à 86 % par l’Etat et avec ses 40 000 salariés dans le monde, se devait de passer par une une grosse restructuration. EDF va récupérer la branche « réacteur » du groupe, Areva NP. La société va se concentrer sur son cœur de métier, l’extraction et l’enrichissement de l’uranium. Le sale boulot.

Près de 4000 postes supprimés

Conséquences sociales : près de 6 000 suppressions de postes à l’étranger et autour de 4 000 en France avec l’objectif d’économiser 15 % sur la masse salariale d’ici 2017. Les syndicats s’en prennent à la mauvaise gestion du groupe avec l’impression de casquer pour les autres. « On démantèle purement et simplement Areva. Maintenant on sait que la balle est dans le camp de l’Etat, à lui de prendre ses responsabilités », s’insurge Jean-Pierre Sokol, délégué CGT Areva au Tricastin, dans le nord du département de Vaucluse. Un site important de « production » d’uranium qui compte 2500 salariés statutaires et fait vivre 2000 emplois indirects. Si les détails chiffrés site par site ne devraient pas être connus avant le mois de septembre, le syndicaliste s’attend à 450 suppressions de postes d’ici à 2017. Déjà 700 postes ont été supprimés ces trois dernières années selon la CGT. Et, selon les estimations, un poste de statutaire supprimé détruit trois emplois indirects...

Une catastrophe pour un territoire ultra dépendant de l’industrie du nucléaire. « On a tous un père, une fille, un cousin, qui travaille au Tricastin », fait remarquer Anthony Zilio, jeune président PS de l’intercommunalité Rhône-Lez-Provence. En 2011, lors d’un reportage à Saint-Paul-Trois-Châteaux (26), le Ravi s’amusait de voir cette ville de 9 000 habitants disposer de trois gymnases par exemple. A l’époque, la manne du nucléaire à Saint-Paul était de 10 millions d’euros... « Je suis bien sûr très inquiet de la situation », consent Anthony Zilio. Pour l’instant confiant en l’Etat et en Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, il promet « qu’il n’y aura pas de fermeture d’usines ». La vallée du Rhône, ultra nucléarisée, prochain no man’s land industriel ? L’élu ne veut pas y croire et assure travailler à la diversification économique du territoire : agriculture, économie sociale et solidaire, emplois non délocalisables... Chez Areva, on certifie que le site a de l’avenir avec l’ouverture de Comurhex II en 2018, une usine de conversion de l’uranium, et avec les investissements effectués, notamment pour la sécurité, à coups de millions d’euros par an.

« Energie obsolète »

Serge Fiori, figure communiste de Bollène, tout en reconnaissant que son parti doit évoluer sur la question du nucléaire, estime tout de même qu’il reste un moyen d’être vertueux en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il milite pour un grand service public de l’énergie. «  Mais le pire, c’est que cette casse sociale va encore frapper les plus pauvres de notre centre ville. Les cadres, souvent propriétaires en périphérie, ne seront pas touchés », insiste-t-il. Cette casse sociale, au-delà de la gestion calamiteuse, n’est-elle pas le signe de la chute du nucléaire, très critiqué depuis Fukushima ? Pour respecter ses engagements sur la réduction de la part du nucléaire (passer de 75 % à 50 % dans la production d’électricité d’ici 2025), la France devrait fermer une vingtaine de tranches nucléaires. « Pas étonnant » en tout cas pour Michèle Rivasi, députée européenne écologiste et fondatrice de la Criirad (2) : « Il y a un plan de réduction du nucléaire au niveau mondial. L’énergie nucléaire n’est pas si peu chère et elle est surtout la seule, notamment du fait du coût du démantèlement, qui n’arrête pas d’augmenter. C’est une énergie obsolète. » Pour le farouche militant Jean Revest, de la coordination antinucléaire du sud-est, la Bérézina d’Areva « est l’occasion de tourner la page, de remettre sur pied une logique d’intérêt commun sanitaire, social et économique et, pour les employés, de se libérer de l’esclavagisme du lobby nucléaire ».

Enfin, les déboires du « leader mondial du nucléaire » pourraient mettre à mal la sécurité. Gilles Reynaud, salarié d’une filiale d’Areva, porte-parole de Ma-zone-controlée (3), un collectif qui cherche à faire entendre la petite voix des sous-traitants du nucléaire, ces parias de l’atome : « Nous nous dirigeons clairement vers un nucléaire low cost, et ça personne n’en veut. Areva demande déjà une réduction des coûts de 10 % chez les sous-traitants. Et cela va continuer. On banalise l’industrie, il faut faire de l’argent avec tous les moyens. Certains sous-traitants sont très peu qualifiés, c’est comme si vous demandiez à votre boucher d’être boulanger... Un jour, cela va forcément déraper. » Tout le monde est prévenu.

Clément Chassot

1. En 2007 Anne Lauvergeon rachète une filiale canadienne, Uramin, pour 1,8 milliards d’euros. Un gouffre estimé à 4 milliards d’euros par les syndicats.

2. Commission de recherches et d’information indépendantes sur la radioactivité.

3. www.ma-zone-controlee.com

@-Leravi - http://www.leravi.org