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Tu ne décrocheras point !

L’éducation est un sport de combat
le 12/10/2015

Réduire de moitié l’absentéisme et le décrochage scolaire est l’une des nombreuses missions du gouvernement Hollande d’ici 2017. Avec toujours plus d’idées et encore moins de moyens…

«  Déjà le mot "décrochage", ça sous-entend qu’on est obligé de s’accrocher ! Ça ne donne pas vraiment envie !  », plaisante Laure Prieur, enseignante en Segpa (1) pendant cinq ans et désormais en classe-relais au collège Anatole France (Marseille 6ème). La Segpa accueille des collégiens en grande difficulté scolaire à la fin de l’école élémentaire. On leur dispense un enseignement spécialisé pendant quatre ans de la 6ème à la 3ème qui est censé leur faire intégrer à la sortie une formation qualifiante niveau CAP… En théorie bien sûr !

Vanessa, 26 ans, a fait son collège en Segpa et le regrette amèrement : «  J’étais l’une des rares à savoir lire, et du coup je m’ennuyais. Je le disais à mon père, mais souvent lorsque vous finissez dans ces cursus, c’est que vos parents n’y comprennent pas grand-chose… J’ai intégré un CAP, que j’ai dû abandonner car je n’avais absolument pas le niveau. Ça vous remet encore face à l’échec. Je n’ai rien appris en quatre ans, j’ai même régressé. On mélange des gamins avec des problématiques différentes dont on ne sait quoi faire. On est "les idiots" du collège. Aujourd’hui, je sais que je ne suis pas bête. Mais j’ai eu une adolescence difficile et j’ai mis longtemps avant de trouver ma place.  » A 20 ans, grâce à la Mission locale, Vanessa fait une remise à niveau et obtient un CAP peintre en aéronautique. Aujourd’hui elle envisage de devenir éducatrice «  pour aider ceux qu’on laisse de côté  ».

En 2012-2013, en Paca, 1600 élèves étaient en Segpa (2). Avec la réforme des collèges, ce dispositif est amené à disparaître dès 2016. La classe-relais, où enseigne désormais Laure, s’adresse aux 6ème et 5ème. Le jeune en difficulté est repéré dans sa classe générale. On l’en extrait pendant deux mois pour le mettre dans une classe à effectif réduit (10 maximum) avec pour objectif de le « re-socialiser » et de le réconcilier avec les apprentissages, avec à terme la réintégration dans sa classe. De nombreux autres dispositifs existent notamment en lycée professionnel où l’on comptabilise la majorité des décrocheurs : 53 % pour l’académie d’Aix-Marseille et 42 % pour l’académie de Nice.En région Paca, 14 000 jeunes (2) étaient identifiés comme décrocheurs en 2012-2013. Le dispositif Foquale (Formation qualification emploi) vise à mobiliser davantage les établissements scolaires et les autres acteurs de l’Education nationale pour remplir la mission que s’est donnée le gouvernement pour 2017 : diviser par deux le nombre de jeunes qui sortent sans qualification. Depuis janvier, la ministre de l’Education nationale souhaite aussi ramener les 16-25 ans sur les bancs de l’école avec le dispositif «  Reviens te former  ».

De la poudre aux yeux pour Jean-Marc Coppola, conseiller régional Paca Front de gauche en charge des lycées : «  Sous Sarkozy c’est plus de 5000 postes de Rased (1) qui ont disparu au niveau national, et que le gouvernement socialiste n’a pas remis en place ! Alors quand on exerce une politique pareille, on n’a pas les conditions réunies pour répondre à ce que dit en introduction le code de l’éducation sur l’importance de fournir à chaque élève les moyens de réussir complètement.  » L’élu est d’autant plus exaspéré que l’Etat a transféré la mission d’insertion des décrocheurs aux Régions alors que les dotations baissent d’année en année : «  On nous donne plus de compétences mais sans augmenter les moyens. Le but dans ce transfert c’est de régler le décrochage scolaire par une meilleure orientation professionnelle. En faisant comme ça, on confine l’école comme lieu de préparation de la main d’œuvre dont a besoin le patronat et non plus comme le lieu de l’apprentissage et de la construction de la citoyenneté, c’est-à-dire pouvoir exercer son esprit critique et penser par soi-même […] On est en train de fabriquer une école low cost, et ça c’est grave !  »

Comme souvent, la réussite de tels dispositifs tient plus à l’implication des enseignants et à leur équipe qu’aux moyens fournis par l’Education nationale. Laure n’a pas de salle de classe, elle travaille dans un sas attenant à une permanence, les tables ont été difficiles à avoir, elle a dû acheter un projecteur et n’a obtenu un tableau qu’au mois de mai ! Ce qu’elle a découvert aussi en intégrant une classe-relais c’est que, les dotations baissant, c’est à elle d’aller chercher des mécènes et de se transformer en VRP ! Laure est formée à l’enseignement spécialisé. Avec les années, elle a forgé sa réflexion pédagogique et porte un regard bienveillant sur ces gamins que l’institution ne cesse de pointer du doigt. Mais ce qui l’inquiète c’est le nombre de contractuels non formés que l’Education nationale envoie au casse-pipe face à des jeunes difficiles à appréhender. « Sur Aix-Marseille par exemple, il y a une trentaine de dispositifs relais et seulement 4 enseignants spécialisés, de nombreux professeurs des écoles et 15 contractuels !  », note-t-elle. Et de conclure : «  Il y a des discours et après il y a une réalité de terrain !  »

Samantha Rouchard

1. Cf glossaire page 9

2. Chiffres 2012-2013, étude du DROS (Dispositif régional d’observation sociale Paca)

@-Leravi - http://www.leravi.org